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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Solitude et multitude

Publié le 19 Février 2010 par bernard petit in Vivre et philosopher

 

   
    Il y a une corrélation profonde entre la civilisation et l’individuation, même si la seconde n’est pas simplement proportionnelle à la première (ne peut-on parler d’une civilisation des abeilles ou des fourmis ? Mais peut-on y observer un haut degré d’individuation ?...). Par là, on peut mieux voir que la solitude est une qualité de la conscience évoluée, non une donnée naturelle des êtres. La pensée moderne a beaucoup insisté sur cet aspect de l’individu occidental depuis la Renaissance : il ne vient pas au monde comme progéniture animale mais comme un « nouveau-né » ; il communique mal ; il meurt seul ; donc il vit et existe seul… 

    Il y a du vrai, mais pas autant que la conscience plaintive se l’imagine. L’expérience complète de l’existant montre autant de relations, de solidarités et de complicités que de séparations et d’isolations. L’individuation n’est pas une donnée de fait, mais une mise à l’épreuve de la conscience : en réalité, « Nous » sommes des nouveaux-nés, « Nous » communiquons plus ou moins facilement, et « Nous » mourons souvent comme nous vivons, c’est-à-dire rarement seuls : peut-être jamais, si l’expérience du deuil signifie que la disparition d’un être cher entraîne effectivement avec elle une part de nous-mêmes, et que la sympathie avec les disparus, répercutée par la sympathie entre les survivants, fait que dans sa réalité symbolique culturelle, la mort humaine ne se réduit jamais à la mort biologique. Le seul sujet humain réel est une multiplicité, un Nous, structure singulière en chacun. 

   

    Même si, pas plus que le Moi, le Nous ne peut éviter les ambiguïtés et les polysémies, au moins l’idée force à regarder ailleurs que dans le miroir fictif du narcissisme, même si c’est parfois vers des places vides : « l’humanité est formée de plus de morts que de vivants » écrit Auguste Comte. Ainsi les autres animent toujours l’expérience de la conscience, directement ou symboliquement, peut-être toujours les deux à la fois.

   D’où les fantasmes de revenants, les légendes de spectres et les mythes de fantômes :

les vivants sont continuellement hantés par les disparus, tout comme la mémoire humaine anime continuellement l’imagination créatrice.  La question éthique n’est donc pas d’être ou ne pas être seul, d’être sociable ou insociable, mais de choisir et de constituer les relations avec autrui qui « Nous » conviennent de préférence à d’autres. Ceci correspond bien au principe fondamental de l’éthique des stoïciens : le choix des convenables et des préférables.  

 

 


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