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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Qu'est-ce que la beauté?

Publié le 12 Avril 2010 par bernard petit in Vivre et philosopher

  Le beau est-il une propriété réelle de l’objet ou une qualification idéale attribuée par un sujet pensant et sentant ? Y a-t-il une réalité qui correspond à l’usage que nous faisons de la notion de beauté ? Au fond, qu’appelle-t-on beau ? Quels usages faisons-nous de cette notion et de ses associations : le beau, le goût pour la beauté, la beauté naturelle ou artistique ?

 

 

Dans un article paru dans les années 1980, le philosophe américain Nelson Goodman reformule ainsi la question :

« Quand y a-t-il art ? ».

L'intérêt majeur de cette question, c’est son caractère temporel,empirique et nominaliste. D’une part, il situe la question au niveau pragmatique : on se sert de la notion d’art dans certaines circonstances, dans certains états attentionnels et dans certaines intentions. D'autre part, ces utilisations constituent les premières conditions de la signification de ce terme. Cela ne suffit pas pour prouver qu’il n’y a pas de signification générale et permanente pour cette notion, mais cela suffit pour indiquer que si l’on trouve une définition appropriée à chaque usage, et qui puisse varier selon les situations, une définition substantielle n’est pas nécessaire ; et la théorie du beau peut se ramener à une sémiotique pragmatique délivrée des galimatias idéalistes.
Concernant les œuvres d’art, on peut distinguer plusieurs types d’usages pour se dispenser de recourir aux prétentions idéalistes :
-des usages durables et des usages transitoires ou éphémères : usages accidentels à court terme, usages provisoires à moyen terme, usages persistants, habituels ou institutionnels ;
- des usages globaux (généraux) et des usages restreints (partiels) : leur extension est définie, même provisoirement ;
- des usages ouverts et des usages fermés : l’application des premiers peut être étendue ou restreinte de façon homogène, mais non celle des seconds.

D'après ces usages (qui peuvent varier même selon les individus), le beau peut qualifier tantôt:

a) l’objet factuel de mon désir , ce que peut désirer effectivement un sujet désirant ( individualisme subjectif) : j’appelle beau ce que j’aime parce que je l’aime, sans me demander si cette qualité existe en soi dans l’objet,ou si telle personne peut-être d'accord avec mon appréciation ;ainsi dit-on parfois:"je ne sais pas si c'est beau, mais j'aime ça!..."

b) l’objet désirable par excellence, qui mérite d’être désiré par principe et de plein droit, même si ce désir n’est pas prioritaire ou actuel en fait ; c’est la beauté comme idéal esthétique et symbole du bien : on appelle beau ce que l’on reconnaît comme le vrai symbole du vrai bien, que l’on aime parce qu’il est aimable de plein droit,et que l’on possède le goût et le savoir qui permettent de le reconnaître (idéalisme esthétique) ; aussi peut-on dire:" c'est peut-être beau, mais je n'aime pas ça..."

c) ce qui mérite de durer éternellement, selon nous, humains,et avec un minimum de consensus esthétique; ou du moins de durer indéfiniment, autant que l’on veut et que l'on peut le faire perdurer (relativisme humaniste). Ainsi peut-on dire: "ce n'est peut-être pas absolument beau pour tous les êtres, mais tout être humain devrait le trouver beau s'il a le goût éduqué, et capable d'apprécier les vraies beautés...".



On peut alors dire qu'il existe plusieurs types de beautés, que chacun peut apprécier pour des motifs différents (entre eux et en lui-même):
- des beautés d'habitude, associées au sens (a);
- des beautés de convention, associées au sens (b);
- des beautés d'exception, universalisables au sens (c);
- des beautés de démarcation, associées au sens (a): "j'aime ça parce que je crois que ça déplait à certains autres: rivaux, ennemis de classe, esprits conformistes..."

On peut sans doute trouver d'autres types, tout en expérimentant ceux là.
Peut-être que l'usage de ces distinctions éviterait beaucoup de controverses pénibles et de disputes stériles sur ce que chacun peut trouver beau ou pas,attendu qu'on prend rarement la peine de préciser ce qu'on entend dans ces affaires de goûts et de couleurs...

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