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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

vivre et philosopher

Qu'appelle-t-on créer?

Publié le 11 Août 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

    Qu’appelle-t-on créer ?

    Créer, c’est revitaliser ou recycler des systèmes. Plus précisément, c’est optimiser des systèmes à faible vitalité, ou remplacer des systèmes agonisants par des systèmes à forte vitalité. Les arts et les sciences le font chacun à leur manière, surtout pratique pour les premiers, surtout théorique pour les secondes. La philosophie est la théorie pratique de ces modes de création de systèmes revitalisants, et la critique de la dévitalisation des systèmes à faible vitalité, qui sont précisément les systèmes les plus mortifères, les mieux disposés à la destruction et au recyclage (ce que Derrida appelle déconstruction). Et ainsi vivent les systèmes !... puisque la vie est une fabrique de systèmes pluralisés, mélangés et interconnectés. 

   Mais la vie, c’est aussi l’interprétation des systèmes, la traduction de leurs signes, donc leur trahison et leur transformation: le maximum de variations dans un minimum d’espace-temps, la révolution permanente, la durée divagante, la frissonnante complainte de nudités erratiques abordant des rivages d’outre tombe sur une immense valse bleue…                

 Spirales-de-spirales.jpg

 

 

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Etre et Penser

Publié le 9 Mai 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

 

De quelques principes ontologiques.

     Ontologie : étude de l’être en tant qu’être, en vue de ses propriétés essentielles ; autrement dit, théorie des différents modes d’existence et statuts de réalité. Par exemple,

la nature de la pensée ou de la matière,le statut des idées ou des valeurs culturelles,le mode d’existence des objets techniques ou des œuvres d’art.     

     Origine : matière ou pensée, il n’y a pas de commencement absolu. Toute initiative entraîne des recommencements ; toute création implique des répétitions, comme toute répétition implique du nouveau, même submergé par les routines et les conventions.

   Relativité du temps : il n’y a pas de présent pur, sinon dans le concept abstrait d’instant ponctuel : toute présence est relation avec des présents et des absents, des passés et des futurs, des réels et des fictifs, des possibles et des impossibles. 

   Etre et Penser : ce que peut être le monde sans moi, ou le tout sans la pensée, ce n’est au fond qu’une question accessoire et instrumentale : car mon existence est une donnée de fait primitive, même si je la découvre à travers l’émergence postérieure  d’une conscience tardive. Et la pensée l’est bien davantage, même si la conscience me découvre simultanément : mon existence pensante/pensée et la pensée génératrice d’individuation subjective. Je peux donc tenter d’imaginer Etre sans Penser, mais ce n’est qu’une opération particulière du Devenir, et qui n’est possible qu’en soustrayant la pensée de l’être, en la faisant disparaître, hypothétiquement ou prophétiquement.

    Mais une telle disparition,même si décisive, ne peut signifier une absence absolue : la « mémoire cosmique » ne peut s’effacer, ni du présent, ni du futur ; le monde ne peut pas feindre que la pensée n’ait jamais existé ; et l’on voit mal comment un grand amnésique pourrait faire le moindre projet. Et si l’on objecte qu’il n’y a pas de mémoire sans conscience et que la « mémoire cosmique » n’est qu’une métaphore, on peut répondre que l’évidence est plutôt l’inverse : il n’y a pas de sujet conscient sans mémoire, mais la conscience humaine n’est pas le modèle de toute mémoire (mémoire géologique des fossiles, mémoire biologique des gènes, etc.).

   Ainsi, le minimum ontologique suppose le maximum ontologique : la moindre trace d’être implique l’être en totalité. Car ici s’applique correctement l’argument du tout ou rien (et peut-être est-ce d’ailleurs le seul cas) : s’il y a de l’être, le néant est impossible. C’est le principe de Parménide : « l’être est, le néant n’est pas ». En effet, tout se joue sur « un seul coup de dés », parce qu’on ne peut concevoir d’étant sans antécédents, ni d’être sans durée : il ne peut y avoir d’être sans passé. Chaque étant est un produit, mais le Tout de l’Etre n’est pas un étant. Or, il y a de l’être, c’est un fait donné immanent à la pensée même. Donc il y a un Tout, avec son éternité. Après, tout est affaire de devenirs, de nuances, de processus et d’explosions : « tout s’écoule » (Héraclite). Mais il n’y a pas d’identité ontologique des étants : chacun a ses propres dynamismes et ses propres qualités.

   Par conséquent, même si le Devenir implique une liberté créatrice immanente, et des conditions de hasard et de contingence, le fait complexe d’ Etre-et-Penser est nécessaire : il y a une nécessité de l’Etre, du Penser et de leur relation.

 

 

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Qu'est-ce que la beauté?

Publié le 12 Avril 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

  Le beau est-il une propriété réelle de l’objet ou une qualification idéale attribuée par un sujet pensant et sentant ? Y a-t-il une réalité qui correspond à l’usage que nous faisons de la notion de beauté ? Au fond, qu’appelle-t-on beau ? Quels usages faisons-nous de cette notion et de ses associations : le beau, le goût pour la beauté, la beauté naturelle ou artistique ?

 

 

Dans un article paru dans les années 1980, le philosophe américain Nelson Goodman reformule ainsi la question :

« Quand y a-t-il art ? ».

L'intérêt majeur de cette question, c’est son caractère temporel,empirique et nominaliste. D’une part, il situe la question au niveau pragmatique : on se sert de la notion d’art dans certaines circonstances, dans certains états attentionnels et dans certaines intentions. D'autre part, ces utilisations constituent les premières conditions de la signification de ce terme. Cela ne suffit pas pour prouver qu’il n’y a pas de signification générale et permanente pour cette notion, mais cela suffit pour indiquer que si l’on trouve une définition appropriée à chaque usage, et qui puisse varier selon les situations, une définition substantielle n’est pas nécessaire ; et la théorie du beau peut se ramener à une sémiotique pragmatique délivrée des galimatias idéalistes.
Concernant les œuvres d’art, on peut distinguer plusieurs types d’usages pour se dispenser de recourir aux prétentions idéalistes :
-des usages durables et des usages transitoires ou éphémères : usages accidentels à court terme, usages provisoires à moyen terme, usages persistants, habituels ou institutionnels ;
- des usages globaux (généraux) et des usages restreints (partiels) : leur extension est définie, même provisoirement ;
- des usages ouverts et des usages fermés : l’application des premiers peut être étendue ou restreinte de façon homogène, mais non celle des seconds.

D'après ces usages (qui peuvent varier même selon les individus), le beau peut qualifier tantôt:

a) l’objet factuel de mon désir , ce que peut désirer effectivement un sujet désirant ( individualisme subjectif) : j’appelle beau ce que j’aime parce que je l’aime, sans me demander si cette qualité existe en soi dans l’objet,ou si telle personne peut-être d'accord avec mon appréciation ;ainsi dit-on parfois:"je ne sais pas si c'est beau, mais j'aime ça!..."

b) l’objet désirable par excellence, qui mérite d’être désiré par principe et de plein droit, même si ce désir n’est pas prioritaire ou actuel en fait ; c’est la beauté comme idéal esthétique et symbole du bien : on appelle beau ce que l’on reconnaît comme le vrai symbole du vrai bien, que l’on aime parce qu’il est aimable de plein droit,et que l’on possède le goût et le savoir qui permettent de le reconnaître (idéalisme esthétique) ; aussi peut-on dire:" c'est peut-être beau, mais je n'aime pas ça..."

c) ce qui mérite de durer éternellement, selon nous, humains,et avec un minimum de consensus esthétique; ou du moins de durer indéfiniment, autant que l’on veut et que l'on peut le faire perdurer (relativisme humaniste). Ainsi peut-on dire: "ce n'est peut-être pas absolument beau pour tous les êtres, mais tout être humain devrait le trouver beau s'il a le goût éduqué, et capable d'apprécier les vraies beautés...".



On peut alors dire qu'il existe plusieurs types de beautés, que chacun peut apprécier pour des motifs différents (entre eux et en lui-même):
- des beautés d'habitude, associées au sens (a);
- des beautés de convention, associées au sens (b);
- des beautés d'exception, universalisables au sens (c);
- des beautés de démarcation, associées au sens (a): "j'aime ça parce que je crois que ça déplait à certains autres: rivaux, ennemis de classe, esprits conformistes..."

On peut sans doute trouver d'autres types, tout en expérimentant ceux là.
Peut-être que l'usage de ces distinctions éviterait beaucoup de controverses pénibles et de disputes stériles sur ce que chacun peut trouver beau ou pas,attendu qu'on prend rarement la peine de préciser ce qu'on entend dans ces affaires de goûts et de couleurs...

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Des citations qui tuent...les préjugés.

Publié le 2 Mars 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

1. "Ce qui ne me tue pas me fortifie". (Nietzsche)

2. "Le métaphysicien est un musicien sans don musical" (Rudolph Carnap)

3."La vie de l'homme est misérablement courte"(Pascal).

4. "La vie est courte, l'art est long"(attribué à Aristote).

5. "Sans la musique, la vie serait une erreur"(Nietzsche).

6. "L'homme est une passion inutile"(Sartre).

7. "Le désir est l'essence même de l'homme, en tant que ce qui le détermine à exister et à agir"(Spinoza).

8. "Le plaisir est la mort et l'échec du désir"(Sartre).

9. "Le monde n'est pas une nursery"(Freud).

10. "Cette terre ne nous a rien promis"(Alain).





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Une passion du sacré: le fanatisme

Publié le 2 Mars 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher


 

    Un Etat de droit laïque doit protéger les libertés ou droit civiques des personnes physiques et morales (individus et associations), en particulier la liberté d’expression et la liberté d’opinion. Une partie de ses applications concerne la liberté de conscience et de culte : chaque citoyen a le droit de croire et de pratiquer la religion qu’il choisit ou accepte, et le devoir de respecter ces pratiques chez les autres, tant qu’elles ne portent pas atteintes à l’ordre public et à cet Etat de droit. D’où l’axiome juridique : « la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres ». Dans une telle culture juridico politique, les accusations de sacrilège, profanation ou blasphème posent une double question : de droit ou principe, et de fait et de méthode.

   La question de principe est celle des limites de chaque droit ou liberté civique : lorsque deux droits entrent en conflit d’intérêts, comme la liberté d’expression et la liberté de culte, lequel doit être prioritaire ? Il semble que les hésitations des autorités viennent de ce doute : la liberté religieuse n’est pas une liberté d’expression et d’opinion comme les autres, parce qu’elle touche au sacré par excellence. Publier librement un livre ou un film satiriques ou anti fanatiques est-il moins important que permettre les pratiques sacrées d’une communauté de fidèles, même les plus irrationnelles ?  Le législateur doit décider ici de la priorité entre la raison et le sacré : la laïcité imposerait logiquement la raison contre la superstition, tant que l’œuvre culturelle ne menace pas directement l’ordre public. Mais lorsque des fanatiques s’insurgent contre une œuvre satirique, qui menace le plus l’ordre public ? Là surgit la question de fait.

   La question de fait est celle de l’appréciation du fait de violation d’un droit, et de l’importance publique de cette violation. Lorsque je publie une satire de Jésus ou de Mahomet, je ne touche directement ni Jésus ni Mahomet, ni aucune personne physique du christianisme ou de l’islam ; je ne touche que des symboles, pas même les personnes morales de la chrétienté ou des communautés musulmanes en général, puisque je n’oblige aucune personne, religieuse ou non, à connaître l’œuvre que je publie. Je  propose une œuvre à la disposition d’un public considéré comme libre de choisir de découvrir,d’apprécier ou d’ignorer cette œuvre  (laissons de côté pour l’instant la question des forces de propagande, des médias qui peuvent servir aussi bien l’art satirique que la religion). Si je n’empêche pas les discours qui défendent le sacré, on ne peut empêcher mes discours qui attaquent ce sacré : principe de tolérance mutuelle.

   Reste la question des forces de propagande qui interviennent dans la manière dont le juge va apprécier l’impacte d’une satire ou d’une conduite fanatique : où situer le seuil d’intolérance et de violation du droit? Où commence la menace de l’ordre public ? Si l’on fait beaucoup de bruits médiatiques autour d’une petite affaire de dessins humoristiques, ou de voiles religieux portés par quelques centaines de personnes sur soixante millions, il est permis de s’interroger sur la légitimité d’une intervention des autorités judiciaires, exécutives et surtout législatives : faut-il vraiment déranger les institutions pour des faits divers et des anecdotes de quartiers, fussent-ils parisiens ou copenhaguois?

    Mais au-delà des anecdotes, une question philosophique demeure active : l’homme peut-il se passer du sacré, et donc d’une religion quelle qu’elle soit ? La majorité des humains aura-t-elle un jour la force de se délivrer de toute superstition sacrée? L’opposition du sacré et du profane n’est-elle pas le modèle de toute hiérarchie des valeurs, du sens des priorités, de l’amour profond et de l’admiration suprême? Et si j’aime profondément quelqu’un ou quelque chose, puis-je éviter de lui attribuer une signification sacrée et de lui vouer un culte, notamment si je me sens menacé de le perdre, à tort ou à raison ?...Il est permis d’en douter, pour de nombreuses et solides raisons.

   Et bien plus, pour ces mêmes raisons, on peut douter qu’il soit philosophiquement souhaitable pour l’homme de se détacher de tout sacré; et peut-être qu’une société qui  cultiverait la volonté d'en finir avec celui-ci ne serait rien d'autre qu'un nouveau fanatisme, si la religion est une pratique justificatrice qui réunit au moins trois dimensions fondamentales de l’existence humaine : le besoin de communauté (sens du présent), la mémoire symbolique (sens du passé) et l’aspiration au salut

(sens de l'avenir).


 

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Mémoire et création

Publié le 20 Février 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher


     Parmi les questions cruciales et actuelles: que peut-on faire du passé qui nous concerne ?

  

   Plusieurs réponses sont en usages sous forme d'attitudes typiques qu'on peut schématiser ainsi:

- ritualiser le souvenir : le garder rituellement, le conserver pieusement et mythiquement, comme s’il pouvait rester intact;...

- l’oublier, volontairement ou non (mais peut-être illusoirement…);

- le déformer volontairement, et l’interpréter tendancieusement: le «réviser », en faire le matériau de nos mensonges banals ou capitaux;

- le cultiver : l'accepter comme une donnée fondamentale de l'existence, dont on peut tantôt garder, tantôt oublier, tantôt refuser, tantôt choisir certains aspects, pour en inspirer l’avenir, pour la vérité comme pour le mensonge,pour les savoirs comme pour les fictions.Cultiver, c'est transformer des puissances en fonctions effectives...

  

   On peut se demander si la diversité de nos attitudes réelles ne comportent pas toutes ces composantes, avec des accentuations et des priorités variables.  Y a-t-il jamais eu de rituel sans variations, d’oubli sans traces inconscientes, de mensonge sans fidélité à quelque chose ou quelqu'un, de révolution sans tremplin stable ?

   On peut douter que l’avenir le plus ouvert puisse être un horizon sans limites ni impasses : n'est -ce pas plutôt un labyrinthe mobile qu’un territoire vierge?

   Dans la mythologie grecque antique, Mnémosyne, la Mémoire, était la mère des Muses, inspiratrices des arts. Quoi de plus créatif que ce conflit de générations?...

  

 

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Solitude et multitude

Publié le 19 Février 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

 

   
    Il y a une corrélation profonde entre la civilisation et l’individuation, même si la seconde n’est pas simplement proportionnelle à la première (ne peut-on parler d’une civilisation des abeilles ou des fourmis ? Mais peut-on y observer un haut degré d’individuation ?...). Par là, on peut mieux voir que la solitude est une qualité de la conscience évoluée, non une donnée naturelle des êtres. La pensée moderne a beaucoup insisté sur cet aspect de l’individu occidental depuis la Renaissance : il ne vient pas au monde comme progéniture animale mais comme un « nouveau-né » ; il communique mal ; il meurt seul ; donc il vit et existe seul… 

    Il y a du vrai, mais pas autant que la conscience plaintive se l’imagine. L’expérience complète de l’existant montre autant de relations, de solidarités et de complicités que de séparations et d’isolations. L’individuation n’est pas une donnée de fait, mais une mise à l’épreuve de la conscience : en réalité, « Nous » sommes des nouveaux-nés, « Nous » communiquons plus ou moins facilement, et « Nous » mourons souvent comme nous vivons, c’est-à-dire rarement seuls : peut-être jamais, si l’expérience du deuil signifie que la disparition d’un être cher entraîne effectivement avec elle une part de nous-mêmes, et que la sympathie avec les disparus, répercutée par la sympathie entre les survivants, fait que dans sa réalité symbolique culturelle, la mort humaine ne se réduit jamais à la mort biologique. Le seul sujet humain réel est une multiplicité, un Nous, structure singulière en chacun. 

   

    Même si, pas plus que le Moi, le Nous ne peut éviter les ambiguïtés et les polysémies, au moins l’idée force à regarder ailleurs que dans le miroir fictif du narcissisme, même si c’est parfois vers des places vides : « l’humanité est formée de plus de morts que de vivants » écrit Auguste Comte. Ainsi les autres animent toujours l’expérience de la conscience, directement ou symboliquement, peut-être toujours les deux à la fois.

   D’où les fantasmes de revenants, les légendes de spectres et les mythes de fantômes :

les vivants sont continuellement hantés par les disparus, tout comme la mémoire humaine anime continuellement l’imagination créatrice.  La question éthique n’est donc pas d’être ou ne pas être seul, d’être sociable ou insociable, mais de choisir et de constituer les relations avec autrui qui « Nous » conviennent de préférence à d’autres. Ceci correspond bien au principe fondamental de l’éthique des stoïciens : le choix des convenables et des préférables.  

 

 


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Les philosophes-rois

Publié le 19 Février 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

   "Les hommes n'écoutent jamais ce qu'on leur dit ! » se plaint souvent l’autorité aspirante ou mélancolique:c'est à voir... Car écouter n’est pas forcément obéir ; et comme l'écrit Nietzsche, « il y a des manières bien différentes d’écouter sa conscience ! »…  

   Mais si les hommes semblent souvent sourds ou rétifs aux discours des plus sages, c'est peut-être quand ils ne comprennent pas assez ce qu'on leur dit, quand on ne prend ni le temps ni la peine de leur faire comprendre pourquoi on le leur dit ; et aussi parce qu'on n'a pas toujours le temps de l'expliquer avant d'agir rapidement.

   Eh bien, voilà trois arguments solides en faveur de l’autorité des sages: elle fait gagner du temps ; elle épargne aux raisonnements des discours inutiles (il faut parfois beaucoup de temps pour comprendre certains raisonnements); elle ne s’égare jamais loin de la justice (par hypothèse, le sage n’a aucun intérêt à prendre un parti injuste sans sortir du même coup de sa fonction de sage conseiller gouverneur; ceci dit sans exclure de possibles abus de pouvoir...).

   Hélas, il est à craindre que ce soient aussi trois « réserves » contre le "débat démocratique", qui fonctionne souvent sur le modèle de la négociation commerciale : comme si les sciences et les arts utiles à la politique se réduisaient à des opinions et des intérêts à court terme, au service de tactiques idéologiques "urgentistes"… Mais ce qui manque régulièrement au débat vite fait et vite dit, "prestissimo et molto agitato", c'est ce qu'un de mes regrettés maîtres Gérard Lebrun appelle la patience du concept: les idées (dignes de ce nom) ne vivent pas au gré des empressements pathétiques de nos contemporains... 

   Reste le problème pratique de la sélection des plus sages, autrement dit de ceux qui méritent le plus d'exercer la plus juste autorité: c'est la question de Platon dans sa République, celle des Rois Philosophes!... Mais peut-être qu'une des premières vérités à connaître en matière de bon gouvernement, c’est que les hommes sont tantôt dociles ou tantôt rétifs aux règles, mais le plus souvent de manière peu rationnelle.


PS  Evidemment, on n'évitera pas l'objection classique: "encore un qui plaide pour sa cause: les philosophes au pouvoir!"... Il faut juste comprendre que le philosophe-roi au sens de Platon n'est pas celui qui porte ce titre (que n'importe quel tyran bête et méchant peut évidemment s'octroyer arbitrairement ), mais celui qui mérite de l'exercer, au vu et su de ses vertus manifestes et éprouvées. Le problème essentiel est celui des principes de sélection et des procédures derecrutement des prétendants.

 


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