Des questions stupides et des faux problèmes.
Et pourquoi n'y aurait-il pas de questions stupides, absurdes ou mal formulées, c'est-à-dire sans intérêt raisonnablement explicable , sans enjeu clairement utile? Pourquoi les ignorants seraient-ils plus capables de poser de bonnes questions que d'y répondre?...
1) Un philosophe comme Bergson a beaucoup travaillé sur le critère permettant de distinguer les vrais des faux problèmes philosophiques (notamment dans La Pensée et le Mouvant);
2) Spinoza ironisait sur les questions qu'on lui posait à propos de l'existence des fantômes, parce que les questionneurs étaient incapables de définir ce qu'ils entendaient par "fantômes" (comment se prononcer sur la réalité de quelque chose dont on ignore tout? voir ses Lettres à Hugo Boxel);
3) Socrate lui-même (si l'on peut dire!...), ou Platon à travers ce personnage porte-parole, ne cessait de montrer à ses interlocuteurs qu'ils ne se posaient pas les bonnes questions pour progresser dans une quelconque sagesse: à ceux qui venaient lui demander si la vertu pouvait s'apprendre ( ou si elle était naturelle), il répondait qu'il faudrait d'abord savoir en quoi consiste la vertu pour savoir ensuite si elle peut être innée ou acquise... La question de savoir si Socrate a existé personnellement, ou s'il est une fiction, est une question d'histoire, non de philosophie: on ne gagnerait pas grand chose à trouver d'autres preuves de son existence, sauf si elles modifiaient la forme et la signification de la philosophie qu'on lui attribue aujourd'hui depuis vingt cinq siècles. Une dernière remarque sur les preuves de son existence, soi disant absentes: qu'elles soient toutes indirectes et seulement probables, j'en conviens; mais n'est-ce pas le cas de la majeure partie des personnages historiques, pour ne pas dire tous? En effet, quelles peuvent être les preuves des existences passées, à part des traces plus ou moins indirectes? Une empreinte digitale ou génétique est la preuve directe du passage d'une existence à tel endroit, mais ce n'est qu'une preuve indirecte de telle existence individuelle identifiée: une seule empreinte ne permettrait aucune identification, elle resterait l' empreinte d'une personne inconnue! Philosophiquement, il importe peu que les idées et les textes de Platon soient toutes de celui-ci et que Socrate soit une fiction ou une personne historique : les textes de Platon n'en seraient pas modifiés...et ceux de Socrate, déjà inexistants, pas davantage!... Les historiens des religions s'accordent pour dire que Jésus et Bouddha ont existé: mais cela ne suffit pas pour en faire des chrétiens ou des bouddhistes, car cette existence corporelle, historique et géographique, ne prouve ni la divinité de Jésus ni la sagesse du Bouddha, qui auraient pu vivre aussi bien une vie ordinaire comme vous et moi (c'est une image, bien entendu...).