Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

vivre et philosopher

Sur la beauté de la nature

Publié le 25 Juillet 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

            

 

           

Sur la beauté de la nature : « la beauté gît-elle dans la nature ? »

 

 

 

 

    Le verbe "gésir" est ici malheureux, mais peut-être assez révélateur: la beauté serait-elle une qualité morbide? A moins qu'on ne désire secrètement qu'elle le soit: la violence, le tumulte, l'agitation ne sont jamais trouvé beaux en tant que tels, mais seulement par des représentations épiques ou tragiques que la forme artistique anoblit...

    Il y a peut-être dans le goût de la beauté cette ambiguïté permanente: elle doit être assez "naturelle" pour être vivante, mais assez abstraite de la nature (« idéale ») pour ne pas être entraînée dans son devenir indifférent au beau et au laid. Car la nature n'est en elle même ni belle ni laide: c'est notre regard humain sur les phénomènes naturels qui en fait des représentations belles ou abominables. La différence entre une "belle" éruption volcanique et une catastrophe volcanique comme celle de la Montagne Pelée de Martinique en 1902, c'est le regard humain sur la situation: dans l'urgence vitale immédiate, il n'est plus possible de contempler la nature, on ne peut que l'affronter car on est alors complètement pris dans ses rapports de forces qui nous menacent de destruction (ou alors, on est suicidaire).    

   Quand la conscience est condamnée à l'efficacité pratique immédiate pour éviter la mort, elle est au mieux éthique, elle n'est plus esthétique: la nature n'est ni belle ni laide, elle est mauvaise ou bonne, impitoyable ou salvatrice... Mais elle est la Vie jusque dans la destruction et la mort qu'elle entraîne, et nous n'aimons pas calomnier la Vie: nous la condamnons quand nous sommes malheureux à l'extrême, et c'est toujours avec mauvaise conscience, comme si l'on reconnaissait ainsi non pas la laideur de la nature et la méchanceté de la vie, mais au fond notre propre faiblesse face aux événements. C’est pourquoi,aussi nombreuses soient-elles , les exceptions, me semble-t-il, confirment encore cette règle. Peut-être gardons-nous subconsciemment le sentiment que la nature est innocente, même quand elle est malfaisante envers certains…

   Cela expliquerait mieux les interprétations superstitieuses des catastrophes naturelles: la conscience morale y cherche spontanément un responsable ou un coupable (dieux ou hommes ou autres...), comme s'il était inconcevable que la nature soit si destructrice ...sans le vouloir expressément!..."Il faut bien qu'il y ait un responsable/coupable pour qu'une telle abomination se produise, sans quoi nous ne pourrions plus nous représenter la nature comme innocente!..." Quelle perte symbolique cela serait! La vraie foi, la confiance en la vie, la croyance à la continuité du monde, supposent cette conviction de ce que Nietzsche appelle "l'innocence du devenir". Ici gît peut-être, en ce sens, la beauté de la nature.

 

*

commentaires
Publicité

Y a-t-il une objectivité des événements?

Publié le 15 Juillet 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Y a-t-il une objectivité des événements ?

 

 

   On a souvent à déplorer que des témoins ou des journalistes manquent d’objectivité par rapport à l’événement qu’il racontent parce que l’on observe trop de différences dans les récits et les descriptions : trop d’interprétations multiples les rendraient toutes arbitraires.

   Mais certains se félicitent de cette diversité, signe de liberté et preuve de la relativité de la vérité. Rien n’est vrai, peut-être, mais au moins chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. Vouloir imposer au non de la science une version objective des faits, ce serait vouloir formater les esprits et imposer un uniforme dogmatique à la pensée. Plutôt sacrifier la connaissance que la liberté!... 

   

 

   Mais est-ce si simple ? On voit assez mal pourquoi aucune objectivité n'est souhaitable et  où serait son danger pour la liberté de penser. Par contre, on entrevoit mieux les risques d’un scepticisme et d’un relativisme à l’égard des sciences : soit personne ne s’entendra plus sur quoi que ce soit, puisque toutes les interprétations seraient équivalentes ; soit chacun adhérera aux discours les plus séduisants et les plus faciles, car nous n’aimons pas toujours faire beaucoup d’efforts de raisonnement critique.

   La difficulté est plutôt de savoir à quelles conditions cette objectivité est possible. L'esprit scientifique pense qu'elle l'est; mais ses objets ne sont pas des événements au sens propre, plutôt des phénomènes caractérisés par des invariants observables et mesurables par tous, et donc ce sont en principe des faits reproductibles (l'eau qui bout à 100° Celsius,etc. ). Mais un événement semble plutôt en effet constitué par un sujet, individuel ou collectif, par une combinaison de données objectives et d'interprétations subjectives où entrent en jeu des habitudes, des préjugés, des intérêts, des passions... Il est alors douteux qu'il existe une objectivité de l'événement en lui-même, car s'il n'est pas reproductible (comme un phénomène mesurable) il n 'y a aucun moyen de vérifier par expérience que tel témoignage est plus "objectif" que tel autre.

     C'est une position relativiste: il n'y a pas de faits "tels quels", il n'y a que des interprétations de relations avec des parties de notre monde. Est-ce une position sceptique et anti scientifique? Certes non! ... La science est faite de procédures, de méthodes, d'usages instrumentaux et d'opérations de validation qui sont par définitions disponibles au travail de ce qu'on peut appeler la communauté scientifique internationale. Une vérité scientifique est objective si elle résiste à l'ensemble des tests disponibles aux membres autorisés par cette communauté scientifique. Les critères d'objectivité sont donc à la fois logiques, techniques et conventionnels, mais ils ne sont pas arbitraires ou "idéologiques": il est objectivement indiscutable que 2+2=4 et que la Terre tourne autour du Soleil en 365 jours1/4.  Mais cette objectivité est humaine, constituée par l'histoire de la connaissance humaine et les facultés du sujet humain de la connaissance; en tant que telle, elle doit demeurer ouverte à la discussion rationnelle et aux tests expérimentaux. La science existe, mais elle ne peut cesser d'être un processus critique indéfini.

   Quant aux conflits d'interprétations, et notamment avec celles qui s'opposent aux critères d'objectivité pour définir un événement, cela peut se comprendre par la confusion entre "le fait immédiat" et ses traces biopsychiques et matérielles (les documents de toutes sortes). Il est possible de trouver des caractères objectifs dans les documents dans la mesure où l'on peut les examiner à loisir avant que le temps ne les détruise : mais comment faire pareil pour les souvenirs primitivement imprimés dans les sens et la mémoire individuelle? Pour qu'une représentation puisse être examinée, il faut un premier signe qui l'extériorise: dès que j'exprime mon impression première, je la transforme en signification "secondaire", de sorte que l'impression première reste invérifiable.

    En ce sens, nous sommes condamnés au conflit des interprétations; mais nous pouvons toujours les discuter et trouver des compromis utiles, grâce au langage et autres moyens de communication. L'homme est une espèce tragique mais extrêmement ingénieuse!

commentaires

Florilège de citations soigneusement choisies (2)

Publié le 17 Avril 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Raison

 

 

« Les hommes se gouvernent plus par caprice que par raison. »

(Pascal)

*

 

« Le désordre est simplement l’ordre que nous ne cherchons pas. »

(Bergson).

*

 

« Toute technologie avancée est magique. »

(Arthur Charles Clarke)

 

*


  L'autorité d'un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de tous ceux qui n'y comprennent rien.  (Galilée) 

*

 

L’attention est une prière naturelle par laquelle nous obtenons que la raison nous éclaire.

(Malebranche)

*

 

L’adolescent est l’être qui blâme, qui s’indigne, qui méprise.

(Alain)

 

***

 

 

 

 

 

 

Mal

 

 

La douleur est toujours moins forte que la plainte.

(La Fontaine, La Matrone d’Ephèse)

 

*

 

La douleur qui se tait n’en est que plus funeste.

(Racine, Andromaque)

 

*

 

On n’est compatissant qu’avec les maux qu’on éprouve soi-même.

(Beaumarchais, La Mère coupable)

 

*

 

 C’est un moyen de se consoler que de regarder sa douleur de près.

(Stendhal, Journal)

 

*

 

Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur.

(Musset, La Nuit de mai)

 

*

 

Les larmes sont un don.

Souvent les pleurs, après l’erreur ou l’abandon,

Raniment nos forces brisées.

(Victor Hugo, Les Feuilles d’automne)

 

*

 

Ne réveillez pas le chagrin qui dort.

(Jules Renard, Journal)

 

***

 

 

 

 

 

 

Mémoire

 

Le souvenir commence avec la cicatrice.

(Alain)

*

 

Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations.

(Marcel Proust, A la  Recherche du temps perdu)

 

*

 

Le souvenir, c’est la présence invisible.

(Victor Hugo, Océan prose)

 *

Pardonnez beaucoup de choses, oubliez–en un peu.

(Idem)

 *

 

Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu’un distributeur d’oubli !

(Hugo, L’Homme qui rit)

 *

 

L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

(Proust, A la  Recherche du temps perdu)

 

*

 

 

 

 

Langage

 

 

« Un mot n’est pas la chose, mais un éclair à la lueur duquel on l’aperçoit. »

(Diderot)

*

 

« Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé... »

(Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux)

 

*

 

« Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre. »

(Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale)

 

*

 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

(Albert Camus)

*

 

« J’apprends tous les jours à écrire. »

(Georges Louis Buffon)

 

*

 

« Écrire, comme question d’écrire, question qui porte l’écriture qui porte la question, ne te permet plus ce rapport à l’être – entendu d’abord comme tradition, ordre, certitude, vérité, toute forme d’enracinement – que tu as reçu un jour du passé du monde ».  

(Maurice Blanchot)

*

  

  

           

 

Vérité

 

« La vérité est fille du temps. »

(Giambatista Vico)

 

*

 

« La vie a besoin d'illusions, c'est-à-dire de non vérités tenues pour des vérités. »

(Friedrich Nietzsche, Le Livre du philosophe)

 

*

 

 « L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : « Moi, l’Etat, je suis le Peuple. »

(Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)

 

*

« C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité.» (Blaise Pascal, Pensées)

*

«Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr.»  (Idem)

 

*

 


 

 

 

 

 

 

 


commentaires

Florilège de citations soigneusement choisies

Publié le 14 Avril 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Penser

 

 

Qui pense peu se trompe beaucoup. 

(Léonard de Vinci, Carnets)

 

*

 

 La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle. 

(Idem)

 

*

 

 C’est peut-être chez les artisans qu’il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité de l’esprit, de sa patience et de ses ressources.

(Diderot)

 

*

 

La plupart des gens préfèreraient mourir plutôt que de réfléchir. C’est d’ailleurs ce qu’ils font.

(Bertrand Russell)

*

 

 

 

 

 

Désir

 

  On dit que le désir naît de la volonté, c'est le contraire, c'est du désir que naît la volonté. Le désir est fils de l'organisation. (Diderot)

*

  Le désir est un agencement.

(Deleuze)

 

*

 

  La séduction suprême n’est pas d’exprimer ses sentiments, c’est de les faire soupçonner.

(Barbey D’Aurevilly, Les Diaboliques)

 

*

 

L’art de plaire est l’art de tromper.

(Vauvenargues, Maximes et réflexions)

 

*

 

Rien ne rend si aimable que de se croire aimé.

(Marivaux, Le Paysan parvenu)

 

*

 

L’amour n’est pas seulement un sentiment, il est un art aussi.

(Honoré de Balzac, La Recherche de l’absolu)

 

*

 

Parler d’amour, c’est faire l’amour.

(Idem, La Physiologie du mariage)

*

 

La volupté, comme une fleur rare, demande les soins de la culture la plus ingénieuse.

(Idem, La Femme abandonnée)

*

 

Les plaisirs de l’amour sont toujours en proportion de la crainte.

(Stendhal, De l’Amour)

 

*

 

L’amour est le miracle de la civilisation.

(Idem)

 

*

 

L’harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l’on aime.

(La Bruyère, Les Caractères)

 

*

 

L’amour tue l’intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur et l’un ne se remplit que pour vider l’autre.

(Jules Renard, Journal)

 

*

L’avantage de l’amour sur la débauche, c’est la multitude de plaisirs.

(Montesquieu)

 

*

 

 

 

 

 

 

Connaissance

 

 

« La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse et le jugement difficile. »

(Hippocrate)

*

 

L’expérience est la mémoire de beaucoup de choses.

(Diderot)

 

*

 

L’expérience est la source de toute sagesse.

(L. de Vinci)

*

 

     Les mathématiques peuvent être définies comme une science dans laquelle on ne sait jamais de quoi on parle, ni si ce qu'on dit est vrai.                                 

 (Russell) 

 

*

 

     Les mathématiques sont un jeu que l'on exerce selon des règles simples en manipulant des symboles ou des concepts qui n'ont ,en soi, aucune importance particulière.  (David Hilbert)                    

*


  Savoir, et ne pas faire usage de ce qu’on sait, c’est  pire qu’ignorer. 

(Alain)

*

 

commentaires

Chroniques anachroniques (20/01/2012)

Publié le 20 Mars 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

     L'humain, "animal poltron..." (Nietzsche).

     Du point de vue d'une philosophie de l'art, on peut dire que l'on embellit le monde pour le rendre plus convenable à nos goûts et plus supportable à nos faiblesses humaines. En ce sens, aucun art ne peut longtemps se passer d'une certaine volonté de beauté. Par beauté, j'entends ici le sentiment actif du jeu harmonieux et intensif de nos facultés d'imaginer, de concevoir et de produire des formes communicatives,  d'éprouver et de faire partager leur sens dynamique et  symbolique.  Cela n'implique aucun conformisme  mou aux modes ambiantes, aucune adhésion à un ordre despotique et abrutissant, mais plutôt une affirmation partagée de "nouvelles possibilités de vie humaine" (Nietzsche).Néanmoins, les difficultés de la communication peuvent faire qu'une forme est mal perçue et mal comprise, de sorte que ce que certains trouvent beau et palpitant est trouvé laid, ennuyeux ou condamnable par d'autres.  Ainsi la beauté peut-elle faire peur, lorsqu'elle tend vers le sublime, comme chez Shakespeare ou Proust, Michel-Ange ou Le Tintoret, Welles ou Visconti...

     Mais le même but (rendre le monde convenable et supportable) peut être poursuivi par des moyens tout opposés.On peut en venir à enlaidir le monde humain en le noyant dans la banalité, sous prétexte de le rendre plus rassurant, car la peur du devenir, de l'avenir comme du passé, et même d'un certain présent, sont souvent les maîtres de la conscience ordinaire. C'est toute une culture de la peur qui peut conduire au "désenchantement du monde"( Max Weber), quand la propagande sécuritaire  s'associe à la démagogie hypermédiatique, en combinant sournoisement la publicité consumériste, l'idéologie libérale individualiste et technocratique sous des prétextes démocratiques et humanistes, et ce besoin de réconfort que l'aventure humaine garde en réserve , bon gré mal gré, aux soirs de ses plus audacieuses manoeuvres, lorsqu'elle a tant besoin de paisible repos... Comme le dit si bien Rousseau, "on dort aussi en paix dans les cachots", et c'est peut-être ce qui les rend si séduisants à certaines heures de la vie.

     Prenons donc garde de ne pas transformer la Terre en cachot de la poltronnerie humaine!...

 

*

                                                                

                                                               Bernard Petit  (20/01/2012)

commentaires
Publicité

Chroniques anachroniques (Janvier 2012)

Publié le 23 Décembre 2011 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

Chroniques anachroniques

 

 
 03/11/2011

   Le tyran et le peuple 

   Le grand Platon soutien dans sa République que le tyran est forcément un homme seul parce que détesté de tous. En effet, la volonté arbitraire d’un individu ne peut être qu’injuste, et au fond de soi, chacun déteste l’injustice, quels que soient les avantages qu’on puisse en tirer parfois. L’argument est aussi fort qu’il semble  optimiste. Malheureusement, il ne semble pas suffisant pour opposer radicalement la solitude du tyran à la solidarité du peuple.

 

   Un tyran n’est jamais seul, bien qu’il fasse beaucoup de choses pour le devenir, en cours d’exercice de son pouvoir (par définition abusif, sans quoi on n’aurait aucune raison de le qualifier de tyran ou de dictateur). Et si l’on s’étonne après coup que tel autocrate ait pu garder autant de soutiens après avoir fait tant de choses abominables, c’est certainement que l’on comprend mal une dictature lorsqu’on se contente d’opposer le dictateur au peuple qu’il aurait opprimé sans contreparties ni explications. Comme si un peuple était une entité homogène indiscutable ! Comme si un dictateur était assez fort pour dominer, terroriser et manipuler,  par ses seules prodigieuses et charismatiques facultés, des millions d’individus , la plupart physiquement inaccessibles et mieux armés que lui !...

    Sachons plutôt nous rappeler que toute dictature n’est jamais naturelle mais toujours collective et institutionnelle : « un seul homme n’est jamais assez fort pour devenir et rester toujours le maître » dit bien Rousseau. Un tyran a besoin d’appuis, de personnel, d’instruments, d’argent, de réseaux d’information et d’influence, de police, d’armée, de prison, de moyens d’intimidation. Il peut conquérir une place par la force, mais il ne peut conserver un pouvoir que par la ruse et la complicité de ses alliés (temporaires ou durables) qui, d’une manière ou d’une autre, sont des groupes de pouvoir issus d’un peuple quelconque (même quand il s’agit de mercenaires). Enfin, le chef d’un coup d’Etat ne devient dictateur que si une société est capable d’accepter une dictature, sinon de la vouloir, dans le cœur de ses institutions.

    On devine par là qu’une dictature ne peut pas être un accident mystérieux dans l’histoire d’un peuple isolé du monde, ni l’œuvre individuelle d’un génie de la manipulation isolé de toute communauté. On ne peut certes pas en déduire simplement que le peuple soit le complice, même objectif ou inconscient, de son dictateur ; quoique l’ignorance rassurante, la paresse intellectuelle et la lâcheté morale ne soient pas étrangères aux conditions d’établissement et de durée d’une dictature.  Mais il est aussi certain que la satisfaction d’intérêts dominants d’une partie du peuple (réseaux d’influence, police, armée,etc.) est une motivation positive pour qu’un système autocratique s’installe en permanence, en divisant durablement les intérêts et les classes sociales même les plus populaires. Une dictature est ainsi toujours le pouvoir d’une partie du peuple sur une autre partie.

     Après le florentin Machiavel et son Prince publié au XVe, le gascon La Boétie écrit au XVI e siècle un Traité de la servitude volontaire ; l’autrichien Wilhelm Reich tenta dans les années 1950 de marcher sur leurs traces en écrivant La Psychologie collective du fascisme. Celui qui n’a pas lu de tels textes se prive d’instruments essentiels de compréhension de la politique, démocratique ou autocratique, ancienne, moderne, postmoderne et… permanente.

*

 

 

 

 

 

 

15/01/2012

    L’Europe et « ses cancres ».

    Beaucoup de média présentent la politique de l’Europe comme traitant avec condescendance les nations qu’elle fédère, lorsqu’elles ne se conforment pas aux critères économiques exigés et qu’elles se trouvent mal notées par les agences dites « compétentes ». Les pays mal notés font ainsi plus ou moins figure de mauvais élèves, voire de cancres, qui ne mériteraient pas leur place dans cette élite que se voudrait être la Communauté Européenne...

    De mauvais esprits pourraient même penser que certains Européens riches et arrogants (l’Allemagne, la France, etc.) se comportent un peu comme des néo colonialistes déguisés en fédéralistes à l’égard de la Grèce, du Portugal ou de l’Irlande. Cela n’aide peut-être pas beaucoup ces pays en difficultés (et c’est injuste dans la mesure où ils ne sont pas entièrement responsables de leur puissance économique). Cela n’embellit pas  l’image de l’Europe aux yeux des peuples fédérés, qui peuvent toujours chercher refuge dans des réactions nationalistes aussi bêtes qu’inefficaces. Et cela n’aide pas le fonctionnement des institutions européennes, parce qu’elles ne sont pas toutes puissantes pour intervenir dans les processus mondiaux.

   On dira peut-être que l’observation de ces phénomènes dépend beaucoup des images médiatiques qui nous en informent. Certes, dans le secret des cabinets politiques et financiers, les choses sont plus complexes et les jugements devraient être nuancés. Mais il n’en demeure pas moins que la réalité politique se joue aussi dans ses représentations (ce qui n’est pas propre à notre "post-modernité" (?) et que la représentation politique passe aujourd’hui par de puissants media de masses, sources d’images significatives qu’il faut bien déchiffrer pour comprendre le réel et agir en lui, tant il est vrai que les masques révèlent autant qu’ils cachent.

   On peut être à la fois un enthousiaste de l’idéal européen doublé d’un antinationaliste convaincu et un critique implacable de certaines tournures prises par la politique européenne et ses instances associées, surtout celles de la finance internationale, des agences économiques de notations et des média qui informent tout ce beau monde (y compris celles qui se veulent critiques envers ces pouvoirs). Lorsqu’on entend traiter de « mauvais élève » des pays entiers comme la Grèce, le Portugal,l’Espagne ou l’Italie, parce que des statistiques considérées comme « importantes » les placent en bas du classement qui en résulte,  par des gens qui ne savent probablement pas grand-chose de Platon, de  Pessoa, de Cervantès ou de Dante, j’ai beau me dire qu’il ne s’agit que de figures de style et de manières de parler, je n’arrive pas à me convaincre qu’elles sont sans conséquences réelles,vu leur usage fréquent et l’amplitude de leur résonance. Et je soupire de désolation en me disant qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark »…ou plutôt dans le processus européen. A propos de ces nations, héritières de si grandes oeuvres culturelles mais marquées par les infortunes de l’Histoire, je me demande bien de quoi et de qui elles pourraient bien être les élèves, à quoi elles auraient encore à être éduquées…On peut bien sûr imaginer qu’il s’agit du progrès vers la solidarité européenne et le cosmopolitisme mondial, mais n’est-ce pas oublier que ces idées et ces institutions de fédération, d’Europe , de genre humain et de cosmopolitisme, ces peuples en sont chaque fois au moins en partie les inventeurs ? Et même si l’on arrive à justifier le principe d’une telle éducation de leur conscience politique , croit-on sérieusement que l’on « éduque » un peuple d’adultes comme un groupe d’enfants ou d’adolescents, à coup de carottes et de bâtons, de bonnes notes et de retenues sur salaires? Méfions–nous donc de ces métaphores politico pédagogiques persistantes, qui ne sont peut-être que de vieilles habitudes et d’encombrants préjugés paternalistes et néocolonialistes…

   N’oublions donc pas que :

a) une nation n’est pas réellement une grande famille ;

b) l’Etat n’est pas un chef de famille dont le peuple serait ses enfants ;

c) un groupe de nations n’est pas une classe d’élèves ;

d) l’humanisme et le cosmopolitisme ne sont pas des objets de disciplines scolaires, mais des modes d’existence de la plus haute complexité.

    Les savoirs et les études apportent sans doute une contribution nécessaire au développement planétaire des valeurs humanistes, mais « l’école de la vie » n’est pas plus une école que « le grand livre du monde » n’est un livre : ce sont des métaphores à manier avec discernement, comme tout  instrument puissant. Or, je ne crois pas être le seul à penser que le langage (au sens large incluant tous ses modes techniques et symboliques) est notre plus puissant instrument, le plus capable d’instruire mais aussi de tromper. Il tisse toutes nos vies ; il trame notre humanité. Et s’il n’y a pas d’ « école de la vie », c’est d’abord parce que toute école est à l’évidence une école de vie et d’humanité : comment en serait-il autrement ? La vie la plus imparfaite n’est-elle pas encore une vie ? Le pire des hommes n’est-il pas encore un humain ?...

   Et c’est ensuite parce que, par cette production de l’homme par l’homme qu’on appelle culture (ou éducation), les hommes apprennent ce que peut devenir leur humanité : l’humain ne se connaît qu’en se créant, sans avoir besoin de modèles définitifs, seulement d’exemples indicatifs.    

 

PS.  On apprend que la France vient d'être notée AA+ par certaines agences  de notation. Bon. Qu'est-ce que ça va changer?... Les Français doivent-ils mettre beaucoup de leur dignité humaine, de leur vitalité et de leur 'identité culturelle"(quel que soit le sens qu'on lui donne) dans la balance de ce genre d' "expertise"? 


*

 

 

 

 

 

11 /11/2011

   Vision artiste-humaniste contre vision économiste du monde

   Penseurs et artistes de divers horizons peuvent s’allier pour une stratégie anti-économiste et anti-capitaliste « néolibérale » en faveur d’une vision artiste- humaniste du monde .

   La vision économiste du monde consiste à réduire les processus vitaux, les besoins, les échanges, les processus de production et de consommation à des phénomènes quantitatifs mécaniques : l’évolution réduite à l’instinct de conservation et à l’appât du gain, la vie réduite à la survie. La vision artiste  du monde, défendue par des poètes de tous les arts (Dante,Shakespeare,Hugo, Baudelaire, Mallarmé…) les philosophes de la grâce (Saint-Augustin, Pascal, Simone Weil…), les anthropologues de la dépense et du jeu (Nietzsche,Mauss, Bataille, Caillois…) ou les sociologues critiques (Marx, Polanyi,Marcuse, Baudrillard…), consiste à rappeler que l’autonomisation de l’économie n’est un processus ni mécanique ni fatal, mais une histoire de choix politiques. C’est une imbrication de stratégies appuyées en partie sur des nécessités vitales et en partie sur des facilités techniques, économiques et idéologiques, systématiquement sous estimées. L’économie capitaliste  néolibérale est à la fois une machinerie et une mythologie, celles d’une mondialisation culturelle à double foyer occidental (Europe/Amérique) qui fonctionne en faisant croire à sa toute puissante nécessité (motif mythologique) et  à sa parfaite systématicité (motif mécano économique).

   La critique de Marx et d’autres anti économistes, ne consiste pas à dire que les rapports économiques déterminent la politique et la culture en général, mais qu’ils la codéterminent en dernière instance, avec les rapports sociopolitiques et techno biologiques (aux effets idéologiques). Si l’économie représente cette instance ultime, c’est surtout parce que c’est ce qui reste quand toutes les autres possibilités humaines ont été épuisées au sens où  lorsqu’on a tout perdu et qu’on est impuissant politiquement et idéologiquement, on n’a forcément plus qu’un souci : survivre.

    Mais c’est ici le degré zéro de la vie humaine : aucun penseur vitaliste ou évolutionniste (Lucrèce, Diderot, Darwin, Marx, Nietzsche, Bergson) n’a jamais pensé la vie caricaturalement réduite à la seule question de la lutte pour la survie, de l’instinct de conservation ou de la concurrence pour le plus grand profit. On a fait beaucoup en revanche pour interpréter leurs textes en ce  sens, pour le plus grand profit idéologique de l’économie politique libérale et néolibérale.

    Mais que ce soit au sens biologique ou au sens humain « spiritualisé », jamais aucun processus vital ne se laisse comprendre par « ce par quoi qu’il est fait pour gagner », par la logique de l’intérêt économique et quantitatif, par la mécanique des systèmes clos théorisée par la thermodynamique.  La vie se caractérise au moins autant par ses dépenses d’énergie et de matière, ses pertes, ses gaspillages et ses échecs,  que par ses gains et ses réussites. Ce que nous apprennent fondamentalement toutes les tragédies, toutes les comédies, toutes les musiques, toutes les œuvres d’art  et tous les sacrifices religieux et historiques, c’est que vivre, c’est s’efforcer de continuer autrement, pour vivre et pour rien d’autre. Après la vie, il y a encore de la vie et rien d’autre, sans récompense ni punition, sans gain ni perte, sans plan ni signification. On se forme, on se transforme, on passe, on disparaît en transmettant des relais, et puis ça recommence différemment.

    Dans ces conditions, il ne peut y avoir aucun gagnant ; mais, Ô bonne nouvelle ! il ne peut y avoir non plus aucun perdant , puisqu’il n’y a absolument rien à gagner ou à perdre! Car c’est toujours la Vie qui mise et qui joue pour chacun de nous, la Vie qui joue avec elle-même, sans gain ni perte, ni d’autres raisons que la continuité éternelle du Jeu ! Comme disait Sartre, on ne nous a rien promis et nous n’avons rien à perdre, puisque tout ce que nous misons ne nous appartient jamais définitivement, et que chacun d’entre nous n’est que le locataire de sa tranche de vie.  

   D’autre part, nous n’avons aucune raison suffisante de croire qu’il existe des systèmes fermés comme ceux dont parle la thermodynamique. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons toutes les peines du monde à en réaliser des modèles artificiels dans des conditions de laboratoire, et ils ne fonctionnent que ne manière suffisante, à condition de faire abstraction de paramètres dits « négligeables » mais qui sont néanmoins bien réels (et qui sont même tout ce qui « reste » du réel à la imite du « laboratoire »…). Mais un système clos ou fermé n’est au fond que ce que Henri Poincaré disait de l’atome : un système d’équations. Sa réalité ontologique est de l’ordre des mathématiques : strictement formelle, mais avec des possibilités d’applications extra formelles pour que la pensée mathématique ne meurt pas de sclérose implosive, puisque elle-même ne pourrait subsister à l’état « pur », comme le reste du réel.

   Il n’y a pas de systèmes fermés parfaitement autonomes : il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, parce que c’est aussi impossible que la liberté absolue d’un corps dans le monde où tous les mouvements dépendent des jeux de forces matérielles. L’univers, que la cosmologie peut, dans le détail formel, concevoir de bien des façons, quels que soient ses degrés d’ordre et de chaos, ne peut être qu’un ensemble de systèmes mouvants interconnectés et interactifs, en transcodage permanent. On ne peut même pas dire si c’est un Système de systèmes ou un chaos nébuleux de systèmes partiels et provisoires. Telle est la glorieuse incertitude du Jeu cosmique !...

 

*


23/12/2011

 

 

 

                                                         Pensées blasphématoires.


1) Les Français cesseront de croire au Père Noël lorsque les américains US cesseront de croire à la BibleCocaCola. Ce n'est donc pas demain la veille.

 

2) Que signifie croire au Père Noël (P.N.)?  N'est-ce pas agir et parler longtemps et souvent de lui et de ses images habituelles, vouloir renouveler sans cesse à la fois les rituels qui sont attachés à sa mythologie, fêter Noël comme s'il distribuait les cadeaux, jouer le jeu de la simulation, auprès des petits enfants, voir les films qui  en varient indéfiniment la figure (on peut se demander d'ailleurs si le mythe aurait une telle force sans l'histoire du cinéma et des médias de masse)? Et surtout, que les pratiques du monde des adultes ne changent quasiment pas entre la période où ils enseignent aux enfants cette "croyance" et la période (immensément plus longue!...) post apocalyptique  (en grec, apocalypse= révélation) durant laquelle "nous" sommes sensés "ne plus y croire"? ...

   Bref, je crois que nous croyons beaucoup plus au P.N.  que les petits enfants naïfs à qui cette croyance est supposée s'adresser. 

 

  3)  On objecte (je l'entends d'ici) que "nos petits lapins de choux " (disons "les moins de six ans" ) méritent bien ces sacrifices et qu'ils ont bien droit eux aussi à continuer à vivre dans la "magie de Noël" le plus longtemps possible. Soit. Je" les aime aussi ces bambins, et je leur reconnais beaucoup de droits fondamentaux, entre autres celui de rêver.  Mais qui ne voit que ce rêve ne vient pas de la prime enfance (ni de la seconde d'ailleurs), mais d'une certaine imagerie que nos sociétés de consommations tiennent à se faire de l'enfance,la divinisation symbolique du nouveau né, représentant l'Elu, le Sauveur, le Messie dont on attend tant!... mais oui le petit Jésus de la crèche et le P.N. sont bien de mèche , non pas selon la tradition chrétienne, mais selon son "avatar bourgeois capitaliste protestant et consommatif"!...

Le P.N. c'est le triomphe de la nostalgie niaise et de l'espérance déçue: nous n'attendons plus le Messie, mais le P.N., et nous pouvons l'espérer tant que nous aurons des nouveaux nés dans notre giron!...

 

4) Le  P.N. c'est la barbe!

 

5) Certains athées disent que Dieu n'était qu' un P.N. pour les adultes parce que c'était dans les deux cas la croyance en quelqu'un qui était supposé exister mais que personne n'avait jamais vu. Cette analogie est complètement inexacte. Si personne de vivant n'a vu le Dieu supposé du monothéisme,  tout le monde sait à quoi ressemble le P.N. et tous les gens déguisés en P.N. sont de vrais P.N., comme tous les comédiens qui jouent Hamlet sont de "vrais" Hamlet , parce que ces personnages  sont seulement des images plus ou moins littéraires. Or, si le Dieu monothéiste peut être considéré comme une création littéraire des textes bibliques, il ne peut être assimilé à une image, puisque 'd'après ces textes mêmes, il est l'Etre dont ne peut faire aucune image convenable (d'où l'interdit de la figuration divine dans les trois principaux monothéismes ).   Donc, il n' y a absolument aucun rapport entre l'idée de Dieu et celle du P.N.

 

                                                                                                        *

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


commentaires

Catastrophe anthropologique et musicomania planétaire

Publié le 27 Octobre 2011 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

   

 

 


 

 

Catastrophe anthropologique et  musicomania planétaire

    (commentaire de  Paul Virilio, Le Futurisme de l’instant,2009,Galilée).

 

     L’ humanité est, littéralement, en train de « perdre son temps » dans le culte de la vitesse, de l’instantané et de l’énergie pure : énergétisme, jeunisme, hédonisme puéril, "performatisme"... Plus précisément : non perdre du temps sur ce qu’elle aurait à faire, sur la réalisation d’un but ultime à accomplir plus rapidement qu’elle ne le fait,mais au contraire le risque de perdre le sens de sa propre temporalité,biologique et historique, et peut-être même le sens de la temporalité en général.  

     Cette illusion d’atemporalité, ce sentiment du caractère secondaire et accessoire du temps, de la durée, des rythmes propres à chaque processus ou événement, semble la forme actuelle de dénégation du devenir qui sous tend aujourd’hui la mythologie ou l’idéologie dominante. Elle se soutien d’ailleurs d’une autre illusion symbolique et technologique, l’illusion de dématérialisation : la croyance diffusée par le langage « postmoderne » selon laquelle l’information, les savoirs, les moyens de communication , de transport et de production évolueraient nécessairement vers un devenir gazeux puis immatériel, notamment par l’accélération généralisée de tous les flux. On croit que plus l’énergie s’accroît, plus la matière se fluidifie, se sublime et se spiritualise ! Comme si l’énergie  et la matière étaient non seulement des polarités opposées, mais inversement proportionnelles ! Par une interprétation délirante de la formule « einsteinienne » E=MC2, on propage le mythe que la différence entre la matérialité corporelle et la puissance de la pensée, c’est l’efficacité énergétique explosive!...oubliant au passage que les puissances de la pensée et de la connaissance tiennent nécessairement à la durée, à la continuité et à la consistance générative de ses dispositifs matériels !...

      Une énergie  et une information dématérialisées : quelle drôle d’idée ! Mais peut-être est-ce un nouvel avatar de notre vieille superstition d’immortalité de l’âme : quand le monde humain sera totalement dématérialisé, qu’aurons-nous à craindre de la violence, de la vieillesse, de la maladie, du temps,de la mort,de la vie ?...Tous enfin sauvés ! Vive le Messie !...

     Par ailleurs, on ose à peine qualifier tout cela de mythologie, car dans les mythes analysés par les sciences humaines jusqu’à présent, la symbolique du temps est fondamentale, même sous une forme cyclique ou eschatologique (Lévi-Strauss, Eliade, Barthes, Jung, Morin,etc.). Mais, dans ce culte nihiliste de la vitesse et de l’énergie pure, on a plutôt affaire à une dénégation brute et vide : « plus vite, plus loin, plus pleinement… » sont les mots d’ordre les plus usités en des sens à peine variés, comme si leur signification était si évidente qu’elle se passe le plus souvent d’explication. On a plus à se demander si c’est un progrès, et de quelle nature, que de « vivre plus » : cela va de soi et le sens en est clair pour tous. Comme si , au terme de ce progrès (identifié d’office au sens de l’évolution en général), l’humanité devait finir tôt ou tard par annuler toutes limites et toutes conditions, abolir silencieusement la mort inepte, le temps aveugle, le devenir indifférent, l’imprévisible chaos universel. Freud écrit quelque part que « le monde n’est pas une nursery » : il semble que l’humanité moderne ait cessé de croire à cet euphémisme tragique, ayant réussi à se convaincre qu’un beau jour, son monde le deviendra grâce à sa bonne volonté et son ingéniosité !...

    On pourrait donc parler de catastrophe anthropologique, et même ontologique,  dans la mesure où le destin de la planète Terre commence à devenir de plus en plus lié à celui d’une espèce particulière (appelée en français "humanité") qui s’imagine investie d’une mission et d’une responsabilité générale, sinon cosmique,même si quiconque serait bien en peine de la formuler.

    Prenons malgré tout une partie de ce risque: l’homme se charge du salut ou de la sauvegarde de ce qu’il trouve injustement en danger (ou même de ce qu’il a lui-même mis en danger) sur sa planète. Perdre le temps,concrètement ici, c’est se fier à des durées invivables : l’instant, dans les nano chronologies, qui traitent les informations en milliardièmes de secondes, échelles de vitesses imperceptibles, sinon par certaines micro et nano machines : vitesses calculables, mais invivables et même impensables.

    Or, c’est  précisément la différence fondamentale entre la pensée et le calcul : partout où la pensée prend du temps, la durée modifie qualitativement ce qui est pensé. Au contraire, le propre du calcul, c’est de pouvoir reproduire indéfiniment les même opérations sans variations qualitatives, les variations quantitatives étant complètement intégrées dans l’algorithme, donc « réellement » atemporelles, même si par ailleurs certains calculs prennent un temps « psychologique ». Mais justement, si un calcul est par définition une opération nécessaire et automatique, la moindre durée apparaît comme une absurde perte de temps : à trop calculer, l’homme se fatigue, la machine, jamais ; elle s’use,mais sans lassitude. Le progrès de la rationalité semblerait ainsi tendre vers l’annulation des opérations de calcul dans les êtres pensants.

   Telle est l’apparence. Mais, le calcul n’est au fond pas seulement une opération automatique et purement quantitative. Par instinct ou par habitude, tous les vivants calculent en pensant, parce qu’un calcul est aussi qualitatif ; chaque opération a son propre sens et ses propres points d’application, qui reviennent toujours à des problèmes vitaux, biologiques,éthologiques, économiques et écologiques. Mais si l’ordinateur ne pense pas, au sens biopsychique, il ne se contente pas de calculer, il traite : il connecte des flux énergétiques, il multiplie les circuits et les réseaux d'énergie et d'information. Son pôle positif, c’est de créer de plus en plus vite des relations hétérogènes, de nouvelles multiplicités qui relient l’Autre à l’Autre. Son pôle négatif,  c’est de risquer l’extermination du temps, dans l’illusion de l’abolition des durées et des distances.

Tout gain entraîne une perte ; tout progrès, tout passage, entraînent un sacrifice ; et apprendre à vivre, c’est aussi apprendre à perdre.

  

   La médiacratie, c’est la synchronisation instantanée et planétaire des émotions. D’où une utilisation maniaque de la musique : une musicomania (à distinguer de la musicophilia de Oliver Sacks) qui compense l’angoisse de la perte de temps par le sentiment de « prendre du bon temps », éprouvé optimalement dans l’écoute musicale : on ne peut perdre son temps à le passer dans la jouissance complice de la musique, dont le temps est aussi nécessaire que « productif ». Musique : jouissance d’un temps pur égalée à une extase d’éternité (« un peu de temps à l’état pur » dit Proust ; « nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » dit Spinoza).

    Mais écoutons aussi l’avertissement de Tolstoï : « là où l’on veut beaucoup d’esclaves, il faut beaucoup de musique ». Les galériens  antiques étaient « bercés » (abrutis ?) et stimulés par de lourds battements de tambours ; les serfs du Moyen Age européen se rassemblaient dans les églises au son des cantiques grégoriens ou dans les temples au son des chorals luthériens ; les esclaves noirs chantaient dans les plantations de coton des Etats-Unis du sud: tous ces faits devraient davantage nous faire réfléchir…Les mêmes musiques qui semblent parfois salutaires et libératrices pourraient-elles être aussi asservissantes et serviles ?A moins qu'une musique ne soit rien d'autre que ce qu'on lui fait faire: endormir ou réveiller,libérer ou asservir...

    Une histoire déjà longue nous porte ainsi à croire qu’il n’y a pas de meilleure propagande ni de meilleur conditionnement que les techniques musicales. Et c’est toute l’ambiguïté des pouvoirs musicaux : la pensée peut y trouver l’extase la plus libératrice ou la fatalité la plus implacable. Peut-être que les puissances musicales sont toujours les instruments d’un médium qui tantôt informe et tantôt formate, tantôt instruit et tantôt manipule. Le charme d’Orphée ou celui des Sirènes, tantôt Eurydice, tantôt Carmen:peut-être les deux tour à tour…    

      Et s’il y a quatre modes d’entente par la communication, quelle est le mode préféré de la musique : la séduction, la persuasion, l’argumentation ou l’assentiment intuitif ? Cela ne dépend-il pas de chaque usage musical?... 

     C’est aussi l’ambiguïté du nihilisme contemporain. Jamais la vie humaine n’a peut-être été aussi paisible et assurée, mais jamais le sens de cette vie n’a été autant lié à son annulation silencieuse :

-         selon Nietzsche, le nihilisme  est la dégradation des valeurs par indifférenciation, par abolition des distinctions, des hiérarchies et des nuances d’interprétation : tout doit devenir égal,car il n'y a au fond que des différences de degrés, et tout se vaut. Ainsi, pas de différence entre le possible et l’impossible, le possible et le désirable,  le passé et l’avenir, l'homme et la femme, l'adulte et l'enfant, l'un et le multiple,le virtuel et l'actuel, etc. ;

-         selon Arendt, « le nihilisme consiste à croire que tout est possible » ;

-         selon Virilio,  le nihilisme contemporain consiste à « croire que le Rien est possible ».

 

    Maintenant, on n'est peut-être pas obligé de rester nihiliste. Dieu merci, l'univers a déjà

connu tant d'apocalypses, que s'il devait disparaître un jour, il serait incompréhensible qu' il

ne l'ait pas déjà fait!...  

 
 

 

 

 

 


 

 


commentaires

Celui qui devait croire aux signes.

Publié le 11 Octobre 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

 

 

     Nous avons besoin de signes pour communiquer, penser, agir et comprendre. Pour autant,  nous n’avons pas besoin de demeurer dupes des signes : nous ne devons pas être manipulés par les signes, mais plutôt être manipulateurs de signes, comme le menuisier manipule la scie ou le marteau. La difficulté, qui fait de cette relation un combat permanent, est cette passivité commune aux signes et aux outils matériels : nous somme d’abord les récepteurs confiants de ces paquets fluctuants de signes, que nous avons à travailler pour nous rendre capables de les manipuler efficacement sans en demeurer dupes.

   Pour commencer (et continuer) à s’humaniser, l’hominien est ainsi voué à croire aux  signes et à leurs pouvoirs « magiques » ; autrement dit, ces puissances créatrices, expressives et communicatives, encore confuses et mal connues, mais que toute notre histoire culturelle et symbolique manifeste comme effectives. Les signes agissent réellement mais indirectement. Le tort de la pensée magique, ou superstition, est de croire que leur action s’exerce directement sur les objets, alors qu’elle  passe toujours à travers nos corps, et par ces médiations, dans le monde objectif. La tromperie des apparences consiste donc bien en une intellection précipitée, qui confond les résultats manifestes d’un art avec sa genèse réelle, le plus souvent cachée.  

    Mais cette première erreur pourrait être corrigée sans mal par la connaissance, s’il ne s’en ajoutait une autre, plus coriace parce que rigidifiée par les habitudes. C’est la conviction que cette croyance aux signes ne serait pas seulement un besoin naïf, mais une fatalité sans remède : « l’homme est ce qu’il est, depuis que le monde est monde, et rien ne peut changer sa nature ». Cette négation du devenir, et cet impouvoir du changement, reflètent certes de  réelles et profondes difficultés, mais qui ne signifient pas une impossibilité. On ne sait pas exactement, et l’on ne peut savoir à l’avance, ce que nous pouvons changer ou pas. Nous ne pouvons que faire des essais pour le savoir, mais nous le pouvons toujours tant que nous sommes vivants, tant il est vrai qu’il n’y a pas de vie sans expérimentation, sans activité spontanée et évolutive. Cela ne veut pas dire que "tout est possible ", comme on le dit parfois absurdement;

mais qu'il n'y a pas de ligne de démarcation entre les futurs possibles et les futurs impossibles.

 

 


     Croire, c’est faire comme d'habitude.

     Il y a sans doute bien des façons de croire et divers types de croyance. Mais je crois, avec la tradition empiriste (Hume) et pragmatiste (Peirce), que toutes les croyances sont pratiques, en relation avec une conduite qui est une pratique, une attitude ou un sentiment pratiques :

une croyance est une habitude d’agir. Croire, c’est faire, être disposé ou habitué à faire quelque chose qu’on se représente comme l’objet de cette croyance. Mais comme toujours, on projette sur l’objet des propriétés relatives à notre subjectivité,créées et consolidées par des habitudes constitutives de l’ objectivité même.

    Si l’on objecte que, dans certains cas au moins, la pratique s’oppose clairement à la croyance (par exemple celui qui "croit au Ciel" sans suivre régulièrement les commandements religieux correspondants, qu’on appelle cela bigoterie, tartufferie ou hypocrisie), on peut répondre que croire est aussi autre chose que dire ce que l’on croit. Si je dis que je crois au Christ, mais que je ne fais rien de typiquement chrétien, quel est au juste le contenu de ma croyance ? Est-ce autre chose que la verbalisation d’un credo où je pourrais remplacer le Christ par le Père Noël ou « la mouche qui pète sur Internet » ? Je peux certes être obligé ou contraint d’agir par une nécessité vitale ou sociale, et contre ma croyance profonde : car il faut bien survivre pour avoir une chance de mieux vivre. Mais alors je réagirai à un certain moment, par une conduite de révolte, de dégoût ou de désespoir ; je ne pourrais me contenter de dire froidement ou avec l’hésitation d’un parieur, que « dans le fond, j’y crois », même si ça n’apparaît pas dans mes actes. Car cela peut ne pas apparaître à chaque instant, mais cela ne peut pas ne jamais se manifester, ne serait-ce que comme un symptomatique « retour du refoulé ». C’est en ce sens que Pascal n’a pas tort de dire, contre les moqueries trop faciles, qu’il faut commencer par agir comme si l’on croyait, pour pouvoir agir ensuite parce que l’on croit : une croyance s’apprend et s’expérimente, comme toute chose, parce qu’elle est ou bien active, ou bien fictive.

     Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en « faisant croire », en contractant des habitudes, qu’on devient vraiment croyant, pratiquant et vertueux. Cela dit, on ne peut pas encore en déduire quelle foi vaut la peine d’être essayée et acquise ;  car s’il faut devenir croyant pour composer une Passion ou un Requiem, faut-il plutôt croire en Dieu ou en la musique ? Faut-il commencer par étudier le solfège ou la Bible ?...

 

*

 

 

commentaires

Pourquoi la pensée peut hésiter à se publier (aujourd’hui…).

Publié le 30 Septembre 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

          

   Le mode d’expression fait partie de l’existence même de la pensée : il est sa réalisation et son interprétation en même temps. Nous devons nous douter qu’une grande partie des pensées restent « lettres mortes » (mais en un sens proche des « natures mortes » qui peuvent être bien vivantes en peinture),intimes, privées, discrètes  sinon secrètes, voire inconscientes, au moins au sens de Leibniz : non seulement possibles mais virtuelles, réelles sans être actuelles.

    Devant de telles pensées, nous avons néanmoins souvent un sentiment irréductible d’inachèvement : penser sans s’exprimer n’est penser qu’à moitié. Deux raisons sérieuses semblent justifier ce sentiment, l’une altruiste, l’autre égoïste :

   1) si la pensée peut être bonne et utile à d’autres êtres pensants, la partager relève d’un devoir de bienfaisance et de transmission; si elle peut leur être nuisible, c’est un devoir d’honnêteté : dans les deux cas, on doit permettre à autrui d’en juger ;

   2) il y a un bonheur de l’expression, un incomparable «plaisir du texte » (Barthes) à nulle autre pareil : jubilation complexe d’écriture, de formalisation et de lecture de la pensée par elle-même, en son mouvement de spirale réfléchissante, cette joie spécifique de la communication certaine de sa pérennisation, nécessaire à l’accomplissement de la pensée et à la réalisation de l’esprit. C’est pourquoi une société qui interdit la liberté d’expression est moins souhaitable que celle qui l’autorise, même si l’interdit de la parole ne peut s’étendre à la pensée. Le penseur privé est donc forcément un penseur frustré, ce qui dévalorise sa pensée, et la pensée en général.

 

     Contre ces arguments, plusieurs objections non moins sérieuses, quoique plus discrètement utilisées, sinon oubliées.

1)     La crainte des malentendus, dont les risques sont entretenus et renforcés par la vitesse technologique, la concurrence socioéconomique, les tendances « idéo médiatiques » et les préjugés les plus communs ;

2)     Corrélativement, la coupure entre l’actualité et la postérité : si l’on cultive trop la communication rapide et sans nuance, les œuvres de « longue portée » sont forcément désavantagées par rapport aux œuvres d’actualité « à la mode », Diderot devient un  pornographe, Marx,  un idéologue stalinien, Nietzsche, un prophète nazi, Bergson, un apôtre de la mondialisation à tout prix, Deleuze, un éducateur de créatifs publicitaires, etc.

3)     La méfiance misanthropique, face aux pouvoirs d’abrutissement des masses, et à leur participation active à la crétinisation des œuvres ;

4)     La honte occidentale et le désespoir nihiliste d’être humain, devant les abominations de

     l’époque et ses perspectives aberrantes et limitées;

5)     La désorientation mystique, face à la misère symbolique croissante de la culture contemporaine.

   A ce stade, on conviendra que le devoir et le bonheur de communiquer n’ont pas la partie gagnée d’avance. D’où la nécessité d’une foi quelconque, sans laquelle il n’y a pas de futur : il faut y croire, sans savoir d’abord à quoi il faut croire, car ce n’est pas le contenu de la croyance qui compte, mais sa forme d’énergie (son morpho dynamisme).

   Qu’importe la croyance, pourvu qu’elle nous motive.

 

* 

 

commentaires
Publicité

Le problème de la mémoire

Publié le 11 Août 2010 par bernard petit dans Vivre et philosopher

 

   

    La mémoire est la puissance du passé. Les souvenirs sont les manifestations de la mémoire, relation du présent au passé opérée par le sujet conscient qui intentionne l’utilisation de ses souvenirs. Mais faut-il vraiment distinguer entre le stockage des souvenirs sous forme de traces cérébrales enregistrées, et le mouvement de remémoration ou de récupération des traces sous forme de souvenirs réactualisés ? N’est-ce pas ici concevoir la mémoire vivante (réelle) sur le modèle des mémoires artificielles (abstraites) où le stockage et l’usage des traces sont réellement distincts ? Y a-t-il du passé parce que nous avons des souvenirs et donc de la mémoire ? Ou bien avons-nous des souvenirs et de la mémoire en vertu de l’existence insistante du passé dans le présent vers le futur?

    La psychologie cognitive et la neurobiologie du cerveau disent que les souvenirs sont engrammés dans le cerveau mais activables par des chemins variables, de telle sorte que si une lésion corticale intervient, un processus de compensation se met en place pour ouvrir un nouveau chemin de la conscience vers la récupération de ses souvenirs.  Mais l’expérience interne nous montre plutôt une fusion permanente entre stockage et récupération, une interpénétration,comme dit Bergson, entre les opérations qui relient les mouvements du présent au passé et les mouvements du passé au présent de futurition. En vérité, le stockage est toujours un mouvement de relations entre le nouveau présent et l’ancien passé, assorti

d’une réorganisation opératoire de la mémoire : quand j’enregistre un souvenir, je modifie le stock. Mais quand j’utilise un souvenir déjà enregistré, cet usage laissa aussi une trace mnésique, qui ne s’ajoute pas simplement au stock mais le transforme : c’est pourquoi les souvenirs, ou connaissances, inutilisés sont plus affaiblis et oubliés que ceux que l’on utilise régulièrement. Il y a un mobilisme et un pragmatisme immanents de la mémoire ; la pensée n’opère pas séparément une mémorisation « gratuite » sans que cet apprentissage ne réponde à une intention, une recherche, une accumulation « au cas où » ; il faut une attention suffisante, qui ne serait pas compréhensible sans une motivation opératoire tournée vers le futur. Le passé intéresse le futur, et cet intérêt ontologique (et même ontique !) est nécessaire pour expliquer l’insistance de la mémoire.

    Bref, les sciences de la mémoire demeurent chosistes lorsqu’elles distinguent d’un côté les traces en stock dans une sorte de magasin de la mémoire, et de l’autre, l’intelligence qui effectue des parcours cérébraux et comportementaux pour récupérer ces traces set les convertir en souvenirs psychiques. Les souvenirs ne sont jamais des traces inertes, mais toujours des opérations, des mouvements de relation entre cheminements anciens qui entretiennent les traces de leurs propres chemins, et cheminements nouveaux qui repassent dans ces chemins en faisant varier leur cours.  Le lit du fleuve ne préexiste pas au passage de ce qui l’a creusé, même si ce n’est pas précisément cette eau… Il n’y a pas d’un côté des traces virtuelles et de l’autre des souvenirs qui les réactivent de temps à autre, mais des mouvements opératoires d’apprentissage et d’usage projectifs de connaissances, qui comportent toujours du passé dans toute ouverture au futur.

     Par ailleurs, la mémoire n’est ni une faculté psychique individuelle ou collective, ni un support passif de stockage de données matérielles et sémiotiques, comme un disque dur d’ordinateur : c’est un système complexe d’interactions entre les activités cérébrales, sensorimotrices, sociales et symboliques des vivants.

 

commentaires
Publicité
<< < 1 2 3 > >>