"Les hommes n'écoutent jamais ce qu'on leur dit ! » se plaint souvent l’autorité aspirante ou mélancolique:c'est à voir... Car écouter n’est pas forcément obéir ; et comme l'écrit Nietzsche, « il y a des manières bien différentes d’écouter sa conscience ! »…
Mais si les hommes semblent souvent sourds ou rétifs aux discours des plus sages, c'est peut-être quand ils ne comprennent pas assez ce qu'on leur dit, quand on ne prend ni le temps ni la peine de leur faire comprendre pourquoi on le leur dit ; et aussi parce qu'on n'a pas toujours le temps de l'expliquer avant d'agir rapidement.
Eh bien, voilà trois arguments solides en faveur de l’autorité des sages: elle fait gagner du temps ; elle épargne aux raisonnements des discours inutiles (il faut parfois beaucoup de temps pour comprendre certains raisonnements); elle ne s’égare jamais loin de la justice (par hypothèse, le sage n’a aucun intérêt à prendre un parti injuste sans sortir du même coup de sa fonction de sage conseiller gouverneur; ceci dit sans exclure de possibles abus de pouvoir...).
Hélas, il est à craindre que ce soient aussi trois « réserves » contre le "débat démocratique", qui fonctionne souvent sur le modèle de la négociation commerciale : comme si les sciences et les arts utiles à la politique se réduisaient à des opinions et des intérêts à court terme, au service de tactiques idéologiques "urgentistes"… Mais ce qui manque régulièrement au débat vite fait et vite dit, "prestissimo et molto agitato", c'est ce qu'un de mes regrettés maîtres Gérard Lebrun appelle la patience du concept: les idées (dignes de ce nom) ne vivent pas au gré des empressements pathétiques de nos contemporains...
Reste le problème pratique de la sélection des plus sages, autrement dit de ceux qui méritent le plus d'exercer la plus juste autorité: c'est la question de Platon dans sa République, celle des Rois Philosophes!... Mais peut-être qu'une des premières vérités à connaître en matière de bon gouvernement, c’est que les hommes sont tantôt dociles ou tantôt rétifs aux règles, mais le plus souvent de manière peu rationnelle.
PS Evidemment, on n'évitera pas l'objection classique: "encore un qui plaide pour sa cause: les philosophes au pouvoir!"... Il faut juste comprendre que le philosophe-roi au sens de Platon n'est pas celui qui porte ce titre (que n'importe quel tyran bête et méchant peut évidemment s'octroyer arbitrairement ), mais celui qui mérite de l'exercer, au vu et su de ses vertus manifestes et éprouvées. Le problème essentiel est celui des principes de sélection et des procédures derecrutement des prétendants.