1) « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire » (Denis Diderot).
- En un sens, oui, mon cher Denis !...Mais quand on voit ce qui aujourd’hui passe pour des valeurs populaires, on serait tenté d’ajouter : gardons lui néanmoins un caractère impopulaire, si l’on ne veut pas la sacrifier stupidement !
2) « Toute musique qui ne peint rien n'est que du bruit » (Jean Le Rond D’Alembert).
- Peut-être,illustre Jean: mais que signifie peindre quelque chose en musique ?
3) « Il n’y a pas de Logos, il n’ y a que des hiéroglyphes » (Gilles Deleuze).
- Soit: il n’y a pas d’idées ou de significations éternelles, mais seulement des signes antécédents.
Penser, c’est donc interpréter, traduire; mais interpréter,traduire, c'est aussi créer le sens d'un texte qui n'est pas simplement donné , et dont la pensée doit établir la forme, y compris sur le mode de la restauration.
4) - Trop de lecture peut étouffer le génie » (D’Alembert).
- Certes : mais ce n’est pas une raison pour lire trop peu, mais pour mieux choisir ce qu’on lit.
Ajoutons donc: quelques bonnes lectures sont nécessaires pour étoffer le génie !...
5) « Rien ne donne plus à penser que ce qui se passe dans la tête d’un sot » ( Deleuze).
- Est-ce parce qu’on peut alors mieux apprécier le besoin de penser pour lui ou avec lui ?
La pensée a peut-être horreur du vide…
6) « On s’exprime toujours comme les gens de sa classe mentale et non de sa caste d’origine » (Marcel Proust).
- C’est dire que notre langage exprime ce que nous devenons et sommes devenus, et non ce que nous étions
.
7) « On appartient toujours à la société dont émanent les idées et les valeurs auxquelles on croit » ( Deleuze).
- Si c’est vrai, il y a peut-être en Europe et ailleurs beaucoup d’ « américains » en exil à leur insu…
8) « L’œuvre d’art moderne n’a pas de problème de sens, elle n’a que des problèmes d’usage » (Deleuze).
- Peut-on distinguer le sens d’une œuvre de ses "usages" réels ou possibles ? N’est-ce pas aussi valable pour les œuvres classiques (certes en distinguant des types très différents…) ? Tous les usages artistiques ne sont-ils pas forcément contemporains, même quand ils se veulent fidèles à une tradition académique?
9) « Virus de la prose, le style poétique la désarticule et la ruine: une prose poétique est une prose malade » (Emile Cioran)
- N’exagérons pas trop, cher Emile !... Baudelaire ou Rimbaud ont « prosaïsé » leur poésie;
Mallarmé, Proust, ou Gide ont « poétisé » leur prose, souvent avec intérêt et grandeur, non ? Peut-on vraiment dire qu’elles sont désarticulées ?...
Mais tout dépend bien sûr de ce qu’on définit comme poésie ! Ainsi, des proses convulsives, explosives, invectivantes ou humoristiques comme celles de Rabelais, Artaud, Céline ou Frédéric Dard (San Antonio) ne sont pas sans vertus poétiques (quoique passablement anti lyriques !) : rythmes syncopés, flux jaillissants, changements de vitesse, néologisation débridée, mélanges de registres, écrabouillage des contextes, ponctuation surexcitée…
En revanche, on pourrait aussi dire, et peut-être plus justement, que la poésie contemporaine est devenue souvent "prosaï-dégénérée" (si j'ose ce néologisme: mais, comme le dit Nietzsche,"à vilaine chose, vilain mot!") :
en voulant se délivrer des formes classiques (versets,mètres,rimes,etc.), elle s'est parfois privée de souffle,d'intensité et de musicalité, pour s'enliser dans une morbide insipidité. Une poésie prosaïque est peut-être une poésie moribonde...
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