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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Chroniques anachroniques (Janvier 2012)

Publié le 23 Décembre 2011 par Bernard Petit in Vivre et philosopher

Chroniques anachroniques

 

 
 03/11/2011

   Le tyran et le peuple 

   Le grand Platon soutien dans sa République que le tyran est forcément un homme seul parce que détesté de tous. En effet, la volonté arbitraire d’un individu ne peut être qu’injuste, et au fond de soi, chacun déteste l’injustice, quels que soient les avantages qu’on puisse en tirer parfois. L’argument est aussi fort qu’il semble  optimiste. Malheureusement, il ne semble pas suffisant pour opposer radicalement la solitude du tyran à la solidarité du peuple.

 

   Un tyran n’est jamais seul, bien qu’il fasse beaucoup de choses pour le devenir, en cours d’exercice de son pouvoir (par définition abusif, sans quoi on n’aurait aucune raison de le qualifier de tyran ou de dictateur). Et si l’on s’étonne après coup que tel autocrate ait pu garder autant de soutiens après avoir fait tant de choses abominables, c’est certainement que l’on comprend mal une dictature lorsqu’on se contente d’opposer le dictateur au peuple qu’il aurait opprimé sans contreparties ni explications. Comme si un peuple était une entité homogène indiscutable ! Comme si un dictateur était assez fort pour dominer, terroriser et manipuler,  par ses seules prodigieuses et charismatiques facultés, des millions d’individus , la plupart physiquement inaccessibles et mieux armés que lui !...

    Sachons plutôt nous rappeler que toute dictature n’est jamais naturelle mais toujours collective et institutionnelle : « un seul homme n’est jamais assez fort pour devenir et rester toujours le maître » dit bien Rousseau. Un tyran a besoin d’appuis, de personnel, d’instruments, d’argent, de réseaux d’information et d’influence, de police, d’armée, de prison, de moyens d’intimidation. Il peut conquérir une place par la force, mais il ne peut conserver un pouvoir que par la ruse et la complicité de ses alliés (temporaires ou durables) qui, d’une manière ou d’une autre, sont des groupes de pouvoir issus d’un peuple quelconque (même quand il s’agit de mercenaires). Enfin, le chef d’un coup d’Etat ne devient dictateur que si une société est capable d’accepter une dictature, sinon de la vouloir, dans le cœur de ses institutions.

    On devine par là qu’une dictature ne peut pas être un accident mystérieux dans l’histoire d’un peuple isolé du monde, ni l’œuvre individuelle d’un génie de la manipulation isolé de toute communauté. On ne peut certes pas en déduire simplement que le peuple soit le complice, même objectif ou inconscient, de son dictateur ; quoique l’ignorance rassurante, la paresse intellectuelle et la lâcheté morale ne soient pas étrangères aux conditions d’établissement et de durée d’une dictature.  Mais il est aussi certain que la satisfaction d’intérêts dominants d’une partie du peuple (réseaux d’influence, police, armée,etc.) est une motivation positive pour qu’un système autocratique s’installe en permanence, en divisant durablement les intérêts et les classes sociales même les plus populaires. Une dictature est ainsi toujours le pouvoir d’une partie du peuple sur une autre partie.

     Après le florentin Machiavel et son Prince publié au XVe, le gascon La Boétie écrit au XVI e siècle un Traité de la servitude volontaire ; l’autrichien Wilhelm Reich tenta dans les années 1950 de marcher sur leurs traces en écrivant La Psychologie collective du fascisme. Celui qui n’a pas lu de tels textes se prive d’instruments essentiels de compréhension de la politique, démocratique ou autocratique, ancienne, moderne, postmoderne et… permanente.

*

 

 

 

 

 

 

15/01/2012

    L’Europe et « ses cancres ».

    Beaucoup de média présentent la politique de l’Europe comme traitant avec condescendance les nations qu’elle fédère, lorsqu’elles ne se conforment pas aux critères économiques exigés et qu’elles se trouvent mal notées par les agences dites « compétentes ». Les pays mal notés font ainsi plus ou moins figure de mauvais élèves, voire de cancres, qui ne mériteraient pas leur place dans cette élite que se voudrait être la Communauté Européenne...

    De mauvais esprits pourraient même penser que certains Européens riches et arrogants (l’Allemagne, la France, etc.) se comportent un peu comme des néo colonialistes déguisés en fédéralistes à l’égard de la Grèce, du Portugal ou de l’Irlande. Cela n’aide peut-être pas beaucoup ces pays en difficultés (et c’est injuste dans la mesure où ils ne sont pas entièrement responsables de leur puissance économique). Cela n’embellit pas  l’image de l’Europe aux yeux des peuples fédérés, qui peuvent toujours chercher refuge dans des réactions nationalistes aussi bêtes qu’inefficaces. Et cela n’aide pas le fonctionnement des institutions européennes, parce qu’elles ne sont pas toutes puissantes pour intervenir dans les processus mondiaux.

   On dira peut-être que l’observation de ces phénomènes dépend beaucoup des images médiatiques qui nous en informent. Certes, dans le secret des cabinets politiques et financiers, les choses sont plus complexes et les jugements devraient être nuancés. Mais il n’en demeure pas moins que la réalité politique se joue aussi dans ses représentations (ce qui n’est pas propre à notre "post-modernité" (?) et que la représentation politique passe aujourd’hui par de puissants media de masses, sources d’images significatives qu’il faut bien déchiffrer pour comprendre le réel et agir en lui, tant il est vrai que les masques révèlent autant qu’ils cachent.

   On peut être à la fois un enthousiaste de l’idéal européen doublé d’un antinationaliste convaincu et un critique implacable de certaines tournures prises par la politique européenne et ses instances associées, surtout celles de la finance internationale, des agences économiques de notations et des média qui informent tout ce beau monde (y compris celles qui se veulent critiques envers ces pouvoirs). Lorsqu’on entend traiter de « mauvais élève » des pays entiers comme la Grèce, le Portugal,l’Espagne ou l’Italie, parce que des statistiques considérées comme « importantes » les placent en bas du classement qui en résulte,  par des gens qui ne savent probablement pas grand-chose de Platon, de  Pessoa, de Cervantès ou de Dante, j’ai beau me dire qu’il ne s’agit que de figures de style et de manières de parler, je n’arrive pas à me convaincre qu’elles sont sans conséquences réelles,vu leur usage fréquent et l’amplitude de leur résonance. Et je soupire de désolation en me disant qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark »…ou plutôt dans le processus européen. A propos de ces nations, héritières de si grandes oeuvres culturelles mais marquées par les infortunes de l’Histoire, je me demande bien de quoi et de qui elles pourraient bien être les élèves, à quoi elles auraient encore à être éduquées…On peut bien sûr imaginer qu’il s’agit du progrès vers la solidarité européenne et le cosmopolitisme mondial, mais n’est-ce pas oublier que ces idées et ces institutions de fédération, d’Europe , de genre humain et de cosmopolitisme, ces peuples en sont chaque fois au moins en partie les inventeurs ? Et même si l’on arrive à justifier le principe d’une telle éducation de leur conscience politique , croit-on sérieusement que l’on « éduque » un peuple d’adultes comme un groupe d’enfants ou d’adolescents, à coup de carottes et de bâtons, de bonnes notes et de retenues sur salaires? Méfions–nous donc de ces métaphores politico pédagogiques persistantes, qui ne sont peut-être que de vieilles habitudes et d’encombrants préjugés paternalistes et néocolonialistes…

   N’oublions donc pas que :

a) une nation n’est pas réellement une grande famille ;

b) l’Etat n’est pas un chef de famille dont le peuple serait ses enfants ;

c) un groupe de nations n’est pas une classe d’élèves ;

d) l’humanisme et le cosmopolitisme ne sont pas des objets de disciplines scolaires, mais des modes d’existence de la plus haute complexité.

    Les savoirs et les études apportent sans doute une contribution nécessaire au développement planétaire des valeurs humanistes, mais « l’école de la vie » n’est pas plus une école que « le grand livre du monde » n’est un livre : ce sont des métaphores à manier avec discernement, comme tout  instrument puissant. Or, je ne crois pas être le seul à penser que le langage (au sens large incluant tous ses modes techniques et symboliques) est notre plus puissant instrument, le plus capable d’instruire mais aussi de tromper. Il tisse toutes nos vies ; il trame notre humanité. Et s’il n’y a pas d’ « école de la vie », c’est d’abord parce que toute école est à l’évidence une école de vie et d’humanité : comment en serait-il autrement ? La vie la plus imparfaite n’est-elle pas encore une vie ? Le pire des hommes n’est-il pas encore un humain ?...

   Et c’est ensuite parce que, par cette production de l’homme par l’homme qu’on appelle culture (ou éducation), les hommes apprennent ce que peut devenir leur humanité : l’humain ne se connaît qu’en se créant, sans avoir besoin de modèles définitifs, seulement d’exemples indicatifs.    

 

PS.  On apprend que la France vient d'être notée AA+ par certaines agences  de notation. Bon. Qu'est-ce que ça va changer?... Les Français doivent-ils mettre beaucoup de leur dignité humaine, de leur vitalité et de leur 'identité culturelle"(quel que soit le sens qu'on lui donne) dans la balance de ce genre d' "expertise"? 


*

 

 

 

 

 

11 /11/2011

   Vision artiste-humaniste contre vision économiste du monde

   Penseurs et artistes de divers horizons peuvent s’allier pour une stratégie anti-économiste et anti-capitaliste « néolibérale » en faveur d’une vision artiste- humaniste du monde .

   La vision économiste du monde consiste à réduire les processus vitaux, les besoins, les échanges, les processus de production et de consommation à des phénomènes quantitatifs mécaniques : l’évolution réduite à l’instinct de conservation et à l’appât du gain, la vie réduite à la survie. La vision artiste  du monde, défendue par des poètes de tous les arts (Dante,Shakespeare,Hugo, Baudelaire, Mallarmé…) les philosophes de la grâce (Saint-Augustin, Pascal, Simone Weil…), les anthropologues de la dépense et du jeu (Nietzsche,Mauss, Bataille, Caillois…) ou les sociologues critiques (Marx, Polanyi,Marcuse, Baudrillard…), consiste à rappeler que l’autonomisation de l’économie n’est un processus ni mécanique ni fatal, mais une histoire de choix politiques. C’est une imbrication de stratégies appuyées en partie sur des nécessités vitales et en partie sur des facilités techniques, économiques et idéologiques, systématiquement sous estimées. L’économie capitaliste  néolibérale est à la fois une machinerie et une mythologie, celles d’une mondialisation culturelle à double foyer occidental (Europe/Amérique) qui fonctionne en faisant croire à sa toute puissante nécessité (motif mythologique) et  à sa parfaite systématicité (motif mécano économique).

   La critique de Marx et d’autres anti économistes, ne consiste pas à dire que les rapports économiques déterminent la politique et la culture en général, mais qu’ils la codéterminent en dernière instance, avec les rapports sociopolitiques et techno biologiques (aux effets idéologiques). Si l’économie représente cette instance ultime, c’est surtout parce que c’est ce qui reste quand toutes les autres possibilités humaines ont été épuisées au sens où  lorsqu’on a tout perdu et qu’on est impuissant politiquement et idéologiquement, on n’a forcément plus qu’un souci : survivre.

    Mais c’est ici le degré zéro de la vie humaine : aucun penseur vitaliste ou évolutionniste (Lucrèce, Diderot, Darwin, Marx, Nietzsche, Bergson) n’a jamais pensé la vie caricaturalement réduite à la seule question de la lutte pour la survie, de l’instinct de conservation ou de la concurrence pour le plus grand profit. On a fait beaucoup en revanche pour interpréter leurs textes en ce  sens, pour le plus grand profit idéologique de l’économie politique libérale et néolibérale.

    Mais que ce soit au sens biologique ou au sens humain « spiritualisé », jamais aucun processus vital ne se laisse comprendre par « ce par quoi qu’il est fait pour gagner », par la logique de l’intérêt économique et quantitatif, par la mécanique des systèmes clos théorisée par la thermodynamique.  La vie se caractérise au moins autant par ses dépenses d’énergie et de matière, ses pertes, ses gaspillages et ses échecs,  que par ses gains et ses réussites. Ce que nous apprennent fondamentalement toutes les tragédies, toutes les comédies, toutes les musiques, toutes les œuvres d’art  et tous les sacrifices religieux et historiques, c’est que vivre, c’est s’efforcer de continuer autrement, pour vivre et pour rien d’autre. Après la vie, il y a encore de la vie et rien d’autre, sans récompense ni punition, sans gain ni perte, sans plan ni signification. On se forme, on se transforme, on passe, on disparaît en transmettant des relais, et puis ça recommence différemment.

    Dans ces conditions, il ne peut y avoir aucun gagnant ; mais, Ô bonne nouvelle ! il ne peut y avoir non plus aucun perdant , puisqu’il n’y a absolument rien à gagner ou à perdre! Car c’est toujours la Vie qui mise et qui joue pour chacun de nous, la Vie qui joue avec elle-même, sans gain ni perte, ni d’autres raisons que la continuité éternelle du Jeu ! Comme disait Sartre, on ne nous a rien promis et nous n’avons rien à perdre, puisque tout ce que nous misons ne nous appartient jamais définitivement, et que chacun d’entre nous n’est que le locataire de sa tranche de vie.  

   D’autre part, nous n’avons aucune raison suffisante de croire qu’il existe des systèmes fermés comme ceux dont parle la thermodynamique. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons toutes les peines du monde à en réaliser des modèles artificiels dans des conditions de laboratoire, et ils ne fonctionnent que ne manière suffisante, à condition de faire abstraction de paramètres dits « négligeables » mais qui sont néanmoins bien réels (et qui sont même tout ce qui « reste » du réel à la imite du « laboratoire »…). Mais un système clos ou fermé n’est au fond que ce que Henri Poincaré disait de l’atome : un système d’équations. Sa réalité ontologique est de l’ordre des mathématiques : strictement formelle, mais avec des possibilités d’applications extra formelles pour que la pensée mathématique ne meurt pas de sclérose implosive, puisque elle-même ne pourrait subsister à l’état « pur », comme le reste du réel.

   Il n’y a pas de systèmes fermés parfaitement autonomes : il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, parce que c’est aussi impossible que la liberté absolue d’un corps dans le monde où tous les mouvements dépendent des jeux de forces matérielles. L’univers, que la cosmologie peut, dans le détail formel, concevoir de bien des façons, quels que soient ses degrés d’ordre et de chaos, ne peut être qu’un ensemble de systèmes mouvants interconnectés et interactifs, en transcodage permanent. On ne peut même pas dire si c’est un Système de systèmes ou un chaos nébuleux de systèmes partiels et provisoires. Telle est la glorieuse incertitude du Jeu cosmique !...

 

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23/12/2011

 

 

 

                                                         Pensées blasphématoires.


1) Les Français cesseront de croire au Père Noël lorsque les américains US cesseront de croire à la BibleCocaCola. Ce n'est donc pas demain la veille.

 

2) Que signifie croire au Père Noël (P.N.)?  N'est-ce pas agir et parler longtemps et souvent de lui et de ses images habituelles, vouloir renouveler sans cesse à la fois les rituels qui sont attachés à sa mythologie, fêter Noël comme s'il distribuait les cadeaux, jouer le jeu de la simulation, auprès des petits enfants, voir les films qui  en varient indéfiniment la figure (on peut se demander d'ailleurs si le mythe aurait une telle force sans l'histoire du cinéma et des médias de masse)? Et surtout, que les pratiques du monde des adultes ne changent quasiment pas entre la période où ils enseignent aux enfants cette "croyance" et la période (immensément plus longue!...) post apocalyptique  (en grec, apocalypse= révélation) durant laquelle "nous" sommes sensés "ne plus y croire"? ...

   Bref, je crois que nous croyons beaucoup plus au P.N.  que les petits enfants naïfs à qui cette croyance est supposée s'adresser. 

 

  3)  On objecte (je l'entends d'ici) que "nos petits lapins de choux " (disons "les moins de six ans" ) méritent bien ces sacrifices et qu'ils ont bien droit eux aussi à continuer à vivre dans la "magie de Noël" le plus longtemps possible. Soit. Je" les aime aussi ces bambins, et je leur reconnais beaucoup de droits fondamentaux, entre autres celui de rêver.  Mais qui ne voit que ce rêve ne vient pas de la prime enfance (ni de la seconde d'ailleurs), mais d'une certaine imagerie que nos sociétés de consommations tiennent à se faire de l'enfance,la divinisation symbolique du nouveau né, représentant l'Elu, le Sauveur, le Messie dont on attend tant!... mais oui le petit Jésus de la crèche et le P.N. sont bien de mèche , non pas selon la tradition chrétienne, mais selon son "avatar bourgeois capitaliste protestant et consommatif"!...

Le P.N. c'est le triomphe de la nostalgie niaise et de l'espérance déçue: nous n'attendons plus le Messie, mais le P.N., et nous pouvons l'espérer tant que nous aurons des nouveaux nés dans notre giron!...

 

4) Le  P.N. c'est la barbe!

 

5) Certains athées disent que Dieu n'était qu' un P.N. pour les adultes parce que c'était dans les deux cas la croyance en quelqu'un qui était supposé exister mais que personne n'avait jamais vu. Cette analogie est complètement inexacte. Si personne de vivant n'a vu le Dieu supposé du monothéisme,  tout le monde sait à quoi ressemble le P.N. et tous les gens déguisés en P.N. sont de vrais P.N., comme tous les comédiens qui jouent Hamlet sont de "vrais" Hamlet , parce que ces personnages  sont seulement des images plus ou moins littéraires. Or, si le Dieu monothéiste peut être considéré comme une création littéraire des textes bibliques, il ne peut être assimilé à une image, puisque 'd'après ces textes mêmes, il est l'Etre dont ne peut faire aucune image convenable (d'où l'interdit de la figuration divine dans les trois principaux monothéismes ).   Donc, il n' y a absolument aucun rapport entre l'idée de Dieu et celle du P.N.

 

                                                                                                        *

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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