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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Du relativisme et du nihilisme

Publié le 6 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Ethique et politique

 

 

 

Du relativisme et du nihilisme. 

   
Le relativisme a mauvaise presse, y compris chez des philosophes qui n'hésitent pas à utiliser couramment le dicton "tout est relatif". Mais si l'on n'est pas relativiste, que peut-on vouloir dire par là?  J'accorde sans peine qu'il existe des opinions "relativistes" qui ouvrent la voie à l'égoïsme délirant et au nihilisme relationnel (on est tous seuls et rien ne vaut la peine…), et que la responsabilité en "revient" plutôt à l'usage que certains font du relativisme, qu'à cette position philosophique elle-même.
       Mais une critique efficace devrait aller plus loin:
  1) Le concept de relativisme est loin d'être clair et univoque depuis ses débuts antiques, et il est difficile de le séparer d'une position humaniste sans inconséquence logique (faute courante chez ces opinions peu soucieuses de cohérence); la formule du philosophe grec Protagoras est un bon point de départ: "l'homme est la mesure de toutes choses". Mais il s'agit du genre humain, pas de l'individu; ce n'est pas Socrate, ou Protagoras, qui est le fondement de toutes valeurs et de toutes vérités, c'est "Nous" en tant que sujet collectif, particularisé par une culture et des consciences individuelles (ce qui ne s'oppose pas à l' universel humain de la science ou du droit).
 
   2) Le relativisme philosophique n'est pas l'approbation égale de toutes les opinions et de tous les goûts: le principe de tolérance, qui tient à ce que toutes les opinions aient le droit de s'exprimer, n'implique pas qu'elle se valent toutes, et chacun pour soi admet en lui-même des préférences, ce qui prouve suffisamment qu'il hiérarchise pour lui-même ses goûts et ses "valeurs". C'est la personne qui a une valeur "absolue", pas chacun de ses actes ou chacune de ses pensées.

   3) La diversité des opinions et des goûts est un fait souvent surestimé:
 - quantitativement, il n'est pas vrai, et c'est pour le moins difficilement vérifiable, que " à chacun ses goûts" ,au sens où tous les individus auraient des goûts différents de tous les autres; sociologiquement, c'est même le contraire qui est manifeste! (les succès des stars de tous les arts du spectacle suffisent à le prouver)...
 - qualitativement,la diversité des opinions est un état de fait qui n'implique aucun droit à une diversité de valeurs équivalentes (si l'on entend par là les principes fondamentaux de nos jugements); il est très abusif d'assimiler des cas de préférences individuelles à des écarts de valeurs culturelles :quand je préfère Mozart à Wagner, ou Spielberg à Woody Allen, j'exprime des éléments d'une histoire personnelle complètement relative aux mêmes contextes culturels et aux mêmes codes de valeurs (la musique classico- romantique européenne des XVIII-XIXe siècles, le cinéma américain des années 1960-2012...). Des préférences ne sont possibles qu'à l'intérieur d'un même système de connaissances et de comparaisons: au sens strict, je ne peux pas dire que je n'aime pas la musique des Inuits du Groenland si j'en ignore tout sauf cette appellation générale, et je peux dire que je n'en sais rien si je ne crains pas de reconnaître cette ignorance relative.
   Bref, il y a toujours beaucoup moins,en fait, de divergences de "valeurs" que de différences individuelles, qui ne peuvent devenir des valeurs sans confondre gravement les personnes (valeurs juridiques fondamentales) avec le moindre détail de leur existence (une mèche de cheveux,par exemple...), ce qui révèle un fétichisme plutôt favorable au nihilisme qu'au relativisme philosophique. 

 

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Qu'est-ce que l'âme? (osons!...)

Publié le 4 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

Qu’est-ce que l’âme ?

 

 

 

 

   L'âme est un mot, auquel on a fait correspondre mille et une "définitions" et délires, comme le suggère une phrase de Jules Renard : « Âme, c’est bien là le mot qui a fait dire le plus de bêtises ! »...

   Avons-nous besoin d'un concept de l'âme humaine, ou bien chacun n'essaye-t-il pas toujours de concevoir ce qu'il voudrait que soit son âme?... Quoi qu'il en soit, c'est un souci: la question de l'âme nous turlupine, parce qu'on voudrait bien que cette existence corporelle ait un sens "méta corporel". Le fait est que nous pensons, donc que la pensée existe et agit; mais il ne suit pas de là qu'il doit y avoir un principe spirituel autonome qui est la cause fondamentale de la pensée propre et de l'identité de chacun. Or l'âme se distingue de la pensée ou l'esprit en général par cette individuation de notre pensée: un "je ne sais quoi" indéfinissable qui doit m'identifier sans me réduire à ma silhouette corporelle...Elle est une exigence morale et intellectuelle, un paradoxe de simplicité (on n'en veut qu'une en général!...) et de complexité (personne n'aime passer pour un "simple d'esprit"!...), une contradiction vivante: je ne veux pas être réduit à un instrument corporel, mais je réclame pour mon âme le droit d'être incarné!...

    Quelques philosophes audacieux ont cependant risqué des formules extraordinaires de concision et de profondeur sur cet objet étrange et familier. Pour mémoire: " l'âme est la forme du corps" (Aristote); " l'âme est la chose qui pense" (Descartes); " l'âme est l'idée du corps" (Spinoza)... Mille et un commentaires en suspens...

     Oserai-je ajouter une formule de plus?... L'âme est une forme de flux vital complexe, capable d'interagir avec d'autres formes bio psychiques, de se représenter et d'interpréter cette interactivité en constituant des communautés physiques et symboliques. Outre l'orientation dynamique du corps, l'âme est ce qui demeure dans la mémoire mouvante du monde quand le corps y est passé : ses traces, ses souvenirs et ses œuvres, sources d'actes en puissance.

   L'âme : la mémoire propre et potentiellement active?... 

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Le cas du terrorisme international

Publié le 4 Novembre 2012 par bernard petit dans Ethique et politique

 

 

 

     Même si l’on pense que la violence en général est naturelle et « éternelle », cela n’empêche pas d’essayer de comprendre ses formes particulières, notamment dans l’histoire humaine.

      L’Occident contemporain a inventé le terrorisme international en produisant des foyers de terrorisme disséminés, que ce soit en Occident, dans ses anciennes colonies, ou dans des « colonies potentielles » au sens économique et idéologique, autrement dit plus ou moins sur tous les continents. Cela ne veut pas dire que l’Occident est le seul responsable des activités terroristes, car les autres civilisations en ont connu et sécrété d’autres formes, comme tous les empires génèrent des modes de résistance et de dissidence.

    Mais la mondialisation, d’initiative en grande partie occidentale, est nécessairement un foyer de terrorisme multiforme et multipolaire. Si l’on a tant de mal à distinguer la violence des groupes terroristes et celle du terrorisme d’Etat, c’est au fond en vertu d’une collusion objective entre les deux adversaires, souvent contre la volonté des intéressés, mais pas toujours : certains actes terroristes arrangent bien les affaires des autorités officielles, qui trouvent dans le sentiment d’insécurité de quoi nourrir le besoin d’un pouvoir protecteur renforcé (disons avec Freud : symboliquement dérivé du pouvoir patriarcal de l’enfance et de la religion), ce qui peut mener à un régime totalitaire à l’intérieur d’une constitution démocratique, si l’état de « guerre aux terrorisme »est considéré comme permanent…

   Car un empire et ses résistances terroristes sont en continuelle situation d’échanges symboliques et matériels. Contre l'opinion "angélique" selon laquelle la violence émergerait de la rupture de la communication, rappelons que deux combattants échangent beaucoup de choses: des défis,des assauts, des ruses,des coups...Ce qui veut dire que la violence n'est pas forcément le contraire du "dialogue", c'est aussi un mode de communication et un certain usage des forces en présence. Ce n'est pas parce qu'on discute qu'on fait la paix, c'est parce qu'on veut la paix que l'on cherche des compromis dans la discussion.

   En ce sens, la violence est bien réelle, mais elle ne l’est jamais plus qu’en étant spectacularisée, puisque la stratégie terroriste consiste autant à faire savoir qu’un attentat est toujours possible qu’à en réaliser un qui prouve cette possibilité. C’est en ce sens que Jean Baudrillard (1) a pu dire que le 11 sept 2001 n’ a pas eu lieu : non que les destructions n’étaient pas physiquement réelles, mais que leur réalité physique était insignifiante à côté de leur importance symbolique  (l’Irak et l’Afghanistan en savent encore quelque chose, ainsi que les armées qui s’y affrontent « en conséquence » du 11 Septembre) : « n’a pas eu lieu » signifie surtout que cet événement ne s’est pas arrêté à cette date, et même qu’il avait déjà commencé avant ; qu’il n’a donc ni lieu ni date assignables, puisqu’il s’est à moitié déroulé « en direct » devant des caméras de TV qui le diffusaient « en temps réel » aux quatre coins du monde. S’il a eu lieu, est-ce à New York ou sur les réseaux internationaux de télévision ?

    Il serait plus juste de dire que des flux de réalités physiques se sont connectés sur des flux de communication de signes et d’images et d’idées, sans qu’on puisse les couper autrement que ponctuellement et localement, comme de simples intermèdes. La permanence du fonctionnement médiatique planétaire produit une déréalisation systématique de l’histoire contemporaine, voire de l’histoire tout court. Ainsi s’expliquent mieux  les dénis des révisionnistes ou les délires des conspirationistes: "puisque nous pouvons inventer des fictions d’un réalisme saisissant, puisque la connaissance semble se réduire à la manipulation médiatique foisonnante des images et des signes,qu’est-ce qui nous obligerait encore à croire aux génocides nazis, aux goulags soviétiques et aux bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki ?..."

    Si la conscience humaine ne peut plus faire de différence certaine entre le réel et ses représentations et reproductions médiatiques, cela signifie la disparition du réel dans le système médiatique, la déréalisation du réel, tandis que « philosophiquement », on peut dire que le plus irréel est encore du réel (la subjectivité, les rêves, l’imaginaire, les fictions mythiques, artistiques ou médiatiques sont des faits de civilisation, non des illusions).

     Ce que signifie le système médiatique global, c'est qu' "il n'y a plus rien de réel" : Marilyne Monroe, Elvis Presley ou Michael Jackson ne sont pas morts, puisque chaque jour aux quatre coins du monde, tout un chacun peut les revoir et les réécouter par cd, dvd ou vidéos sur internet. Ils se sont absentés, mais pas plus que de grands voyageurs …

     Ainsi, il n’y a rien à gagner dans la compréhension du terrorisme si l’on sépare les intentions et les effets, les buts et les moyens, les acteurs et les spectateurs. Car le spectacle du terrorisme s’adresse aux peuples dans leur ensemble, à l’Humanité mondialisée et mondialisante : les Etats (et aussi les pouvoirs économiques et médiatiques !...) mondialisent en terrorisant (plus ou moins en douceur), les groupes terroriste répliquent à l’adresse des Etats mais aussi des peuples « innocents » pour leur rappeler que les groupes terroristes ne sont  que des fractions de « peuples impossibles »; et les innocents  sont terrifiés et consternés par ce spectacle d’autant plus incompréhensible qu’il est sans spectateur particulier. Au fond, nous nous terrorisons nous-mêmes par l’intermédiaire de la violence étatique et terroriste : mais il est si facile et si bon d’avoir peur des représentations du mal!... Le poète latin Lucrèce le rappelle au début de son éloge de la philosophie (De la Nature, livre 2, extrait dont j’assume la traduction) :

 

             « Il est doux, quand sur la grande mer les vents perturbent les flots,    

                D’assister de la terre aux dures épreuves d’autrui ;

                Non que la souffrance de quiconque nous soit si grand plaisir,

                Mais comprendre à quels maux on échappe soi-même est délectable.

                Il est aussi doux de regarder les grandes scènes de guerre

                Et les mouvements militaires sans prendre part au danger.

                Mais rien n’est plus délicieux que se maintenir solidement

                Dans les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages,

                Régions sereines d’où l’on peut contempler les autres hommes,

                Les voir errer de tous côtés, chercher au hasard le chemin de la vie,

                Rivaliser de génie, se disputer la gloire, s’efforcer jour et nuit

                Par un rude labeur, de s’élever au sommet de la richesse et du pouvoir.»

   

   En reconnaissant que « nous sommes tous des terroristes mondialistes », on pourrait donner à penser que l’on sonne la victoire du terrorisme international et de l’idéologie de l’insécurité qui fait les beaux jours du totalitarisme : si nous vivons dans la peur, nous cessons de croire aux institutions et  le fantasme terroriste est satisfait ; ou bien nous réclamons un renforcement des pouvoirs institués, et le fantasme totalitariste est satisfait.

    Ainsi sommes nous tous responsables, activement ou passivement, de ces spirales de

violence; et il y aurait alors peu de différence entre les serviteurs de l’Empire et les innocents résistants ou victimes...

   Pourtant je crois qu’il y a beaucoup de différences importantes (et il n’y a même que ça dans l’Humanité !...). Les groupes terroristes ont déjà perdu leur cause, en passant d’une stratégie de sabotage et de guérilla à une stratégie terroriste : ils ne savent plus identifier leur adversaire, et c’est pourquoi ils le « situent » dans une population indistincte ;ce qui ressemble étrangement à la position inverse des pouvoirs anti-terroristes, qui font la guerre à un ennemi virtuel et fluctuant :  groupuscules en réseaux, réseaux de groupuscules…

    Ce terrorisme groupusculaire ressemble à une stratégie crépusculaire : non pas le combat des faibles (les forces sont aussi nombreuses que les différences) mais celui des vaincus de l’heure (ce qui ne veut pas dire que certains ne seront pas de futurs vainqueurs, quand la période aura changé et s’ils peuvent « convertir » leur stratégie terroriste sans avenir en militantisme plus pragmatique). Néanmoins, on ne dira pas que les vainqueurs sont les Etats. Le vainqueur en l’occurrence est toujours un Empire (la Science-fiction nous dit sur ce point des choses fondamentales, depuis Fondation, d’Isaac Asimov, jusqu’à Star Wars  (2) de George Lucas, ou I, Robot, d’Alex Proyas, d’après d’autres roman de Asimov), même si l’on ne sait pas toujours lequel (il peut même émerger ou se transformer à l’issue d’une guerre…)

   Ainsi nous sommes les gestionnaires et les locataires héritiers de la colonisation de plusieurs continents méconnus, de plusieurs civilisations mal comprises, de plusieurs révolutions (technoscientifiques, économiques, politiques…) qui dépassent les groupuscules et les individus, qui figurent toujours,dans l’Histoire, les Beautiful Losers (beaux perdants) dont parle le roman de Léonard Cohen…

 

 

(1) De Jean Baudrillard,on peut lire par exemple : La société de consommation ; ou encore L’Echange symbolique et la mort (Gallimard). De Marshall MacLuhan, Pour comprendre les média (Seuil).

(2) Littéralement : « les Guerres de l’Etoile », et non la Guerre des Etoiles

Ah ! ces traducteurs, quels fantaisistes!...

 


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Des questions stupides et des faux problèmes.

Publié le 4 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

Des questions stupides et des faux problèmes.

 

 

     Et pourquoi n'y aurait-il pas de questions stupides, absurdes ou mal formulées, c'est-à-dire sans intérêt raisonnablement explicable , sans enjeu clairement utile? Pourquoi les ignorants seraient-ils plus capables de poser de bonnes questions que d'y répondre?...

   1) Un philosophe comme Bergson a beaucoup travaillé sur le critère permettant de distinguer les vrais des faux problèmes philosophiques (notamment dans La Pensée et le Mouvant);

   2) Spinoza ironisait sur les questions qu'on lui posait à propos de l'existence des fantômes, parce que les questionneurs étaient incapables de définir ce qu'ils entendaient par "fantômes" (comment se prononcer sur la réalité de quelque chose dont on ignore tout? voir ses Lettres à Hugo Boxel);

   3) Socrate lui-même (si l'on peut dire!...), ou Platon à travers ce personnage porte-parole, ne cessait de montrer à ses interlocuteurs qu'ils ne se posaient pas les bonnes questions pour progresser dans une quelconque sagesse: à ceux qui venaient lui demander si la vertu pouvait s'apprendre ( ou si elle était naturelle), il répondait qu'il faudrait d'abord savoir en quoi consiste la vertu pour savoir ensuite si elle peut être innée ou acquise... La question de savoir si Socrate a existé personnellement, ou s'il est une fiction, est une question d'histoire, non de philosophie: on ne gagnerait pas grand chose à trouver d'autres preuves de son existence, sauf si elles modifiaient la forme et la signification de la philosophie qu'on lui attribue aujourd'hui depuis vingt cinq siècles. Une dernière remarque sur les preuves de son existence, soi disant absentes: qu'elles soient toutes indirectes et seulement probables, j'en conviens; mais n'est-ce pas le cas de la majeure partie des personnages historiques, pour ne pas dire tous? En effet, quelles peuvent être les preuves des existences passées, à part des traces plus ou moins indirectes? Une empreinte digitale ou génétique est la preuve directe du passage d'une existence à tel endroit, mais ce n'est qu'une preuve indirecte de telle existence individuelle identifiée: une seule empreinte ne permettrait aucune identification, elle resterait l' empreinte d'une personne inconnue! Philosophiquement, il importe peu que les idées et les textes de Platon soient toutes de celui-ci et que Socrate soit une fiction ou une personne historique : les textes de Platon n'en seraient pas modifiés...et ceux de Socrate, déjà inexistants, pas davantage!... Les historiens des religions s'accordent pour dire que Jésus et Bouddha ont existé: mais cela ne suffit pas pour en faire des chrétiens ou des bouddhistes, car cette existence corporelle, historique et géographique, ne prouve ni la divinité de Jésus ni la sagesse du Bouddha, qui auraient pu vivre aussi bien une vie ordinaire comme vous et moi (c'est une image, bien entendu...).  

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Le devoir de vérité

Publié le 4 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

 

 

 

 

 

 

    Avons-nous le devoir de chercher la vérité?

 

 


   Si c’est un devoir, c’est une règle de bonne volonté (selon une formule de Kant) qui nous oblige à vouloir agir en vue d’un bien. Cela semble indiquer que la vérité est en elle-même un bien, préférable à l’ignorance, à l’erreur ou au mensonge. Mais est-ce si évident ?...Faut-il toujours préférer la connaissance vraie et la sincérité à tous prix ?

 

   Sur la valeur de la vérité, au sens de représentation conforme à la réalité, Nietzsche écrit des textes remarquables, par exemple:" Nous n'aimons pas tant la vérité que les conséquences favorables de certaines vérités; envers les vérités sans conséquences, nous sommes indifférents; envers les vérités désagréables, nous sommes hostilement disposés!... »

    Autrement dit, la vérité en tant que telle (objective, universelle, impartiale, neutre...si elle existe) n'a aucune valeur absolue: ce sont les usages que les hommes font de ces jugements vrais qui permettent d'en apprécier la valeur (morale, sociale, affective, esthétique...). On peut ainsi concilier la possibilité des vérités scientifiques (celles qui obéissent aux critères de validation logiques et empiriques que la communauté scientifique reconnaît comme valables toujours et partout) et la relativité des jugements de valeur pratique que l'expérience et l'histoire mettent en évidence. Du point de vue de la connaissance scientifique, supposée rationnellement neutre, autant que possible, nous devons chercher la vérité et critiquer fondamentalement les erreurs, les illusions et les mensonges qui attestent ce qu'on peut appeler "le règne du faux".  Mais ce point de vue de la science "neutre" n'est pas forcément le seul valable, ni toujours le meilleur. On peut encore rappeler avec Nietzsche que la vie a manifestement besoin d'illusions, de jeux, de déguisements, de rêves, d'ivresses et d'oublis pour supporter la condition tragique des individus et des groupes condamnés à la disparition cosmique. Nous avons donc besoin non seulement de science (car toujours se tromper ne peut être ni utile ni consolateur!) mais aussi d'art, de fictions et de rêves, de nous servir d'illusions pour garder l'envie de vivre malgré les obstacles et les humiliations de certaines vérités. "Nous avons l'art pour ne pas périr de la vérité!...L'art est le grand stimulant de la vie!..." (Nietzsche, Le Gai Savoir).

    Ainsi: a) si l'usage éthique d'une vérité n'améliore pas la vie humaine (ou de tout sujet moral, autant qu'on puisse en juger), nous n'avons en rien le devoir de la rechercher. 

            b) Si nous sommes incapables de faire le bien avec telle vérité, nous pouvons nous dispenser de la rechercher et de la faire connaître.  

            c) Enfin, si une vérité est jugée comme un moyen capable de faire un mal ou d'augmenter le pouvoir d'une mauvaise volonté, nous avons le devoir de l'ignorer, de la censurer et de l'oublier. Le problème n'est donc pas au fond de savoir si la vérité est bonne ou mauvaise, mais quels sont ses bons et ses mauvais usages. Néanmoins, dans la mesure où la connaissance vraie à probablement plus de pouvoir efficace que l'erreur et l'illusion, on peut conclure que le devoir de vérité est préférable en général à son refus et son ignorance, car si l'impuissance n'est pas toujours une faute, elle ne peut jamais être tenue pour une vertu.

    Objection possible : une société peut imposer ou suggérer des devoirs immoraux (lois raciales, encouragement à la délation, à l’arrivisme individualiste…) abusant ainsi de l’assimilation entre obligation sociale et devoir moral.

    Réponse : si c'est un devoir, il est par définition une règle de bonne volonté, donc autant morale que sociale, qu’on ne peut juger immorale que d’un point de vue extérieur à cette société.

    Et si l'on oppose encore l'existence d'un devoir de faire le Mal (chez les sectes satanistes, certains pervers ou certains artistes expérimentaux), la forme même du devoir ou de l'obligation, comme règle de volonté et d'action, suppose que le sujet pense qu'il est bon de suivre cette règle.  Aussi Socrate pouvait-il soutenir, il y a 25 siècles, que "nul ne fait le mal sinon par ignorance" (intellectualisme moral). Cela peut être compris comme "la volonté est toujours moralement bonne et le mal n'est que la maladresse faisant suite à l’ignorance", ce qui parait plutôt naïf.   Mais cela peut se comprendre plus lucidement:" on ne veut faire le mal qu'en croyant (à tort ou à raison) que c'est pour accomplir un bien". Les satanistes croient ainsi que le plus grand bien consiste à servir la volonté destructrice de Satan, jusqu'à l'apocalypse... (voir par exemple le film de Roman Polanski, Rosemary’s baby)

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Sur l'apocalypse de 2012

Publié le 3 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher

(Avertissement: la musique qui illustre ici l'article suivant n'est pas du genre que je préfère; je dirai même qu'il me parait difficile d'"aimer" une telle musique, voire d'aimer la faire, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a aucune valeur: ce qui est fait par colère et par haine n'est pas forcément mauvais si c'est en faveur d'une certaine idée de la "justice"...)

 

 

Sur l'Apocalypse de 2012

(page Facebook de "L'amour fait plus de mal que de bien")

 

 

   Je n'y crois évidemment pas plus que ceux qui ont fait le film 2012 (selon mon humble avis, assez réussi dans le genre, malgré quelques longueurs), mais je commente la méchante alternative de cette page de« L’amour fait plus de mal que de bien » : faut-il y croire ou pas ? Et ceux qui ont fait le film n’y croient-ils pas au moins eux-mêmes ? ...

   Ceux qui pensent que ceux qui ont fait ce film l'ont fait parce qu'ils croyaient à la soi disant prophétie maya doivent compléter leur instruction, notamment sur l'histoire du cinéma: ils ont surtout fait le film parce qu'ils croyaient...au cinéma, à leurs talents, à leurs moyens de production et de promotion, et au succès international d'un tel film et du genre apocalyptique dans sa globalité!...(le cinéma ne peut-il devenir parfois une religion ?...)  Mais il est vrai que la forme générale du récit apocalyptique est d’une grande richesse d’inspiration pour l’esprit épique, et de manière récurrente, il est difficile d’y échapper…

   Rassurez-vous, jeunes âmes: il y a déjà eu beaucoup d' "apocalypses" dans l'histoire des hommes, mais aucune n'avait été prophétisées. Comme le rappelle Woody Allen, « on peut tout prévoir, sauf l’avenir ! »…  Par exemple, les ravages de la Seconde Guerre mondiale de 1939-45, des systèmes totalitaires du XXe siècle, des épidémies de sida, des accidents de transport (le Titanic...), des déséquilibres écologiques, économiques, politiques...!!!... A la limite, chaque mort particulière peut être interprétée comme une fin du monde...imaginaire pour ceux qu'elle terrifie.   Bon, c'est un peu le sentiment de tous les enfants à la fin d’un conte de sorcières: "mais c'est pour de vrai ou pour de faux?..."

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Lors ça aura été

Publié le 3 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Littérature

Lors ça aura été

 

 

 

 

 

 

 

Quand ça sera fini

Lors ça aura été

Cela n’est pas un la

Mais un si retiré

L’aura de son visage

N’a jamais disparu

Qu’il neige vente ou brûle

Hiver printemps été

 

 

Ce qui est fût sera

De quelconque manière

Pertes fuyant profits

Le temps est tout cela

Pour l’or ou pour l’argent

Cela importe peu

Il n’est pas de vains cœurs

Plus qu’il n’est de vains culs

 

 

On aima tant danser

Marcher bondir glisser

Faire des pirouettes

On se sentit compris

Tous entre ciel et terre 

Instant dur contretemps

Effusions magmatiques

  Prima la musica

 

A la fin de l’histoire

  ça aura été bien

 

*

 

                                      (Bernard Petit  03/11/2012)

 


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De l'âge , et de ce qui lui ressemble...

Publié le 3 Novembre 2012 par bernard petit dans Vivre et philosopher

 

De l’âge.

    « La vie de l’homme est misérablement courte » dit Pascal. Certes, en un sens, chacun vit trop peu au regard de ses aspirations imaginaires, surtout depuis que les humains ont inventé les dieux comme figures projectives de leurs propres impuissances particulières.

    Mais à notre ami Blaise, on aimerait répondre que la brièveté de la vie ne réduit pas forcément les misères humaines, comme on le voit chez ces masses de vieillards quasi inertes que l’on conserve dans les maisons de retraite de nos sociétés modernes, maisons qui cultivent les moyens de ne pas mourir « trop vite », sans en cultiver les finalités symboliques et mémorielles, ni reconnaître aux aïeux le droit de disposer des modalités de leur propre mort, puisqu’elles en conserve la vie animale (et même végétative…) sans pouvoir en préserver la liberté et la dignité.

    Notre culture prolonge ainsi la vie en ridiculisant son potentiel de sens ; elle rend quasi inutiles la mémoire et la parole des aïeux (qu’ont-ils encore à apprendre aux générations de la télévision, de la téléphonie, d’internet et autres i-phones, entraînées dans la propagande frénétique des mondes virtuels où règnent le narcissisme primaire, les fantasmes de consommation, de  violence et de sexualité virtuelles ?...), mais elle interdit une euthanasie et un eugénisme raisonnés, au nom de certains risques, souvent surestimés, sinon imaginaires…Certes des risques existent ; mais le risque est une virtualité inhérente à la vie, donc à tout futur. Il est aussi dangereux de ne rien faire ; et le stratège doit certes apprendre à gagner des batailles, mais aussi à savoir perdre une guerre…

   On ajouterait aussi que la limite de la durée de nos vies n’est au fond qu’une conséquence de la limitation de nos forces vitales, qui est une condition fondamentale de la vie, et pas seulement celle de l’homme. La conscience humaine de ces limites est une puissante source d’angoisses et de nouvelles souffrances qu’elle nous a rendus capables d’inventer, mais aussi de nouvelles possibilités d’attitudes et d’actions que semblent ignorer la majorité des animaux. Ainsi pourrait-on conclure que la brièveté de la vie est le fruit d’une bonne disposition de la nature en notre faveur.

    Penserons-nous bientôt que la vie des hommes est misérablement longue ?

Selon Aristote, la vie est courte, mais l’art, qui est durable, la prolonge.

 


 

 

 


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De la compensation

Publié le 3 Novembre 2012 par Bernard Petit dans Vivre et philosopher


 

 

 

 

 

    Les psychologues de toutes sortes utilisent souvent  la notion de compensation comme une sorte de remède, de béquille ou de prothèse à un manque pathologique :la ruse compenserait la faiblesse neuromusculaire, la force compenserait l’intelligence sommaire,etc. Mais c’est oublier que la compensation est un procédé beaucoup plus fondamental et positif de la vie en général, où l’on peut discerner l'oeuvre de plusieurs principes.

 

    1) Principe de solidarité : tout individu est affaibli dans l’isolement et renforcé dans la société, parce qu’elle effectue la compensation des lacunes individuelles par des actes institutionnels et personnels. Il y a plusieurs modes de compensation : une information, une formation, une assistance, une collaboration, un secours, etc. Une telle solidarité n’a rien d’humiliant en tant que telle dans la mesure où au moins l’une de ces formes concerne chacun de nous. L’humiliation ne survient que lorsque l’individu se sent incapable, à tort ou à raison, de participer activement à cette solidarité nécessaire.     

 

    2) Principe de justice : toute action volontairement productive (travail) est un effort qui vise satisfaction et mérite rétribution, comme compensation positive de dépense d’énergie. Toute violation de droit appelle aussi une compensation juridique nommée sanction, peine ou châtiment. Ainsi, positivement ou négativement, la compensation est inséparable de la justice distributive et corrective.

 

    3) Principe de culture : chacun de nous a ses limites, dont il a une conscience plus ou moins claire. Dans la mesure où il ne veut pas seulement survivre mais bien vivre, il cherche à corriger ses défauts et à renforcer ses qualités du mieux qu’il peut. La perfectibilité humaine dans son ensemble, qui pousse l’humanité à chercher un minimum de progrès dans l’invention culturelle, est un processus général de compensation créatrice qui répond à son inachèvement fondamental « au sortir des mains de la nature » (Rousseau).  En ce sens, la liberté créatrice des hommes est une immense compensation pour leur inachèvement naturel et pour la conscience angoissée de leur condition.

 

    4) Principe d’évolution : le vivant, et peut être tout système en général, est menacé d’entropie ; il périt s’il ne trouve pas de nouvelles ressources ou de nouveaux moyens d’utiliser ses ressources internes disponibles. Toute invention adaptatrice est ainsi une compensation des limites caractéristiques de tous les vivants marqués par la finitude.

 

*

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