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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Du droit de donner la mort dans certains cas.

Publié le 25 Juillet 2012 par Bernard Petit dans Ethique et politique

 

                                     Du droit de donner la mort dans certains cas.

   Par quelle mystérieuse perversité devrait-on associer ces deux questions: la peine de mort et l'euthanasie?... Certains y ont ajouté le suicide...pourquoi pas, en effet? Il me semble qu'il n'y a pas d'autres points communs que celle "du droit de donner la mort". Mais quel est le rapport précis entre la peine capitale, l'euthanasie, le suicide, les actes définitifs de légitime défense, la guerre, etc. ?...personnellement , je n'en vois pas beaucoup.
1) Si l'on répond que nul n'a le droit d'ôter la vie, je sympathise, mais j'observe que les vivants font ça constamment, qu'ils soient animaux, végétaux ou humains: la Vie force les vivants à supprimer d'autres vies, probablement depuis que la Vie existe... Et certes cela n'en fait jamais une source de droit, sauf par la force des préjugés. Mais il est aussi faux de croire que les vivants s'entretuent sans raison, n'importe comment et pour s'amuser. De même qu'il y a des règles de vie (instinctives ou culturelles), il y a des règles de mort, car la mort n'est pas une réalité étrangère à la vie . C'est pourquoi répondre "oui ou non" de manière globale et monolithique ne me parait pas vraiment sensé: c'est une opinion d'émotion peu utile dans une discussion raisonnable.

2) Il serait donc utile de dissocier les deux questions, comme d'ailleurs les "votes" exprimés dans cette page semblent l'indiquer: certains sont contre les deux, d'autres pour les deux , d'autres pour l'un contre l'autre...sans que le plus souvent il n' y ait de lien logique déterminé entre les deux questions: on reste dans le sondage d'opinion le plus sommaire... L'acte de donner volontairement la mort peut avoir des significations et des valeurs bien différentes, qui me semblent irréductibles les une aux autres: cela peut être un geste d'autodéfense ou de défense d'autrui, de vengeance passionnelle ou de vengeance rituelle; un abrègement de la souffrance, un geste de désespoir, un geste de démence passagère, un acte de stratégie militaire ou politique, un acte crapuleux, un sacrifice religieux... comment croire que les mêmes règles de droit (légal et moral) pourraient s'appliquer dans des cas si différents?...
     On pourrait déjà essayer de proposer deux ou trois principes de "méthode" de réflexion:
1°) De telles règles ne peuvent être décidées par des individus isolés, quels que soient leurs position sociale ou leur type de culture, leurs sentiments personnels ou leurs croyances superstitieuses;
2°) Il ne peut exister de droit sans limites ou conditions bien définies par des textes et des coutumes;
3°) A l'impossible, nul n'est tenu: il faut que les règles de droit soient raisonnablement applicables, même si c'est très difficilement.
     Par exemple, on peut envisager que la peine de mort soit abolie en règle générale, comme c'est le cas dans de plus en plus de sociétés actuelles; cela n'exclurait pas des mesures d'exceptions dans un avenir plus ou moins lointain, comme c'est le cas en période de guerre, sans que le principe de l'abolition soit remis en question: l'argument des nombreuses erreurs judiciaires me semble au moins irrécusable; l'argument de l'inutilité de cette peine pour la dissuasion me sembla aussi très fort; je ne vois pas comment être raisonnable et "antiabolitionniste" aujourd'hui.
   J'y ajouterai celui -ci: ce n'est pas du tout par compassion humaine pour les criminels avérés (ils se moquent probablement de cette compassion...), car il n'est du tout prouvé que la réclusion perpétuelle soit une peine moins dure que la mort programmée. Reste la question des conditions pénitentiaires, qui me parait d'une autre nature, et je n'ai pas grand chose à en dire, sinon qu'il est clair que l' "humanisation des prisons" ne doit pas aller jusqu'à les transformer parfois en résidence confortable: si la prison n'est plus pénible, en quoi serait-elle une peine?... On sait que la prison est aussi une protection des accusés et des coupables contre les représailles de leurs victimes, ce qui est nécessaire au moins pour la sérénité des procédures judiciaires. Mais elles n'apportaient plus de satisfactions aux victimes passées ou potentielles, que resterait-il de leur légitimité?
     Enfin, il semble nécessaire de relativiser du point de vue géopolitique: en France aujourd'hui, la peine de mort est abolie, je ne vois pas beaucoup d'intérêt à la discuter: c'est la qualité, le nombre et l'efficacité des prisons qui constituent plutôt le problème du droit pénal français. La peine de mort est un problème pour des pays comme le Texas ou d'autres, où elle est assez "généreusement" pratiquée...
   Quant à l'euthanasie, c'est d'abord sous la forme de l'acharnement thérapeutique qu'elle se présente statistiquement; il faudrait des statistiques fiables (mais qui souhaite les faire sérieusement?...), mais il ne semble pas que les aspirants soient légions...En tout état de cause, le cas du suicide me semble bien différent : autant qu'on sache, la majorité des suicidaires ne demandent jamais l'aide ou l'autorisation de qui que ce soit pour passer à l'acte. Ce qui suffit à indiquer que l'euthanasie est plutôt un geste social, alors que le suicide est plutôt individuel, et pour cela moins compréhensible par autrui (mais j'admets que la différence n'est pas toujours nette: - les suicides collectifs, comme celui de la secte de Waco?... - les suicides rituels, des japonais ou autres ?...).
    Bref: le droit de donner la mort ne peut pas être reconnu sans de nombreuses conditions très rigoureuses, et dans des cas très exceptionnels; mais on voit mal comment il pourrait être absolument interdit sans rêver naïvement d'un monde sans vie réelle. Le respect de la vie peut impliquer dans certains cas (rares) le droit de donner la mort...
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Y a-t-il une objectivité des événements?

Publié le 15 Juillet 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Y a-t-il une objectivité des événements ?

 

 

   On a souvent à déplorer que des témoins ou des journalistes manquent d’objectivité par rapport à l’événement qu’il racontent parce que l’on observe trop de différences dans les récits et les descriptions : trop d’interprétations multiples les rendraient toutes arbitraires.

   Mais certains se félicitent de cette diversité, signe de liberté et preuve de la relativité de la vérité. Rien n’est vrai, peut-être, mais au moins chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. Vouloir imposer au non de la science une version objective des faits, ce serait vouloir formater les esprits et imposer un uniforme dogmatique à la pensée. Plutôt sacrifier la connaissance que la liberté!... 

   

 

   Mais est-ce si simple ? On voit assez mal pourquoi aucune objectivité n'est souhaitable et  où serait son danger pour la liberté de penser. Par contre, on entrevoit mieux les risques d’un scepticisme et d’un relativisme à l’égard des sciences : soit personne ne s’entendra plus sur quoi que ce soit, puisque toutes les interprétations seraient équivalentes ; soit chacun adhérera aux discours les plus séduisants et les plus faciles, car nous n’aimons pas toujours faire beaucoup d’efforts de raisonnement critique.

   La difficulté est plutôt de savoir à quelles conditions cette objectivité est possible. L'esprit scientifique pense qu'elle l'est; mais ses objets ne sont pas des événements au sens propre, plutôt des phénomènes caractérisés par des invariants observables et mesurables par tous, et donc ce sont en principe des faits reproductibles (l'eau qui bout à 100° Celsius,etc. ). Mais un événement semble plutôt en effet constitué par un sujet, individuel ou collectif, par une combinaison de données objectives et d'interprétations subjectives où entrent en jeu des habitudes, des préjugés, des intérêts, des passions... Il est alors douteux qu'il existe une objectivité de l'événement en lui-même, car s'il n'est pas reproductible (comme un phénomène mesurable) il n 'y a aucun moyen de vérifier par expérience que tel témoignage est plus "objectif" que tel autre.

     C'est une position relativiste: il n'y a pas de faits "tels quels", il n'y a que des interprétations de relations avec des parties de notre monde. Est-ce une position sceptique et anti scientifique? Certes non! ... La science est faite de procédures, de méthodes, d'usages instrumentaux et d'opérations de validation qui sont par définitions disponibles au travail de ce qu'on peut appeler la communauté scientifique internationale. Une vérité scientifique est objective si elle résiste à l'ensemble des tests disponibles aux membres autorisés par cette communauté scientifique. Les critères d'objectivité sont donc à la fois logiques, techniques et conventionnels, mais ils ne sont pas arbitraires ou "idéologiques": il est objectivement indiscutable que 2+2=4 et que la Terre tourne autour du Soleil en 365 jours1/4.  Mais cette objectivité est humaine, constituée par l'histoire de la connaissance humaine et les facultés du sujet humain de la connaissance; en tant que telle, elle doit demeurer ouverte à la discussion rationnelle et aux tests expérimentaux. La science existe, mais elle ne peut cesser d'être un processus critique indéfini.

   Quant aux conflits d'interprétations, et notamment avec celles qui s'opposent aux critères d'objectivité pour définir un événement, cela peut se comprendre par la confusion entre "le fait immédiat" et ses traces biopsychiques et matérielles (les documents de toutes sortes). Il est possible de trouver des caractères objectifs dans les documents dans la mesure où l'on peut les examiner à loisir avant que le temps ne les détruise : mais comment faire pareil pour les souvenirs primitivement imprimés dans les sens et la mémoire individuelle? Pour qu'une représentation puisse être examinée, il faut un premier signe qui l'extériorise: dès que j'exprime mon impression première, je la transforme en signification "secondaire", de sorte que l'impression première reste invérifiable.

    En ce sens, nous sommes condamnés au conflit des interprétations; mais nous pouvons toujours les discuter et trouver des compromis utiles, grâce au langage et autres moyens de communication. L'homme est une espèce tragique mais extrêmement ingénieuse!

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Florilège de citations soigneusement choisies (2)

Publié le 17 Avril 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Raison

 

 

« Les hommes se gouvernent plus par caprice que par raison. »

(Pascal)

*

 

« Le désordre est simplement l’ordre que nous ne cherchons pas. »

(Bergson).

*

 

« Toute technologie avancée est magique. »

(Arthur Charles Clarke)

 

*


  L'autorité d'un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de tous ceux qui n'y comprennent rien.  (Galilée) 

*

 

L’attention est une prière naturelle par laquelle nous obtenons que la raison nous éclaire.

(Malebranche)

*

 

L’adolescent est l’être qui blâme, qui s’indigne, qui méprise.

(Alain)

 

***

 

 

 

 

 

 

Mal

 

 

La douleur est toujours moins forte que la plainte.

(La Fontaine, La Matrone d’Ephèse)

 

*

 

La douleur qui se tait n’en est que plus funeste.

(Racine, Andromaque)

 

*

 

On n’est compatissant qu’avec les maux qu’on éprouve soi-même.

(Beaumarchais, La Mère coupable)

 

*

 

 C’est un moyen de se consoler que de regarder sa douleur de près.

(Stendhal, Journal)

 

*

 

Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur.

(Musset, La Nuit de mai)

 

*

 

Les larmes sont un don.

Souvent les pleurs, après l’erreur ou l’abandon,

Raniment nos forces brisées.

(Victor Hugo, Les Feuilles d’automne)

 

*

 

Ne réveillez pas le chagrin qui dort.

(Jules Renard, Journal)

 

***

 

 

 

 

 

 

Mémoire

 

Le souvenir commence avec la cicatrice.

(Alain)

*

 

Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations.

(Marcel Proust, A la  Recherche du temps perdu)

 

*

 

Le souvenir, c’est la présence invisible.

(Victor Hugo, Océan prose)

 *

Pardonnez beaucoup de choses, oubliez–en un peu.

(Idem)

 *

 

Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu’un distributeur d’oubli !

(Hugo, L’Homme qui rit)

 *

 

L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

(Proust, A la  Recherche du temps perdu)

 

*

 

 

 

 

Langage

 

 

« Un mot n’est pas la chose, mais un éclair à la lueur duquel on l’aperçoit. »

(Diderot)

*

 

« Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé... »

(Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux)

 

*

 

« Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre. »

(Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale)

 

*

 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

(Albert Camus)

*

 

« J’apprends tous les jours à écrire. »

(Georges Louis Buffon)

 

*

 

« Écrire, comme question d’écrire, question qui porte l’écriture qui porte la question, ne te permet plus ce rapport à l’être – entendu d’abord comme tradition, ordre, certitude, vérité, toute forme d’enracinement – que tu as reçu un jour du passé du monde ».  

(Maurice Blanchot)

*

  

  

           

 

Vérité

 

« La vérité est fille du temps. »

(Giambatista Vico)

 

*

 

« La vie a besoin d'illusions, c'est-à-dire de non vérités tenues pour des vérités. »

(Friedrich Nietzsche, Le Livre du philosophe)

 

*

 

 « L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : « Moi, l’Etat, je suis le Peuple. »

(Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)

 

*

« C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité.» (Blaise Pascal, Pensées)

*

«Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr.»  (Idem)

 

*

 


 

 

 

 

 

 

 


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Florilège de citations soigneusement choisies

Publié le 14 Avril 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Penser

 

 

Qui pense peu se trompe beaucoup. 

(Léonard de Vinci, Carnets)

 

*

 

 La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle. 

(Idem)

 

*

 

 C’est peut-être chez les artisans qu’il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité de l’esprit, de sa patience et de ses ressources.

(Diderot)

 

*

 

La plupart des gens préfèreraient mourir plutôt que de réfléchir. C’est d’ailleurs ce qu’ils font.

(Bertrand Russell)

*

 

 

 

 

 

Désir

 

  On dit que le désir naît de la volonté, c'est le contraire, c'est du désir que naît la volonté. Le désir est fils de l'organisation. (Diderot)

*

  Le désir est un agencement.

(Deleuze)

 

*

 

  La séduction suprême n’est pas d’exprimer ses sentiments, c’est de les faire soupçonner.

(Barbey D’Aurevilly, Les Diaboliques)

 

*

 

L’art de plaire est l’art de tromper.

(Vauvenargues, Maximes et réflexions)

 

*

 

Rien ne rend si aimable que de se croire aimé.

(Marivaux, Le Paysan parvenu)

 

*

 

L’amour n’est pas seulement un sentiment, il est un art aussi.

(Honoré de Balzac, La Recherche de l’absolu)

 

*

 

Parler d’amour, c’est faire l’amour.

(Idem, La Physiologie du mariage)

*

 

La volupté, comme une fleur rare, demande les soins de la culture la plus ingénieuse.

(Idem, La Femme abandonnée)

*

 

Les plaisirs de l’amour sont toujours en proportion de la crainte.

(Stendhal, De l’Amour)

 

*

 

L’amour est le miracle de la civilisation.

(Idem)

 

*

 

L’harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l’on aime.

(La Bruyère, Les Caractères)

 

*

 

L’amour tue l’intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur et l’un ne se remplit que pour vider l’autre.

(Jules Renard, Journal)

 

*

L’avantage de l’amour sur la débauche, c’est la multitude de plaisirs.

(Montesquieu)

 

*

 

 

 

 

 

 

Connaissance

 

 

« La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse et le jugement difficile. »

(Hippocrate)

*

 

L’expérience est la mémoire de beaucoup de choses.

(Diderot)

 

*

 

L’expérience est la source de toute sagesse.

(L. de Vinci)

*

 

     Les mathématiques peuvent être définies comme une science dans laquelle on ne sait jamais de quoi on parle, ni si ce qu'on dit est vrai.                                 

 (Russell) 

 

*

 

     Les mathématiques sont un jeu que l'on exerce selon des règles simples en manipulant des symboles ou des concepts qui n'ont ,en soi, aucune importance particulière.  (David Hilbert)                    

*


  Savoir, et ne pas faire usage de ce qu’on sait, c’est  pire qu’ignorer. 

(Alain)

*

 

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La notion de rythme

Publié le 20 Mars 2012 par bernard petit dans Musique

 

  (commentaire de l’art. Rythme, signé Pierre Sauvanet, dans l’Encyclopédia Universalis  2009, DVD-ROM)


     La notion de rythme dissimule mal une pluralité de sens : rythme cardiaque ou respiratoire, rythme des saisons, rythme des modes, rythme musical, rythme de travail…  Une telle extension sémantique est peut-être le signe de la vitalité et de l’utilité d'une telle notion. N'y a-t-il pas malgré tout des points communs à ces divers sens possibles, sans pour autant rêver à une unité idéale? Aussi, la question: «Qu'est-ce qu’un rythme?» peut-elle chercher une définition capable, d’une part, d'approcher tout ce qu'on comprend d'habitude sous le mot rythme (sa polysémie globale et équivoque); et d’autre part, de fournir un instrument adéquat pour étudier un rythme singulier dans un domaine particulier (sa signification locale et précise).

   

   Ainsi Pierre Sauvanet (art. Rythme, in EU 2009) distingue une définition globale et une définition restreinte. Selon la première, on peut appeler rythme « tout phénomène, perçu ou agi, auquel on peut attribuer au moins deux des qualités suivantes : structure, périodicité, mouvement ». Et selon la seconde : «tout phénomène, perçu ou agi, auquel on peut attribuer chacune de ces trois qualités ».

    La seconde est plus précise et compréhensive, mais la première correspond aux usages les plus courants, et réclame donc un premier examen.

  

   Le premier couple envisageable - structure et périodicité sans mouvement - s'applique à tous les rythmes que l'on perçoit comme statiques, et qui manquent de l’élément vitalisant qu’on estime devoir trouver dans un « vrai rythme ». (On pourrait donc les appeler pseudo rythmes). En poésie, par exemple, cela correspond à la différence entre un sonnet de versification correcte, qui répond aux critères de forme et de retour (quatorze alexandrins,quatre strophes, rimes finales,etc.); et le mouvement de chaque lecture individuelle capable de l’animer d’une vie propre.

      Le second couple — structure et mouvement sans périodicité —caractériserait un type de rythme plus difficile à percevoir et à concevoir, sans retour sur lui-même ni régularité perceptible. Dans les musiques contemporaines, par exemple, le rythme varie souvent d'une mesure à l'autre (critère de mouvement sans périodicité), tandis qu'une certaine structure se fait pourtant sentir, dans l'agencement temporel des événements acoustiques, le jeu des timbres et des  accentuations, des sons et des silences, qui détache des figures sur un fond totalisateur, aussi « ouvert » qu’il puisse être.

      Le dernier couple enfin — périodicité et mouvement sans structure — engloberait les rythmes saisonniers, astronomiques ou biologiques. Ces phénomènes, que nous continuons à appeler rythmes, de fréquences et d’ampleurs différentes mais de même type, reposent sur le même principe d'un retour au « même » et d'une possibilité de décalage, d'irrégularité de mouvement, mais sans véritable organisation spatio-temporelle, sans prégnance d'une forme nettement délimitée.


      Si l’on passe à la deuxième définition, « un rythme au sens fort est alors un phénomène qui, dépassant ses conditions minimales d'apparition, réussit à combiner tous les termes de la triade structure-périodicité-mouvement ». Ainsi en est-il, dans l'espace, d'une architecture qui travaille la ligne droite et la récurrence de certains motifs avec une dynamique de la ligne courbe [ex : le style baroque]  ou, dans le temps, d'une improvisation proprement rythmique à partir d'un schéma cyclique donné [ex : des percussions jazz].

 

      En d’autres termes, que Sauvanet présente comme plus philosophiques :

- la structure serait de l'ordre du concept, car on peut toujours ramener un rythme quelconque à un schéma mental ;

la périodicité, de l'ordre du percept, parce qu’on perçoit un rythme comme un cycle avant de le penser comme tel ;

- le mouvement, de l'ordre de l'affect, puisque l'émotion rythmique passe par une «prise de corps » avant sa prise de conscience.

 

    On peut dire alors que « l'homme est un animal polyrythmique », en voulant marquer par là l’importance productrice,symbolique et pratique, des rythmes en tant que tels : comme genèse des concepts, comme jeu vibrant des continuités et des différences, comme appréhension ou création de formes à tous les niveaux des

dynamismes physiques; et enfin, comme possibilité de connexions et d’interactions entre divers arts, sciences ou modes de pensée.

 


 

 

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Chroniques anachroniques (20/01/2012)

Publié le 20 Mars 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

     L'humain, "animal poltron..." (Nietzsche).

     Du point de vue d'une philosophie de l'art, on peut dire que l'on embellit le monde pour le rendre plus convenable à nos goûts et plus supportable à nos faiblesses humaines. En ce sens, aucun art ne peut longtemps se passer d'une certaine volonté de beauté. Par beauté, j'entends ici le sentiment actif du jeu harmonieux et intensif de nos facultés d'imaginer, de concevoir et de produire des formes communicatives,  d'éprouver et de faire partager leur sens dynamique et  symbolique.  Cela n'implique aucun conformisme  mou aux modes ambiantes, aucune adhésion à un ordre despotique et abrutissant, mais plutôt une affirmation partagée de "nouvelles possibilités de vie humaine" (Nietzsche).Néanmoins, les difficultés de la communication peuvent faire qu'une forme est mal perçue et mal comprise, de sorte que ce que certains trouvent beau et palpitant est trouvé laid, ennuyeux ou condamnable par d'autres.  Ainsi la beauté peut-elle faire peur, lorsqu'elle tend vers le sublime, comme chez Shakespeare ou Proust, Michel-Ange ou Le Tintoret, Welles ou Visconti...

     Mais le même but (rendre le monde convenable et supportable) peut être poursuivi par des moyens tout opposés.On peut en venir à enlaidir le monde humain en le noyant dans la banalité, sous prétexte de le rendre plus rassurant, car la peur du devenir, de l'avenir comme du passé, et même d'un certain présent, sont souvent les maîtres de la conscience ordinaire. C'est toute une culture de la peur qui peut conduire au "désenchantement du monde"( Max Weber), quand la propagande sécuritaire  s'associe à la démagogie hypermédiatique, en combinant sournoisement la publicité consumériste, l'idéologie libérale individualiste et technocratique sous des prétextes démocratiques et humanistes, et ce besoin de réconfort que l'aventure humaine garde en réserve , bon gré mal gré, aux soirs de ses plus audacieuses manoeuvres, lorsqu'elle a tant besoin de paisible repos... Comme le dit si bien Rousseau, "on dort aussi en paix dans les cachots", et c'est peut-être ce qui les rend si séduisants à certaines heures de la vie.

     Prenons donc garde de ne pas transformer la Terre en cachot de la poltronnerie humaine!...

 

*

                                                                

                                                               Bernard Petit  (20/01/2012)

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La Fuite et la Fiction (inspiré par le film Avatar,2009,J.Cameron).

Publié le 1 Janvier 2012 par bernard petit dans Cinéma

 

    - La fuite et la fiction.

« Fuir là-bas, fuir !je suis hanté :l’azur, l’azur,l’azur, l’azur ! » écrit Mallarmé. Qu’est-ce que fuir ? La fuite d’eau, la fuite du temps, la fuite de l’ennemi, la fuite du lâche sont des passages ou des mouvements de directions indésirables : mais ont-elles quelque chose en commun ? Qu’ont-elles à voir avec le passé du verbe être latin esse, fuit ?

   - On pense communément qu’une utopie est une fiction politique, le projet imaginaire d’un monde idéal : littéralement, l’utopie est ce qui n’a pas de lieu, pas de place dans le monde actuel. Figure de l’impossible souvent calquée sur la négation de certains aspects du monde réel : on imagine un monde paisible, fraternel et beau, parce qu’on voudrait exclure la violence et la laideur du monde réel.  On ne considère pas un roman pessimiste, un conte cruel ou un film violent comme des utopies, lorsque leur fictionnalité  se réfère à un monde vraisemblable, autrement dit possible aux mêmes conditions que notre monde réel (ou reconnu comme tel), présent ou passé. La fiction utopique est chargée de nous sauver d’une nécessité négative du réel, tout au moins d’envisager la possibilité de ce salut.

    Mais en un sens précis, aucune fiction n’est sans référence à un monde, c’est-à-dire un espace temps relatif aux conditions anthropo-culturelles dont la fiction est issue : car nous ne pouvons pas imaginer un monde inhumain et culturellement neutre sans que les forces de notre imagination ne se rapportent à ce que notre esprit connaît et peut connaître du réel. L’imagination est une variation continue de la mémoire ; et tout événement nécessite un espace temps, matériel ou symbolique (peut-être les deux).  Certes, l’imaginaire ne reproduit pas le réel ou sa connaissance, mais l’imagination ne peut procéder qu’à partir du vécu et du connu.

   D’où l’intérêt affectif et intellectuel des fictions mythologiques, poétiques, fantastiques ou « technoscientifiques » : les plus délirantes sont perçues à la fois comme impossibles et comme évocatrices de notre condition humaine « d’êtres-dans-ce-monde » culturellement déterminé ; elles se donnent comme des irréalités susceptibles de nous instruire sur notre existence réelle et possible ; et sans la perception de telles données, elles sont à peine reconnues comme productions effectives, au mieux reléguées à de puérils amusements.

   En effet, s’il n’y a qu’un seul univers au sens « physique » (mais il y aurait à redire sur cette notion et ses postulats « scientifiques »), il y a une multitude de mondes possibles impliqués dans les virtualités indéfinies de cet univers « réel ». Mais nous n’avons aucune raison solide de croire que tous les êtres coexistant dans l’univers physique actuel appartiennent à un espace-temps commun : cela supposerait qu’ils puissent se rencontrer ou communiquer d’une manière quelconque, en temps et lieux déterminés, autrement dit qu’ils puissent composer des faits communs, seule confirmation de la réalité d’un être pour une conscience capable de la penser. Or, la communauté de tous les étants est une idée peut-être nécessaire, mais non une donnée de fait ; et la différence est ici aussi grande qu’entre la possibilité d’une vie intelligente extra terrestre (qu’aucune raison ni aucun fait ne semblent pouvoir interdire), et sa connaissance de fait réellement constatée. De sorte qu’il est tout à fait possible que des civilisations extra terrestres existent, aient existé ou puissent exister « un jour », et qu’aucune preuve de fait n’en parvienne jamais à la connaissance de l’humanité, ni même d’aucune intelligence terrestre.

   Un proverbe dit que « seules les montagnes ne se rencontrent jamais » : à l'échelle cosmologique, c'est un peu stupide, puisqu’il y a des tas de choses et d’êtres que des tas de gens ne rencontrent jamais avant leur disparition, qu’il en est probablement ainsi de toute nécessité et de toute éternité. Il est même permis de penser que c’est très bien ainsi. 

    En fin de compte, toute fiction est une utopie, bonne ou mauvaise, puisqu’elle renvoie à un espace temps où des événements sont physiquement possibles et culturellement intelligibles, sans être pour autant réalisables : car il est de la nature de nos représentations de différer (plus ou moins mais toujours) de la réalisation, comme le possible diffère par nature du réel. Les fictions sont des productions symboliques qui ont leur propre mode d’existence nécessaire et suffisant ; en tant que telles, elles forment et nourrissent nos imaginaires, et inspirent nos réalisations humaines. Mais elles ne les produisent pas directement et précisément : « les idées deviennent des forces matérielles quand elles pénètrent les masses », écrit Marx. Mais c’est aussi dire qu’elles sont vouées à se transformer, et que c’est à cette  condition qu’elles peuvent agir dans le monde.

    Comme les rêves, les fictions et les utopies sont en eux-mêmes des modes d’existence et d’action, et pas seulement comme dispositions abstraites pour des réalisations éventuelles. Les représentations humaines, projets, images ou idées ont leur propre statut de réalité, même s’ils n’existent que pour des êtres conscient: ils sont des faits psychiques en tant que tels, et n’ont pas besoin d’une autre réalisation pour exister ou être justifiés.  Le rêve le plus fugace et le plus obscur a déjà une virtualité d’existence objective pour la conscience du rêveur ; transformé en récit énigmatique, il est déjà un symbole et un matériau d’interprétation, c'est-à-dire autre chose qu’un vécu brut. C’est pourquoi toutes les utopies politiques tournent « mal », du seul fait qu’elles commencent à « tourner » ; et c’est pourquoi nous n’aurons jamais fini de créer des utopies, comme des mondes parallèles irréalisables mais qu’il nous suffit de fantasmer et de méditer.

    Ce n’est pas parce que nous voulons réaliser des projets nourris de certains rêves,

que nous avons intérêt à les réaliser tous. La réalisation d’un projet est une transformation réelle, qui devient autre chose que le projet initial. Si un rêve est un rêve, ce qui se réalise n’en est plus un !...

 

 

 

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Chroniques anachroniques (Janvier 2012)

Publié le 23 Décembre 2011 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

Chroniques anachroniques

 

 
 03/11/2011

   Le tyran et le peuple 

   Le grand Platon soutien dans sa République que le tyran est forcément un homme seul parce que détesté de tous. En effet, la volonté arbitraire d’un individu ne peut être qu’injuste, et au fond de soi, chacun déteste l’injustice, quels que soient les avantages qu’on puisse en tirer parfois. L’argument est aussi fort qu’il semble  optimiste. Malheureusement, il ne semble pas suffisant pour opposer radicalement la solitude du tyran à la solidarité du peuple.

 

   Un tyran n’est jamais seul, bien qu’il fasse beaucoup de choses pour le devenir, en cours d’exercice de son pouvoir (par définition abusif, sans quoi on n’aurait aucune raison de le qualifier de tyran ou de dictateur). Et si l’on s’étonne après coup que tel autocrate ait pu garder autant de soutiens après avoir fait tant de choses abominables, c’est certainement que l’on comprend mal une dictature lorsqu’on se contente d’opposer le dictateur au peuple qu’il aurait opprimé sans contreparties ni explications. Comme si un peuple était une entité homogène indiscutable ! Comme si un dictateur était assez fort pour dominer, terroriser et manipuler,  par ses seules prodigieuses et charismatiques facultés, des millions d’individus , la plupart physiquement inaccessibles et mieux armés que lui !...

    Sachons plutôt nous rappeler que toute dictature n’est jamais naturelle mais toujours collective et institutionnelle : « un seul homme n’est jamais assez fort pour devenir et rester toujours le maître » dit bien Rousseau. Un tyran a besoin d’appuis, de personnel, d’instruments, d’argent, de réseaux d’information et d’influence, de police, d’armée, de prison, de moyens d’intimidation. Il peut conquérir une place par la force, mais il ne peut conserver un pouvoir que par la ruse et la complicité de ses alliés (temporaires ou durables) qui, d’une manière ou d’une autre, sont des groupes de pouvoir issus d’un peuple quelconque (même quand il s’agit de mercenaires). Enfin, le chef d’un coup d’Etat ne devient dictateur que si une société est capable d’accepter une dictature, sinon de la vouloir, dans le cœur de ses institutions.

    On devine par là qu’une dictature ne peut pas être un accident mystérieux dans l’histoire d’un peuple isolé du monde, ni l’œuvre individuelle d’un génie de la manipulation isolé de toute communauté. On ne peut certes pas en déduire simplement que le peuple soit le complice, même objectif ou inconscient, de son dictateur ; quoique l’ignorance rassurante, la paresse intellectuelle et la lâcheté morale ne soient pas étrangères aux conditions d’établissement et de durée d’une dictature.  Mais il est aussi certain que la satisfaction d’intérêts dominants d’une partie du peuple (réseaux d’influence, police, armée,etc.) est une motivation positive pour qu’un système autocratique s’installe en permanence, en divisant durablement les intérêts et les classes sociales même les plus populaires. Une dictature est ainsi toujours le pouvoir d’une partie du peuple sur une autre partie.

     Après le florentin Machiavel et son Prince publié au XVe, le gascon La Boétie écrit au XVI e siècle un Traité de la servitude volontaire ; l’autrichien Wilhelm Reich tenta dans les années 1950 de marcher sur leurs traces en écrivant La Psychologie collective du fascisme. Celui qui n’a pas lu de tels textes se prive d’instruments essentiels de compréhension de la politique, démocratique ou autocratique, ancienne, moderne, postmoderne et… permanente.

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15/01/2012

    L’Europe et « ses cancres ».

    Beaucoup de média présentent la politique de l’Europe comme traitant avec condescendance les nations qu’elle fédère, lorsqu’elles ne se conforment pas aux critères économiques exigés et qu’elles se trouvent mal notées par les agences dites « compétentes ». Les pays mal notés font ainsi plus ou moins figure de mauvais élèves, voire de cancres, qui ne mériteraient pas leur place dans cette élite que se voudrait être la Communauté Européenne...

    De mauvais esprits pourraient même penser que certains Européens riches et arrogants (l’Allemagne, la France, etc.) se comportent un peu comme des néo colonialistes déguisés en fédéralistes à l’égard de la Grèce, du Portugal ou de l’Irlande. Cela n’aide peut-être pas beaucoup ces pays en difficultés (et c’est injuste dans la mesure où ils ne sont pas entièrement responsables de leur puissance économique). Cela n’embellit pas  l’image de l’Europe aux yeux des peuples fédérés, qui peuvent toujours chercher refuge dans des réactions nationalistes aussi bêtes qu’inefficaces. Et cela n’aide pas le fonctionnement des institutions européennes, parce qu’elles ne sont pas toutes puissantes pour intervenir dans les processus mondiaux.

   On dira peut-être que l’observation de ces phénomènes dépend beaucoup des images médiatiques qui nous en informent. Certes, dans le secret des cabinets politiques et financiers, les choses sont plus complexes et les jugements devraient être nuancés. Mais il n’en demeure pas moins que la réalité politique se joue aussi dans ses représentations (ce qui n’est pas propre à notre "post-modernité" (?) et que la représentation politique passe aujourd’hui par de puissants media de masses, sources d’images significatives qu’il faut bien déchiffrer pour comprendre le réel et agir en lui, tant il est vrai que les masques révèlent autant qu’ils cachent.

   On peut être à la fois un enthousiaste de l’idéal européen doublé d’un antinationaliste convaincu et un critique implacable de certaines tournures prises par la politique européenne et ses instances associées, surtout celles de la finance internationale, des agences économiques de notations et des média qui informent tout ce beau monde (y compris celles qui se veulent critiques envers ces pouvoirs). Lorsqu’on entend traiter de « mauvais élève » des pays entiers comme la Grèce, le Portugal,l’Espagne ou l’Italie, parce que des statistiques considérées comme « importantes » les placent en bas du classement qui en résulte,  par des gens qui ne savent probablement pas grand-chose de Platon, de  Pessoa, de Cervantès ou de Dante, j’ai beau me dire qu’il ne s’agit que de figures de style et de manières de parler, je n’arrive pas à me convaincre qu’elles sont sans conséquences réelles,vu leur usage fréquent et l’amplitude de leur résonance. Et je soupire de désolation en me disant qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark »…ou plutôt dans le processus européen. A propos de ces nations, héritières de si grandes oeuvres culturelles mais marquées par les infortunes de l’Histoire, je me demande bien de quoi et de qui elles pourraient bien être les élèves, à quoi elles auraient encore à être éduquées…On peut bien sûr imaginer qu’il s’agit du progrès vers la solidarité européenne et le cosmopolitisme mondial, mais n’est-ce pas oublier que ces idées et ces institutions de fédération, d’Europe , de genre humain et de cosmopolitisme, ces peuples en sont chaque fois au moins en partie les inventeurs ? Et même si l’on arrive à justifier le principe d’une telle éducation de leur conscience politique , croit-on sérieusement que l’on « éduque » un peuple d’adultes comme un groupe d’enfants ou d’adolescents, à coup de carottes et de bâtons, de bonnes notes et de retenues sur salaires? Méfions–nous donc de ces métaphores politico pédagogiques persistantes, qui ne sont peut-être que de vieilles habitudes et d’encombrants préjugés paternalistes et néocolonialistes…

   N’oublions donc pas que :

a) une nation n’est pas réellement une grande famille ;

b) l’Etat n’est pas un chef de famille dont le peuple serait ses enfants ;

c) un groupe de nations n’est pas une classe d’élèves ;

d) l’humanisme et le cosmopolitisme ne sont pas des objets de disciplines scolaires, mais des modes d’existence de la plus haute complexité.

    Les savoirs et les études apportent sans doute une contribution nécessaire au développement planétaire des valeurs humanistes, mais « l’école de la vie » n’est pas plus une école que « le grand livre du monde » n’est un livre : ce sont des métaphores à manier avec discernement, comme tout  instrument puissant. Or, je ne crois pas être le seul à penser que le langage (au sens large incluant tous ses modes techniques et symboliques) est notre plus puissant instrument, le plus capable d’instruire mais aussi de tromper. Il tisse toutes nos vies ; il trame notre humanité. Et s’il n’y a pas d’ « école de la vie », c’est d’abord parce que toute école est à l’évidence une école de vie et d’humanité : comment en serait-il autrement ? La vie la plus imparfaite n’est-elle pas encore une vie ? Le pire des hommes n’est-il pas encore un humain ?...

   Et c’est ensuite parce que, par cette production de l’homme par l’homme qu’on appelle culture (ou éducation), les hommes apprennent ce que peut devenir leur humanité : l’humain ne se connaît qu’en se créant, sans avoir besoin de modèles définitifs, seulement d’exemples indicatifs.    

 

PS.  On apprend que la France vient d'être notée AA+ par certaines agences  de notation. Bon. Qu'est-ce que ça va changer?... Les Français doivent-ils mettre beaucoup de leur dignité humaine, de leur vitalité et de leur 'identité culturelle"(quel que soit le sens qu'on lui donne) dans la balance de ce genre d' "expertise"? 


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11 /11/2011

   Vision artiste-humaniste contre vision économiste du monde

   Penseurs et artistes de divers horizons peuvent s’allier pour une stratégie anti-économiste et anti-capitaliste « néolibérale » en faveur d’une vision artiste- humaniste du monde .

   La vision économiste du monde consiste à réduire les processus vitaux, les besoins, les échanges, les processus de production et de consommation à des phénomènes quantitatifs mécaniques : l’évolution réduite à l’instinct de conservation et à l’appât du gain, la vie réduite à la survie. La vision artiste  du monde, défendue par des poètes de tous les arts (Dante,Shakespeare,Hugo, Baudelaire, Mallarmé…) les philosophes de la grâce (Saint-Augustin, Pascal, Simone Weil…), les anthropologues de la dépense et du jeu (Nietzsche,Mauss, Bataille, Caillois…) ou les sociologues critiques (Marx, Polanyi,Marcuse, Baudrillard…), consiste à rappeler que l’autonomisation de l’économie n’est un processus ni mécanique ni fatal, mais une histoire de choix politiques. C’est une imbrication de stratégies appuyées en partie sur des nécessités vitales et en partie sur des facilités techniques, économiques et idéologiques, systématiquement sous estimées. L’économie capitaliste  néolibérale est à la fois une machinerie et une mythologie, celles d’une mondialisation culturelle à double foyer occidental (Europe/Amérique) qui fonctionne en faisant croire à sa toute puissante nécessité (motif mythologique) et  à sa parfaite systématicité (motif mécano économique).

   La critique de Marx et d’autres anti économistes, ne consiste pas à dire que les rapports économiques déterminent la politique et la culture en général, mais qu’ils la codéterminent en dernière instance, avec les rapports sociopolitiques et techno biologiques (aux effets idéologiques). Si l’économie représente cette instance ultime, c’est surtout parce que c’est ce qui reste quand toutes les autres possibilités humaines ont été épuisées au sens où  lorsqu’on a tout perdu et qu’on est impuissant politiquement et idéologiquement, on n’a forcément plus qu’un souci : survivre.

    Mais c’est ici le degré zéro de la vie humaine : aucun penseur vitaliste ou évolutionniste (Lucrèce, Diderot, Darwin, Marx, Nietzsche, Bergson) n’a jamais pensé la vie caricaturalement réduite à la seule question de la lutte pour la survie, de l’instinct de conservation ou de la concurrence pour le plus grand profit. On a fait beaucoup en revanche pour interpréter leurs textes en ce  sens, pour le plus grand profit idéologique de l’économie politique libérale et néolibérale.

    Mais que ce soit au sens biologique ou au sens humain « spiritualisé », jamais aucun processus vital ne se laisse comprendre par « ce par quoi qu’il est fait pour gagner », par la logique de l’intérêt économique et quantitatif, par la mécanique des systèmes clos théorisée par la thermodynamique.  La vie se caractérise au moins autant par ses dépenses d’énergie et de matière, ses pertes, ses gaspillages et ses échecs,  que par ses gains et ses réussites. Ce que nous apprennent fondamentalement toutes les tragédies, toutes les comédies, toutes les musiques, toutes les œuvres d’art  et tous les sacrifices religieux et historiques, c’est que vivre, c’est s’efforcer de continuer autrement, pour vivre et pour rien d’autre. Après la vie, il y a encore de la vie et rien d’autre, sans récompense ni punition, sans gain ni perte, sans plan ni signification. On se forme, on se transforme, on passe, on disparaît en transmettant des relais, et puis ça recommence différemment.

    Dans ces conditions, il ne peut y avoir aucun gagnant ; mais, Ô bonne nouvelle ! il ne peut y avoir non plus aucun perdant , puisqu’il n’y a absolument rien à gagner ou à perdre! Car c’est toujours la Vie qui mise et qui joue pour chacun de nous, la Vie qui joue avec elle-même, sans gain ni perte, ni d’autres raisons que la continuité éternelle du Jeu ! Comme disait Sartre, on ne nous a rien promis et nous n’avons rien à perdre, puisque tout ce que nous misons ne nous appartient jamais définitivement, et que chacun d’entre nous n’est que le locataire de sa tranche de vie.  

   D’autre part, nous n’avons aucune raison suffisante de croire qu’il existe des systèmes fermés comme ceux dont parle la thermodynamique. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons toutes les peines du monde à en réaliser des modèles artificiels dans des conditions de laboratoire, et ils ne fonctionnent que ne manière suffisante, à condition de faire abstraction de paramètres dits « négligeables » mais qui sont néanmoins bien réels (et qui sont même tout ce qui « reste » du réel à la imite du « laboratoire »…). Mais un système clos ou fermé n’est au fond que ce que Henri Poincaré disait de l’atome : un système d’équations. Sa réalité ontologique est de l’ordre des mathématiques : strictement formelle, mais avec des possibilités d’applications extra formelles pour que la pensée mathématique ne meurt pas de sclérose implosive, puisque elle-même ne pourrait subsister à l’état « pur », comme le reste du réel.

   Il n’y a pas de systèmes fermés parfaitement autonomes : il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, parce que c’est aussi impossible que la liberté absolue d’un corps dans le monde où tous les mouvements dépendent des jeux de forces matérielles. L’univers, que la cosmologie peut, dans le détail formel, concevoir de bien des façons, quels que soient ses degrés d’ordre et de chaos, ne peut être qu’un ensemble de systèmes mouvants interconnectés et interactifs, en transcodage permanent. On ne peut même pas dire si c’est un Système de systèmes ou un chaos nébuleux de systèmes partiels et provisoires. Telle est la glorieuse incertitude du Jeu cosmique !...

 

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23/12/2011

 

 

 

                                                         Pensées blasphématoires.


1) Les Français cesseront de croire au Père Noël lorsque les américains US cesseront de croire à la BibleCocaCola. Ce n'est donc pas demain la veille.

 

2) Que signifie croire au Père Noël (P.N.)?  N'est-ce pas agir et parler longtemps et souvent de lui et de ses images habituelles, vouloir renouveler sans cesse à la fois les rituels qui sont attachés à sa mythologie, fêter Noël comme s'il distribuait les cadeaux, jouer le jeu de la simulation, auprès des petits enfants, voir les films qui  en varient indéfiniment la figure (on peut se demander d'ailleurs si le mythe aurait une telle force sans l'histoire du cinéma et des médias de masse)? Et surtout, que les pratiques du monde des adultes ne changent quasiment pas entre la période où ils enseignent aux enfants cette "croyance" et la période (immensément plus longue!...) post apocalyptique  (en grec, apocalypse= révélation) durant laquelle "nous" sommes sensés "ne plus y croire"? ...

   Bref, je crois que nous croyons beaucoup plus au P.N.  que les petits enfants naïfs à qui cette croyance est supposée s'adresser. 

 

  3)  On objecte (je l'entends d'ici) que "nos petits lapins de choux " (disons "les moins de six ans" ) méritent bien ces sacrifices et qu'ils ont bien droit eux aussi à continuer à vivre dans la "magie de Noël" le plus longtemps possible. Soit. Je" les aime aussi ces bambins, et je leur reconnais beaucoup de droits fondamentaux, entre autres celui de rêver.  Mais qui ne voit que ce rêve ne vient pas de la prime enfance (ni de la seconde d'ailleurs), mais d'une certaine imagerie que nos sociétés de consommations tiennent à se faire de l'enfance,la divinisation symbolique du nouveau né, représentant l'Elu, le Sauveur, le Messie dont on attend tant!... mais oui le petit Jésus de la crèche et le P.N. sont bien de mèche , non pas selon la tradition chrétienne, mais selon son "avatar bourgeois capitaliste protestant et consommatif"!...

Le P.N. c'est le triomphe de la nostalgie niaise et de l'espérance déçue: nous n'attendons plus le Messie, mais le P.N., et nous pouvons l'espérer tant que nous aurons des nouveaux nés dans notre giron!...

 

4) Le  P.N. c'est la barbe!

 

5) Certains athées disent que Dieu n'était qu' un P.N. pour les adultes parce que c'était dans les deux cas la croyance en quelqu'un qui était supposé exister mais que personne n'avait jamais vu. Cette analogie est complètement inexacte. Si personne de vivant n'a vu le Dieu supposé du monothéisme,  tout le monde sait à quoi ressemble le P.N. et tous les gens déguisés en P.N. sont de vrais P.N., comme tous les comédiens qui jouent Hamlet sont de "vrais" Hamlet , parce que ces personnages  sont seulement des images plus ou moins littéraires. Or, si le Dieu monothéiste peut être considéré comme une création littéraire des textes bibliques, il ne peut être assimilé à une image, puisque 'd'après ces textes mêmes, il est l'Etre dont ne peut faire aucune image convenable (d'où l'interdit de la figuration divine dans les trois principaux monothéismes ).   Donc, il n' y a absolument aucun rapport entre l'idée de Dieu et celle du P.N.

 

                                                                                                        *

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Epistrophe

Publié le 17 Décembre 2011 par Bernard Petit dans Littérature

Epistrophe

 

 

 

 

 

On file épistrophiquement

Et fuyant la plus sereine hésitation

La voie peut nous conduire au bord de l’abîme

Hystérie sans partage

Histoire sans carnage

Ironie sans jambage

Eucharistie systémique et affrontement machinique

Deux mamelles de mystification

On truande à plus soif argotiquement parlant

Et cet emmurage ne tient guère debout

Ni assis ni couché

D’ailleurs…

 

 

 

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                                     (Bernard Petit, 23/01/2011)

 

 

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La Trace et la Perte

Publié le 17 Décembre 2011 par Bernard Petit dans Littérature

La Trace et la Perte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Va, Temps ! Triture, trie et trace tes cheminements !...

Il y a un temps pour le reste et un temps pour la perte.

Il y a un vent pour l’alerte et un vent pour la peste.

La rumeur déicide décidera des suites qu’on donne aux idées :

C’est hélas pure perte ou bien pour peu de restes !...

 

Qui pense, en vérité ? Le Temps passe en rapace ;

Il suit ses propres traces, se perd peu dans l’espace,

Va toujours se jouant sans jamais s’amuser.

Qui croit le prendre en propre est sa plus grande dupe ;

Et qui craint de le perdre est son plus vieux hochet.

 

Qu’en faire en vérité ?

 L’ignorer ou le fuir  

Sont nos enfantillages

De toutes saisons :

Epouser ses nuances,

Tel serait l’idéal…

 

 

                                                                            

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