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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

musique

De l'importance du jazz (traduction).

Publié le 15 Avril 2013 par Bernard Petit dans Musique

 

  

On the Importance of Jazz

 

Dr. Martin Luther King, Jr.,

Opening Address to the 1964 Berlin Jazz Festival.

   

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*

De l’importance du jazz

(Discours d’ouverture du Dr Martin Luther King au  Berlin Jazz Festival de 1964 )

  trad.fr. Bernard Petit)

God has wrought many things out of oppression. He has endowed his creatures with the capacity to create—and from this capacity has flowed the sweet songs of sorrow and joy that have allowed man to cope with his environment and many different situations.

   Dieu a beaucoup œuvré contre l’oppression. Il a doté ses créatures de la capacité de créer, et de cette capacité a jailli les douces chansons de peine et de joie qui ont permis à l’homme de   faireface à son environnement dans de nombreuses situations différentes.

Jazz speaks for life. The Blues tell the story of life's difficulties, and if you think for a moment, you will realize that they take the hardest realities of life and put them into music, only to come out with some new hope or sense of triumph.

   Le Jazz parle pour la vie. Les blues racontent l’histoire des difficultés de la vie, et si vous y réfléchissez un moment, vous réaliserez qu’ils introduisent dans la musique les plus dures réalités de la vie seulement pour en tirer une nouvelle espérance ou un certain sens du triomphe.

This is triumphant music.

   C’est une musique triomphante.

Modern jazz has continued in this tradition, singing the songs of a more complicated urban existence. When life itself offers no order and meaning, the musician creates an order and meaning from the sounds of the earth which flow through his instrument.

  Le jazz moderne continue cette tradition en reprenant les chants des existences urbaines les plus compliquées. Quand la vie quotidienne n’offre plus ni ordre ni signification, le musicien crée de l’ordre et du sens à partir des sons de la terre qui jaillissent à travers ses instruments.

It is no wonder that so much of the search for identity among American Negroes was championed by Jazz musicians. Long before the modern essayists and scholars wrote of racial identity as a problem for a multiracial world, musicians were returning to their roots to affirm that which was stirring within their souls.

   Il n’est pas étonnant que la recherche d’identité de tant de Noirs Américains soit « emblématisée » par des musiciens de Jazz. Longtemps avant que les essayistes et étudiants modernes écrivent sur l’identité raciale comme problème pour un monde multiracial, les musiciens s’étaient retournés vers leurs racines pour affirmer ce qui tourmentait leurs âmes.

Much of the power of our Freedom Movement in the United Stateshas come from this music. It has strengthened us with its sweet rhythms when courage began to fail. It has calmed us with its rich harmonies when spirits were down.

    Une grande partie du pouvoir de notre Mouvement de Libération aux USA est venu de cette musique. Elle nous a revigorés avec ses  rythmes chaleureux quand le courage commençait à manquer. Elle nous a consolés avec ses riches harmonies quand nos esprits étaient abattus.

And now, Jazz is exported to the world. For in the particular struggle of the Negro in Americathere is something akin to the universal struggle of modern man. Everybody has the Blues. Everybody longs for meaning. Everybody needs to love and be loved. Everybody needs to clap hands and be happy. Everybody longs for faith.

    Et maintenant, le Jazz est exporté dans le monde. La lutte particulière du Noir en Amérique est apparenté aux luttes universelles de l’homme moderne. Tout le monde a le blues. Tout le monde aspire à du sens. Tout le monde a besoin d’aimer et d’être aimé. Tout le monde a besoin de taper des mains et d’être heureux. Tout le monde aspire à la foi.

In music, especially this broad category called Jazz, there is a stepping stone towards all of these.

En musique, spécialement dans cette large catégorie appelée Jazz, on construit  un tremplin vers toutes ces choses.

 

                                                 Dr Martin Luther King Jr. 

                                                  (trad.fr. Bernard Petit)

 

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De l'importance du jazz (traduction).
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De l'importance du Jazz (discours de Martin Luther King; 1964)

Publié le 31 Janvier 2013 par Bernard Petit dans Musique

 

 

On the Importance of Jazz

 

Dr. Martin Luther King, Jr.,

Opening Address to the 1964 Berlin Jazz Festival.

 

Dizzy-Gillespie-a-Deauville-en-1991.JPG

 

 
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De l’importance du jazz

(Discours d’ouverture du Dr Martin Luther King au  Berlin Jazz Festival de 1964 )

 (trad.fr. Bernard Petit)

 

God has wrought many things out of oppression. He has endowed his creatures with the capacity to create—and from this capacity has flowed the sweet songs of sorrow and joy that have allowed man to cope with his environment and many different situations.

   Dieu a beaucoup œuvré contre l’oppression. Il a doté ses créatures de la capacité de créer, et de cette capacité a jailli les douces chansons de peine et de joie qui ont permis à l’homme de  faire face à son environnement dans de nombreuses situations différentes.

Jazz speaks for life. The Blues tell the story of life's difficulties, and if you think for a moment, you will realize that they take the hardest realities of life and put them into music, only to come out with some new hope or sense of triumph. 

   Le Jazz parle pour la vie. Les blues racontent l’histoire des difficultés de la vie, et si vous y réfléchissez un moment, vous réaliserez qu’ils introduisent dans la musique les plus dures réalités de la vie seulement pour en tirer une nouvelle espérance ou un certain sens du triomphe.

This is triumphant music.

   C’est une musique triomphante.

Modern jazz has continued in this tradition, singing the songs of a more complicated urban existence. When life itself offers no order and meaning, the musician creates an order and meaning from the sounds of the earth which flow through his instrument. 

  Le jazz moderne continue cette tradition en reprenant les chants des existences urbaines les plus compliquées. Quand la vie quotidienne n’offre plus ni ordre ni signification, le musicien crée de l’ordre et du sens à partir des sons de la terre qui jaillissent à travers ses instruments.

It is no wonder that so much of the search for identity among American Negroes was championed by Jazz musicians. Long before the modern essayists and scholars wrote of racial identity as a problem for a multiracial world, musicians were returning to their roots to affirm that which was stirring within their souls. 

   Il n’est pas étonnant que la recherche d’identité de tant de Noirs Américains soit « emblématisée » par des musiciens de Jazz. Longtemps avant que les essayistes et étudiants modernes écrivent sur l’identité raciale comme problème pour un monde multiracial, les musiciens s’étaient retournés vers leurs racines pour affirmer ce qui tourmentait leurs âmes.

Much of the power of our Freedom Movement in the United Stateshas come from this music. It has strengthened us with its sweet rhythms when courage began to fail. It has calmed us with its rich harmonies when spirits were down. 

    Une grande parie du pouvoir de notre Mouvement de Libération aux USA est venu de cette musique. Elle nous a ravigorés avec ses  rythmes chaleureux quand le courage commençait à manquer. Elle nous a consolés avec ses riches harmonies quand nos esprits étaient abattus.

And now, Jazz is exported to the world. For in the particular struggle of the Negro in Americathere is something akin to the universal struggle of modern man. Everybody has the Blues. Everybody longs for meaning. Everybody needs to love and be loved. Everybody needs to clap hands and be happy. Everybody longs for faith. 

    Et maintenant, le Jazz est exporté dans le monde. La lutte particulière du Noir en Amérique est apparenté aux luttes universelles de l’homme moderne. Tout le monde a le blues. Tout le monde aspire à du sens. Tout le monde a besoin d’aimer et d’être aimé. Tout le monde a besoin de taper des mains et d’être heureux. Tout le monde aspire à la foi.

In music, especially this broad category called Jazz, there is a stepping stone towards all of these.

En musique, spécialement dans cette large catégorie appelée Jazz, on construit  un tremplin vers toutes ces choses.

 

                                                 Dr Martin Luther King Jr.  

                                                                   (trad.fr. Bernard Petit)

 

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La notion de rythme

Publié le 20 Mars 2012 par bernard petit dans Musique

 

  (commentaire de l’art. Rythme, signé Pierre Sauvanet, dans l’Encyclopédia Universalis  2009, DVD-ROM)


     La notion de rythme dissimule mal une pluralité de sens : rythme cardiaque ou respiratoire, rythme des saisons, rythme des modes, rythme musical, rythme de travail…  Une telle extension sémantique est peut-être le signe de la vitalité et de l’utilité d'une telle notion. N'y a-t-il pas malgré tout des points communs à ces divers sens possibles, sans pour autant rêver à une unité idéale? Aussi, la question: «Qu'est-ce qu’un rythme?» peut-elle chercher une définition capable, d’une part, d'approcher tout ce qu'on comprend d'habitude sous le mot rythme (sa polysémie globale et équivoque); et d’autre part, de fournir un instrument adéquat pour étudier un rythme singulier dans un domaine particulier (sa signification locale et précise).

   

   Ainsi Pierre Sauvanet (art. Rythme, in EU 2009) distingue une définition globale et une définition restreinte. Selon la première, on peut appeler rythme « tout phénomène, perçu ou agi, auquel on peut attribuer au moins deux des qualités suivantes : structure, périodicité, mouvement ». Et selon la seconde : «tout phénomène, perçu ou agi, auquel on peut attribuer chacune de ces trois qualités ».

    La seconde est plus précise et compréhensive, mais la première correspond aux usages les plus courants, et réclame donc un premier examen.

  

   Le premier couple envisageable - structure et périodicité sans mouvement - s'applique à tous les rythmes que l'on perçoit comme statiques, et qui manquent de l’élément vitalisant qu’on estime devoir trouver dans un « vrai rythme ». (On pourrait donc les appeler pseudo rythmes). En poésie, par exemple, cela correspond à la différence entre un sonnet de versification correcte, qui répond aux critères de forme et de retour (quatorze alexandrins,quatre strophes, rimes finales,etc.); et le mouvement de chaque lecture individuelle capable de l’animer d’une vie propre.

      Le second couple — structure et mouvement sans périodicité —caractériserait un type de rythme plus difficile à percevoir et à concevoir, sans retour sur lui-même ni régularité perceptible. Dans les musiques contemporaines, par exemple, le rythme varie souvent d'une mesure à l'autre (critère de mouvement sans périodicité), tandis qu'une certaine structure se fait pourtant sentir, dans l'agencement temporel des événements acoustiques, le jeu des timbres et des  accentuations, des sons et des silences, qui détache des figures sur un fond totalisateur, aussi « ouvert » qu’il puisse être.

      Le dernier couple enfin — périodicité et mouvement sans structure — engloberait les rythmes saisonniers, astronomiques ou biologiques. Ces phénomènes, que nous continuons à appeler rythmes, de fréquences et d’ampleurs différentes mais de même type, reposent sur le même principe d'un retour au « même » et d'une possibilité de décalage, d'irrégularité de mouvement, mais sans véritable organisation spatio-temporelle, sans prégnance d'une forme nettement délimitée.


      Si l’on passe à la deuxième définition, « un rythme au sens fort est alors un phénomène qui, dépassant ses conditions minimales d'apparition, réussit à combiner tous les termes de la triade structure-périodicité-mouvement ». Ainsi en est-il, dans l'espace, d'une architecture qui travaille la ligne droite et la récurrence de certains motifs avec une dynamique de la ligne courbe [ex : le style baroque]  ou, dans le temps, d'une improvisation proprement rythmique à partir d'un schéma cyclique donné [ex : des percussions jazz].

 

      En d’autres termes, que Sauvanet présente comme plus philosophiques :

- la structure serait de l'ordre du concept, car on peut toujours ramener un rythme quelconque à un schéma mental ;

la périodicité, de l'ordre du percept, parce qu’on perçoit un rythme comme un cycle avant de le penser comme tel ;

- le mouvement, de l'ordre de l'affect, puisque l'émotion rythmique passe par une «prise de corps » avant sa prise de conscience.

 

    On peut dire alors que « l'homme est un animal polyrythmique », en voulant marquer par là l’importance productrice,symbolique et pratique, des rythmes en tant que tels : comme genèse des concepts, comme jeu vibrant des continuités et des différences, comme appréhension ou création de formes à tous les niveaux des

dynamismes physiques; et enfin, comme possibilité de connexions et d’interactions entre divers arts, sciences ou modes de pensée.

 


 

 

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Nouveautés percutantes

Publié le 1 Mars 2011 par bernard petit dans Musique

 

 

 

 

 

 

Nouveautés percutantes

Rhapsodie (dé)concertante

 

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1) Allegretto vivace un poco sfumato  (Plutôt rapide, vif et un peu vaporeux)      

         vertudieu que c’est con cette adoration naïve de la nouveauté         regardez les ados croient toujours que ce qui leur arrive c’est toujours la première fois et que ça ne peut arriver qu’à eux         pourquoi moi mon dieu qu’ai-je fait pour mériter ça        mais les ados n’ont peut-être rien inventé même pas leurs petits problèmes égocentriques         relisons le Livre de Job un des plus anciens grimoires bibliques         c’est déjà la complainte de la cosmique injustice avec son espérance comique de réparation         et encore Le Cid de Corneille c’est le gémissement de Dom Diègue         ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie         et certes oui ce n’est pas juste mais qu’on soit jeune ou vieux rien ne l’est en dehors de nos habitudes et conventions qui donnent les fantasmes et grimaces de la justice         et si tout est culturel peut-être que rien n’a besoin d’être rationnel mais seulement coutumier       sagesse tragique oui mais alors comment vivre

         certes l’idée d’une prose tout azimut sans programme ni ponctuation n’est pas nouvelle depuis ce XXe siècle expérimentateur         et ce n’est pas parce que l’ impro-visation peut réussir au musicien qu’elle réussit à l’écrivain         mais alors répondons que ce n’est pas parce qu’une règle a été déjà utilisée abondamment qu’on ne doit plus le faire en vertu du principe qu’au moins dans les arts l’essai et l’usage priment sur la norme et le devoir        

         et de plus si l’ écriture percurrente          dixit Sollers sur son Paradis

est une forme expérimentale il n’y a pas de principe a priori qui puisse en définir le nombre capable d’en épuiser la pertinence         en outre il n’ y a pas d’expérience  sans risque même si le risque n’est pas toujours le motif de l’aventure         enfin on peut ajouter que faire une expérience est une chose et la comprendre en est une autre       notre époque semble très forte pour le premier point mais beaucoup moins pour le second         

         tant d’expériences et si peu de leçons         quel sens peut avoir une expérience volontaire sinon de vouloir en refaire ou en éviter d’autres         aussi l’idée que toute expérience est désirable ou profitable sert surtout à justifier a priori n’importe quelle tentation et a posteriori n’importe quelle absurdité         disons plutôt que c’est une sottise qui suppose une absence quasi complète de discernement entre ce qui vaut la peine d’être essayé avec un intérêt probable          même en cas d’erreur ou d’échec

        et ce qui est probablement du temps perdu dans un jeu qui ne vaudra pas la moindre chandelle         l’ écrivain cinéaste  Michel Audiard en proposait naguère une formule bien frappée         les cons ça ose tout c’est même à ça qu’on les reconnaît                 certes on peut réclamer et déclamer avec Danton de l’audace encore de l’audace toujours de l’audace         oui mais cela ne veut pas dire seulement de l’audace         courage sans ruse n’est que puérile témérité dont on ne devrait jamais admirer la récidive         les cimetières et les champs de bataille sont pleins  d’audacieux anonymes qui n’ont peut-être légué rien d’autre que le souvenir de leur dernière audace

         mais il est vrai que lorsque les valeurs intellectuelles fondent sous les projecteurs permanents de la médiocrimino-médiacratie il faut bien se réfugier vers ce qui ressemble le plus à d’autres vertus          et lorsqu’ on peut être idiot sans être lâche il est plus facile de montrer du courage physique qu’un intellect anticipateur qui passe moins bien à l’image        

         cette seconde faculté semble même si rare que l’esprit superstitieux a pu en tirer la croyance à la voyance sans s’apercevoir que         l’art de la divination n’est rien d’autre qu’une intelligence pratique habile à déchiffrer les signes et qu’il n’y a pas grand mérite à prédire de grands malheurs à des guerriers prêts à partir au front         qu’ils en reviennent tous indemnes et vivants tiendrait plutôt d’une chance miraculeuse que de la réalisation d’une divine prophétie     

         ici je veux préciser que j’ai le droit voire le devoir de « radoter » justement parce que je n’ ai pas l’âge canonique de le faire         d’ailleurs je n’ai pas d’âge puisque celui qui parle ici n’a d’autre présence que celle de ce texte pour ses lecteurs         tous les auteurs sont ainsi sans âge et c’est même pour échapper aux platitudes de la chronologie qu’ils deviennent scripteurs         et puis j’ignore à combien chiffrer l’âge du radotage         et c’est d’ailleurs sans importance puisque mon but est d’abord de ridiculiser le novellisme naïf et son correspondant politique le jeunisme crétinisant         cette double croyance techno consumériste n’est d’ailleurs pas une invention de jeunes mais de badernes technocrates qui s’évertuent à flatter leurs neveux pour les maintenir dans ce qu’ils s’imaginent être le droit chemin de l’ordre établi         il y a déjà quatre décades Jean Baudrillard théorisaitla consommation comme morale dominante des sociétés modernes en décomposition mais il semble que peu d’oreilles aient été assez nettoyées pour l’entendre         le culte de la nouveauté n’a guère d’autre fondement qu’ une tendance fanatique à la production de nouvelles marchandises gadgets signes et autres consommables auxquels on essaie assez vainement d’ailleurs de donner du sens en ne reculant devant aucun ridicule publicitaire         même dans les arts les sciences ou la philosophie on court éperdument après une mythique nouveauté en comptant anxieusement sur une sorte d’inspiration providentielle d’autant plus efficace qu’elle serait volontaire         mais le génie est beaucoup plus malin et capricieux         et comme chante la Carmen de Bizet l’amour est enfant de Bohème et n’a jamais jamais connu de loi 

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Andantino ma non troppo melancolico  

        (Assez lent mais pas trop mélancolique)

 

         on chercherait peut-être en vain dans l’histoire des arts des preuves que de grandes inventions se sont faites en poursuivant la nouveauté pour elle–même         et quand bien même en trouverait-on qu’on aurait bien du mal à en tirer une règle de génialité quelconque         quelle splendide absurdité serait-ce si la nouveauté d’une création n’était pas un but mais un critère d’appréciation dérivé d’un besoin vital d’anonymes  tendances créatrices

         ce n’est pas pour faire du neuf que l’on cherche une œuvre, c’est parce qu’on ne peut vivre sans créer que l’on met tout ce que l’on peut en œuvre pour faire ce que l’on est forcé d’inventer         il n’y a pas deux puissances vitales identiques         c’est en cherchant des solutions à des problèmes vitaux individuels et précis que se font les ouvrages petits ou grands         du type comment donner du courage le plus rapidement et le plus durablement à une troupe de soldats         ou comment aménager le plus commodément un sanctuaire         ou  comment faire sonner tel instrument le mieux possible         ou comment passer du temps à attendre en s’ennuyant le moins possible

         ainsi naissent les chants les temples et les symphonies         toute création de forme est liée à un problème vital technique et à l’expérience de la durée         et l’art le plus profond est une machine à explorer le temps         mais rien de méprisable ici puisque vivre n’est rien d’autre que passer du temps à faire et sentir ce que nul autre ne peut faire et sentir à sa place         bref il est tout à fait vain de rechercher la nouveauté en s’efforçant de ne rien répéter         car en vérité il est aussi impossible de répéter exactement quoi que ce soit que d’exister sans rien répéter du tout         et la question n’est pas tant de savoir comment la création est possible que de choisir celle qu’on préfère favoriser         puisqu’elle est d’abord un donné de nature et que le fait prime le droit ici pour toujours        et de savoir comment se trouve possible  l’ennui dont  Hugo dit qu’il naquit un jour de l’uniformité          comment la monotonie est-elle possible alors qu’absolument  parlant rien ne se répète jamais deux fois         comment chasser l’ennui         allons-y sans confondre l’imperceptible et l’inaperçu         les génies sont des nuanciers         et ils peuvent surtout nous apprendre le sens des fines distinctions de toutes sortes          si l’être le plus sensible à la nouveauté est le plus sujet à l’ennui de la routine et au dégoût de la répétition c’est précisément à cause de sa mémoire complexe héréditaire et sélective par acquisition et comparaison         tout bien examiné lorsqu’elle est exclusive la quête d’intensité est aussi idiote que celle de la durée à tout prix         le sens éthique et le sens esthétique doivent bien pouvoir s’associer sans stupidité         si l’art n’est qu’un jeu parmi d’autres il n’a pas plus de sens que la marelle ou la roulette russe         et la roulette russe semble bien être un loisir de décadent         néanmoins certains bons esprits ont pris parfois le jeu très au sérieux         Diderot Dostoïevski Nietzsche Mallarmé Valéry Artaud Deleuze mais pas n’importe comment         car il y a plusieurs styles de jeux et plusieurs manières de jouer         le jeu est aussi plus qu’un passe-temps divertissant où l’on oublie ce que l’on est en croyant n’avoir rien de mieux à faire         et la conscience de passer le temps est en soi une expérience ontologique souvent sous estimée         même en y projetant des métaphores existentielles comme Paul Valéry concevant la philosophie comme un pur jeu d’idées le jeu est une mise à l’épreuve des éléments de composition du monde         ce n’est pas une condamnation pessimiste de la vie de la pensée et du jeu des concepts mais bien une compréhension salutaire du Tout pensant         Tout conspire et les parcours de l’Etre combinent en termes fusionnels la vie et la mort le jeu et le sérieux le hasard et la nécessité le destin et la liberté         les enfants s’ amusent en pensant n’avoir rien de mieux à faire qu’à s’engager dans des jeux qui leurs sont accessibles          et ce qu’ils apprennent par jeu se résume souvent à apprendre à vivre en jouant et à jouer pour vivre         mais lorsque les nécessités de la vie imposent les réalités les plus dures aux enfants on peut voir que les plus jeunes et les plus ingénus ne sont pas plus disposés à jouer qu’à se battre ou travailler dur         la lutte le travail la politique le sport l’amour l’art ou la connaissance peuvent être au fond des jeux plus complexes plus élaborés plus cruels et plus importants auxquels doivent nous préparer les amusements de l’enfance

*

    3) Presto fortissimo con molto fuoco

        (Très rapide, très fort, avec beaucoup de feu)

 

 

         quel est le critère du bon jeu si le sérieux n’est pas suffisant et si tous les joueurs prennent suffisamment leur jeu au sérieux pour continuer à jouer         disons qu’il faut que ce soit un passe temps stimulant durable et fécond qui laisse des traces importantes dans les mémoires          le souci de la postérité en amuse plus d’un mais c’est peut-être la seule forme d’immortalité          le  sens survient au fait mais s’il n’y a plus d’après le sens disparaît          le désir de célébrité facile bradé avec célérité par les medias de masse  n’est peut-être qu’un ersatz du souci de postérité

         mais il s’égare et s’épuise dans la précipitation et la consommation des signes de reconnaissance communautaire         quels seraient alors les meilleurs remèdes contre la désolation culturelle et la lassitude du quotidien pour se guérir de l’imposture du journal intime et de la lassitude de n’être que soi          l’on peut composer un nocturne ex-time pour y exprimer le nuancier des sentiments sous la libre forme obscure d’un cri fredonné dans la nuit          car ce sont des effets individuels profonds et non des effets collectifs de surface          les systèmes de communication travaillent plutôt à estomper les signes éventuels de cette fatigue en les interprétant comme symptômes pathologiques ou délinquants et en convoquant la médecine ou la police pour administrer leurs remèdes  sans se demander s’ils n’aggravent pas le mal en trahissant  les symptômes         car ce sont d’abord les situations qui sont pathologiques et ensuite les sujets et les systèmes qui d’ailleurs ne fonctionnent jamais sans sujets puisqu’ils sont fabriqués par eux avec eux et pour eux

         les individus sont malades parce qu’ils sont vivants et socialisés mais ils le seraient autant quoiqu’ autrement s’ils étaient solitaires ou morts         quoiqu’on ne puisse pas assimiler la mort à une maladie         et toutes les sociétés seraient parfaites si elles ne concernaient pas des sujets individuels          comme ce que nous savons des sociétés d’insectes en donnent une image approximative         mais en vérité tous les systèmes parfaits sont des systèmes morts et leur perfection vient précisément de l’absence radicale des plaignants         et il n’ y a pas de vie sans système ni processus individuels                   

        précisément la vie a un besoin continuel de créer des systèmes parce qu’elle est continuellement menacée de dispersion de dissémination et de pulvérisation         et tout système est au fond une composition de singularités dynamiques inassignables rassemblées en individus         et tout système a besoin de ces individus et de leurs innovations quitte à éliminer les plus dangereuses et les plus nombreuses         Freud semblait concevoir ainsi dans l’appareil psychique un système de  censure         qui dit jamais à beaucoup de pulsions plus tard à un certain nombre et faites comme chez vous à un aréopage d’élues         alors à quoi bon se plaindre toujours du système si ce n’est pour essayer toujours d’en changer quitte à passer de temps en temps par des révoltes et des révolutions même très violentes         et puisqu’il faut bien s’arrêter comme dit Aristote on peut conclure avec l’invitation de Nietzsche à ce que la philosophie devienne l’apprentissage de l’amour des lointains         non pas un médium de proximité mais plutôt un transport de longues distances         labyrinthique bien entendu comme celui de tout un chacun plus ou moins à son insu

         on y retrouve des brins de folie dans chaque graine de génie         mais peut-être que l’idéologie propre à notre époque consiste dans cette prodigieuses confusion         entre surinformation et compréhension         quantité de communication et qualité du savoir et du goût          individualisme puéril et originalité         unité numérique et personnalité         équivalence ontologique et relativité des valeurs         nihilisme consumériste et conscience ludique         nommons ça l’illusionnisme contemporain                                 

 

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Quinze aventures de la pensée musicale...

Publié le 3 Avril 2010 par bernard petit dans Musique

 

 

 

 

1)« De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l’impair… »   (Paul Verlaine, Art poétique).  

 

2) "La musique donne une vie à nos coeurs et des ailes à la pensée" (Platon).

 

 

  3) « La vie sans la musique n’est qu’une erreur, une besogne éreintante, un exil… » (Nietzsche, Lettre à Peter Gast du 15/01/1888).

 

 

4) « Après la théologie, il n’est pas d’art qui égale la musique. Les prophètes n’en pratiquaient pas d’autre, ni la géométrie, ni l’arithmétique, ni l’astronomie, comme s’ils croyaient que la musique et la divinité étaient presque alliées…car seule après la théologie, elle produit une âme tranquille et joyeuse ; et c’est évidemment à cause de cela que le Diable, auteur des tristes soucis,des troubles et des inquiétudes, fuit en entendant la musique…» (Martin Luther, Lettre à  Ludwig Senfl du 4/10/1530).

   


5) « Il n’est pas digne de voir la lumière du soleil, celui qui ne fait pas honneur à la Musique, comme petite partie de celle qui si harmonieusement (comme dit Platon) agite tout ce grand Univers… » (Ronsard, Préface au Livre de Mélanges contenant six vingts chansons des plus rares).

 

 

  6) « La musique, c’est du bruit qui pense. » (Victor Hugo, Fragments)

 

 

7) « La musique est peut-être l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes. » ( Marcel Proust,  La Prisonnière)

 

 

8) « Aujourd'hui, on peut faire de la musique avec des ordinateurs, mais l'ordinateur a toujours existé dans la tête des compositeurs Milan Kundera, L'Art du roman)

 

 

  9) « Ce n'est pas tout à fait exact que la musique adoucit les moeurs. Je crois même que l'harmonie, un peu en excès, amène l'homme le mieux constitué à un état d'hébétude et de gâtisme tout à fait folâtre. »  (Alphonse Allais)  

   

 

10) « La musique seule a une place dans le monde actuel, précisément parce qu'elle ne prétend pas dire des choses déterminées. » (Mikhaïl Bakounine)  

 

 

11) « La poésie est mémoire baignée de larmes.

              La musique est mémoire de la mer. » (Miguel Angel Asturias,
              Châtiment des profondeurs)

   

 

12) "Il en est de l'esprit comme de la musique : plus on l'entend, plus on exige de  

        subtiles nuances." ( Lichtenberg, Aphorismes)


 

13) « Où l’on veut avoir des esclaves, il faut aussi le plus de musique possible » (Léon Tolstoï).

 

 

14) « Délicieux plaisir d’une occupation inutile, dit Ravel…Car la musique, comme  elle ne nous rend pas plus sages, ne nous rend pas non plus meilleurs, c’est-à-dire ne possède pas le pouvoir d’améliorer chroniquement notre vie morale, n’implique pas nécessairement l’excellence vertueuse »

     (Vladimir Jankélévitch, La Musique et l’Ineffable)

 

 

  15)  « Et quant à la joie, la musique n’en est pas la cause mais la compagne…

     Si la joie et la philosophie sont filles du même instant, n’est-on pas fondé à dire  

     [comme Platon dans le Phédon] que la philosophie est quelque chose comme la

     musique suprême… ? (Jankélévitch, La Musique et l’Ineffable)

 

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Neuf pensées dansantes

Publié le 26 Mars 2010 par bernard petit dans Musique

 


 

 

 

« Chaque jour, il faut danser, ne serait-ce que par la pensée »

    (Rabbin Nahman de Bratslav, sage hassidique). 

 

 

 « Je considère comme gaspillée toute journée où je n’ai pas dansé » (Frédéric Nietzsche, philosophe).

 

 

« Un danseur danse parce que le sang danse dans ses veines » (Anna Pavlova, danseuse étoile)

 

 

 « Une danse est un poème » (Denis Diderot, philosophe).

 

 

 « La danse, c’est la poésie avec des bras et des jambes, c’est la matière gracieuse et terrible, animée et embellie par le mouvement » (Charles Baudelaire, poète).

 

 

 « La danse est un chant du corps, de joie ou de douleur »

        (Martha Graham, danseuse et chorégraphe).

 

 

 « Je vois la danse comme un moyen de communication entre une âme et une âme, pour exprimer ce qui est trop profond et trop fin pour les mots » (Ruth Saint-Denis, danseuse et chorégraphe)

 

 

 « Je n’ai pas inventé ma danse, elle existait avant moi :

     mais elle dormait et je l’ai réveillée » (Isadora Duncan, danseuse et

     chorégraphe)

 

 

 « La danse est plus grande que le danseur et le sera toujours, malgré ce paradoxe qu’elle ne peut exister et fonctionner qu’à  travers son instrument vivant » (Mary Wigman, danseuse et  chorégraphe)

 

 

 

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