Les psychologues de toutes sortes utilisent souvent la notion de compensation comme une sorte de remède, de béquille ou de prothèse à un manque pathologique :la ruse compenserait la faiblesse neuromusculaire, la force compenserait l’intelligence sommaire,etc. Mais c’est oublier que la compensation est un procédé beaucoup plus fondamental et positif de la vie en général, où l’on peut discerner l'oeuvre de plusieurs principes.
1) Principe de solidarité : tout individu est affaibli dans l’isolement et renforcé dans la société, parce qu’elle effectue la compensation des lacunes individuelles par des actes institutionnels et personnels. Il y a plusieurs modes de compensation : une information, une formation, une assistance, une collaboration, un secours, etc. Une telle solidarité n’a rien d’humiliant en tant que telle dans la mesure où au moins l’une de ces formes concerne chacun de nous. L’humiliation ne survient que lorsque l’individu se sent incapable, à tort ou à raison, de participer activement à cette solidarité nécessaire.
2) Principe de justice : toute action volontairement productive (travail) est un effort qui vise satisfaction et mérite rétribution, comme compensation positive de dépense d’énergie. Toute violation de droit appelle aussi une compensation juridique nommée sanction, peine ou châtiment. Ainsi, positivement ou négativement, la compensation est inséparable de la justice distributive et corrective.
3) Principe de culture : chacun de nous a ses limites, dont il a une conscience plus ou moins claire. Dans la mesure où il ne veut pas seulement survivre mais bien vivre, il cherche à corriger ses défauts et à renforcer ses qualités du mieux qu’il peut. La perfectibilité humaine dans son ensemble, qui pousse l’humanité à chercher un minimum de progrès dans l’invention culturelle, est un processus général de compensation créatrice qui répond à son inachèvement fondamental « au sortir des mains de la nature » (Rousseau). En ce sens, la liberté créatrice des hommes est une immense compensation pour leur inachèvement naturel et pour la conscience angoissée de leur condition.
4) Principe d’évolution : le vivant, et peut être tout système en général, est menacé d’entropie ; il périt s’il ne trouve pas de nouvelles ressources ou de nouveaux moyens d’utiliser ses ressources internes disponibles. Toute invention adaptatrice est ainsi une compensation des limites caractéristiques de tous les vivants marqués par la finitude.
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