Si longtemps sans écrire ici, ça ne fait pas très sérieux!… Heureusement qu’il ne s’agit pas de « faire sérieux », mais de faire palpiter le sens (et pas seulement les sens !), et ce n’est pas toujours pareil…
Mais le comique et le rire ne valent pas forcément mieux que le sérieux des convenances.
Le philosophe Henri Bergson disait des choses saisissantes dans Le Rire : que le comique est une façon de corriger les écarts d’adaptation des individus ou des groupes par une "douce" humiliation, un effet de surprise qui provoque le rire, qui est toujours une sanction sociale associée à un acte d’intelligence. Ainsi l’humour le plus absurde et le plus inconvenant serait encore un « rappel à l’ordre » social et intellectuel, une façon de sanctionner la stupidité antisociale. C’est pourquoi la force comique est si répétitive, et au fond si normative : elle détruit et redresse, plutôt qu’elle ne s’aventure hors de sentiers battus.
En regard de son expérience, et des formes d’humour actuelles, chacun pourra apprécier la vérité de ce principe en cherchant des conséquences. Par exemple :
que l’humour n’est pas toujours un art palpitant, et que beaucoup de blagues et autres productions humoristiques ne sont ni novatrices ou révolutionnaires, mais plutôt conventionnelles,commerciales et conservatrices;
que ce qui fait la grandeur de Molière, de Charlot ou de Woody Allen, c’est qu’ils ne sont pas seulement drôles, mais aussi inventifs et intelligents ;
qu’il n’y a rien de drôle dans une révolution, et que le sens de l’humour ne peut participer qu’à de « drôles de révolutions », toujours parodiques ;
etc.
Il y a pourtant une puissance libératrice du comique : une dépense physique dans le rire (sa vertu médicale), et un défoulement symbolique et psychique dans les pensées qui le provoquent. Bergson dit bien que la pensée travaille ici pour la vie et contre sa mécanisation uniforme : « le comique est du mécanique plaqué sur du vivant ».
Mais le paradoxe n’est qu’apparent : car il y a des machines émancipatrices de la vie.
Et même, selon certains (Bergson lui-même,Jules Verne,Deleuze et Guattari,et peut-être tous les artistes en général…), les machines sont des opérateurs de vitalité, même quand elles contrôlent les individus, formatent les corps, torturent les «âmes», ou tuent l’esprit (ici encore,chacun pourra trouver des exemples…).