Du droit de donner la mort dans certains cas.
Par quelle mystérieuse perversité devrait-on associer ces deux questions: la peine de mort et l'euthanasie?... Certains y ont ajouté le suicide...pourquoi pas, en effet? Il me semble qu'il n'y a pas d'autres points communs que celle "du droit de donner la mort". Mais quel est le rapport précis entre la peine capitale, l'euthanasie, le suicide, les actes définitifs de légitime défense, la guerre, etc. ?...personnellement , je n'en vois pas beaucoup.
Par quelle mystérieuse perversité devrait-on associer ces deux questions: la peine de mort et l'euthanasie?... Certains y ont ajouté le suicide...pourquoi pas, en effet? Il me semble qu'il n'y a pas d'autres points communs que celle "du droit de donner la mort". Mais quel est le rapport précis entre la peine capitale, l'euthanasie, le suicide, les actes définitifs de légitime défense, la guerre, etc. ?...personnellement , je n'en vois pas beaucoup.
1) Si l'on répond que nul n'a le droit d'ôter la vie, je sympathise, mais j'observe que les vivants font ça constamment, qu'ils soient animaux, végétaux ou humains: la Vie force les vivants à supprimer d'autres vies, probablement depuis que la Vie existe... Et certes cela n'en fait jamais une source de droit, sauf par la force des préjugés. Mais il est aussi faux de croire que les vivants s'entretuent sans raison, n'importe comment et pour s'amuser. De même qu'il y a des règles de vie (instinctives ou culturelles), il y a des règles de mort, car la mort n'est pas une réalité étrangère à la vie . C'est pourquoi répondre "oui ou non" de manière globale et monolithique ne me parait pas vraiment sensé: c'est une opinion d'émotion peu utile dans une discussion raisonnable.
2) Il serait donc utile de dissocier les deux questions, comme d'ailleurs les "votes" exprimés dans cette page semblent l'indiquer: certains sont contre les deux, d'autres pour les deux , d'autres pour l'un contre l'autre...sans que le plus souvent il n' y ait de lien logique déterminé entre les deux questions: on reste dans le sondage d'opinion le plus sommaire... L'acte de donner volontairement la mort peut avoir des significations et des valeurs bien différentes, qui me semblent irréductibles les une aux autres: cela peut être un geste d'autodéfense ou de défense d'autrui, de vengeance passionnelle ou de vengeance rituelle; un abrègement de la souffrance, un geste de désespoir, un geste de démence passagère, un acte de stratégie militaire ou politique, un acte crapuleux, un sacrifice religieux... comment croire que les mêmes règles de droit (légal et moral) pourraient s'appliquer dans des cas si différents?...
On pourrait déjà essayer de proposer deux ou trois principes de "méthode" de réflexion:
1°) De telles règles ne peuvent être décidées par des individus isolés, quels que soient leurs position sociale ou leur type de culture, leurs sentiments personnels ou leurs croyances superstitieuses;
2°) Il ne peut exister de droit sans limites ou conditions bien définies par des textes et des coutumes;
3°) A l'impossible, nul n'est tenu: il faut que les règles de droit soient raisonnablement applicables, même si c'est très difficilement.
Par exemple, on peut envisager que la peine de mort soit abolie en règle générale, comme c'est le cas dans de plus en plus de sociétés actuelles; cela n'exclurait pas des mesures d'exceptions dans un avenir plus ou moins lointain, comme c'est le cas en période de guerre, sans que le principe de l'abolition soit remis en question: l'argument des nombreuses erreurs judiciaires me semble au moins irrécusable; l'argument de l'inutilité de cette peine pour la dissuasion me sembla aussi très fort; je ne vois pas comment être raisonnable et "antiabolitionniste" aujourd'hui.
J'y ajouterai celui -ci: ce n'est pas du tout par compassion humaine pour les criminels avérés (ils se moquent probablement de cette compassion...), car il n'est du tout prouvé que la réclusion perpétuelle soit une peine moins dure que la mort programmée. Reste la question des conditions pénitentiaires, qui me parait d'une autre nature, et je n'ai pas grand chose à en dire, sinon qu'il est clair que l' "humanisation des prisons" ne doit pas aller jusqu'à les transformer parfois en résidence confortable: si la prison n'est plus pénible, en quoi serait-elle une peine?... On sait que la prison est aussi une protection des accusés et des coupables contre les représailles de leurs victimes, ce qui est nécessaire au moins pour la sérénité des procédures judiciaires. Mais elles n'apportaient plus de satisfactions aux victimes passées ou potentielles, que resterait-il de leur légitimité?
Enfin, il semble nécessaire de relativiser du point de vue géopolitique: en France aujourd'hui, la peine de mort est abolie, je ne vois pas beaucoup d'intérêt à la discuter: c'est la qualité, le nombre et l'efficacité des prisons qui constituent plutôt le problème du droit pénal français. La peine de mort est un problème pour des pays comme le Texas ou d'autres, où elle est assez "généreusement" pratiquée...
Quant à l'euthanasie, c'est d'abord sous la forme de l'acharnement thérapeutique qu'elle se présente statistiquement; il faudrait des statistiques fiables (mais qui souhaite les faire sérieusement?...), mais il ne semble pas que les aspirants soient légions...En tout état de cause, le cas du suicide me semble bien différent : autant qu'on sache, la majorité des suicidaires ne demandent jamais l'aide ou l'autorisation de qui que ce soit pour passer à l'acte. Ce qui suffit à indiquer que l'euthanasie est plutôt un geste social, alors que le suicide est plutôt individuel, et pour cela moins compréhensible par autrui (mais j'admets que la différence n'est pas toujours nette: - les suicides collectifs, comme celui de la secte de Waco?... - les suicides rituels, des japonais ou autres ?...).
Bref: le droit de donner la mort ne peut pas être reconnu sans de nombreuses conditions très rigoureuses, et dans des cas très exceptionnels; mais on voit mal comment il pourrait être absolument interdit sans rêver naïvement d'un monde sans vie réelle. Le respect de la vie peut impliquer dans certains cas (rares) le droit de donner la mort...
Bref: le droit de donner la mort ne peut pas être reconnu sans de nombreuses conditions très rigoureuses, et dans des cas très exceptionnels; mais on voit mal comment il pourrait être absolument interdit sans rêver naïvement d'un monde sans vie réelle. Le respect de la vie peut impliquer dans certains cas (rares) le droit de donner la mort...
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