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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Nouveautés percutantes

Publié le 1 Mars 2011 par bernard petit in Musique

 

 

 

 

 

 

Nouveautés percutantes

Rhapsodie (dé)concertante

 

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1) Allegretto vivace un poco sfumato  (Plutôt rapide, vif et un peu vaporeux)      

         vertudieu que c’est con cette adoration naïve de la nouveauté         regardez les ados croient toujours que ce qui leur arrive c’est toujours la première fois et que ça ne peut arriver qu’à eux         pourquoi moi mon dieu qu’ai-je fait pour mériter ça        mais les ados n’ont peut-être rien inventé même pas leurs petits problèmes égocentriques         relisons le Livre de Job un des plus anciens grimoires bibliques         c’est déjà la complainte de la cosmique injustice avec son espérance comique de réparation         et encore Le Cid de Corneille c’est le gémissement de Dom Diègue         ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie         et certes oui ce n’est pas juste mais qu’on soit jeune ou vieux rien ne l’est en dehors de nos habitudes et conventions qui donnent les fantasmes et grimaces de la justice         et si tout est culturel peut-être que rien n’a besoin d’être rationnel mais seulement coutumier       sagesse tragique oui mais alors comment vivre

         certes l’idée d’une prose tout azimut sans programme ni ponctuation n’est pas nouvelle depuis ce XXe siècle expérimentateur         et ce n’est pas parce que l’ impro-visation peut réussir au musicien qu’elle réussit à l’écrivain         mais alors répondons que ce n’est pas parce qu’une règle a été déjà utilisée abondamment qu’on ne doit plus le faire en vertu du principe qu’au moins dans les arts l’essai et l’usage priment sur la norme et le devoir        

         et de plus si l’ écriture percurrente          dixit Sollers sur son Paradis

est une forme expérimentale il n’y a pas de principe a priori qui puisse en définir le nombre capable d’en épuiser la pertinence         en outre il n’ y a pas d’expérience  sans risque même si le risque n’est pas toujours le motif de l’aventure         enfin on peut ajouter que faire une expérience est une chose et la comprendre en est une autre       notre époque semble très forte pour le premier point mais beaucoup moins pour le second         

         tant d’expériences et si peu de leçons         quel sens peut avoir une expérience volontaire sinon de vouloir en refaire ou en éviter d’autres         aussi l’idée que toute expérience est désirable ou profitable sert surtout à justifier a priori n’importe quelle tentation et a posteriori n’importe quelle absurdité         disons plutôt que c’est une sottise qui suppose une absence quasi complète de discernement entre ce qui vaut la peine d’être essayé avec un intérêt probable          même en cas d’erreur ou d’échec

        et ce qui est probablement du temps perdu dans un jeu qui ne vaudra pas la moindre chandelle         l’ écrivain cinéaste  Michel Audiard en proposait naguère une formule bien frappée         les cons ça ose tout c’est même à ça qu’on les reconnaît                 certes on peut réclamer et déclamer avec Danton de l’audace encore de l’audace toujours de l’audace         oui mais cela ne veut pas dire seulement de l’audace         courage sans ruse n’est que puérile témérité dont on ne devrait jamais admirer la récidive         les cimetières et les champs de bataille sont pleins  d’audacieux anonymes qui n’ont peut-être légué rien d’autre que le souvenir de leur dernière audace

         mais il est vrai que lorsque les valeurs intellectuelles fondent sous les projecteurs permanents de la médiocrimino-médiacratie il faut bien se réfugier vers ce qui ressemble le plus à d’autres vertus          et lorsqu’ on peut être idiot sans être lâche il est plus facile de montrer du courage physique qu’un intellect anticipateur qui passe moins bien à l’image        

         cette seconde faculté semble même si rare que l’esprit superstitieux a pu en tirer la croyance à la voyance sans s’apercevoir que         l’art de la divination n’est rien d’autre qu’une intelligence pratique habile à déchiffrer les signes et qu’il n’y a pas grand mérite à prédire de grands malheurs à des guerriers prêts à partir au front         qu’ils en reviennent tous indemnes et vivants tiendrait plutôt d’une chance miraculeuse que de la réalisation d’une divine prophétie     

         ici je veux préciser que j’ai le droit voire le devoir de « radoter » justement parce que je n’ ai pas l’âge canonique de le faire         d’ailleurs je n’ai pas d’âge puisque celui qui parle ici n’a d’autre présence que celle de ce texte pour ses lecteurs         tous les auteurs sont ainsi sans âge et c’est même pour échapper aux platitudes de la chronologie qu’ils deviennent scripteurs         et puis j’ignore à combien chiffrer l’âge du radotage         et c’est d’ailleurs sans importance puisque mon but est d’abord de ridiculiser le novellisme naïf et son correspondant politique le jeunisme crétinisant         cette double croyance techno consumériste n’est d’ailleurs pas une invention de jeunes mais de badernes technocrates qui s’évertuent à flatter leurs neveux pour les maintenir dans ce qu’ils s’imaginent être le droit chemin de l’ordre établi         il y a déjà quatre décades Jean Baudrillard théorisaitla consommation comme morale dominante des sociétés modernes en décomposition mais il semble que peu d’oreilles aient été assez nettoyées pour l’entendre         le culte de la nouveauté n’a guère d’autre fondement qu’ une tendance fanatique à la production de nouvelles marchandises gadgets signes et autres consommables auxquels on essaie assez vainement d’ailleurs de donner du sens en ne reculant devant aucun ridicule publicitaire         même dans les arts les sciences ou la philosophie on court éperdument après une mythique nouveauté en comptant anxieusement sur une sorte d’inspiration providentielle d’autant plus efficace qu’elle serait volontaire         mais le génie est beaucoup plus malin et capricieux         et comme chante la Carmen de Bizet l’amour est enfant de Bohème et n’a jamais jamais connu de loi 

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

2) Andantino ma non troppo melancolico  

        (Assez lent mais pas trop mélancolique)

 

         on chercherait peut-être en vain dans l’histoire des arts des preuves que de grandes inventions se sont faites en poursuivant la nouveauté pour elle–même         et quand bien même en trouverait-on qu’on aurait bien du mal à en tirer une règle de génialité quelconque         quelle splendide absurdité serait-ce si la nouveauté d’une création n’était pas un but mais un critère d’appréciation dérivé d’un besoin vital d’anonymes  tendances créatrices

         ce n’est pas pour faire du neuf que l’on cherche une œuvre, c’est parce qu’on ne peut vivre sans créer que l’on met tout ce que l’on peut en œuvre pour faire ce que l’on est forcé d’inventer         il n’y a pas deux puissances vitales identiques         c’est en cherchant des solutions à des problèmes vitaux individuels et précis que se font les ouvrages petits ou grands         du type comment donner du courage le plus rapidement et le plus durablement à une troupe de soldats         ou comment aménager le plus commodément un sanctuaire         ou  comment faire sonner tel instrument le mieux possible         ou comment passer du temps à attendre en s’ennuyant le moins possible

         ainsi naissent les chants les temples et les symphonies         toute création de forme est liée à un problème vital technique et à l’expérience de la durée         et l’art le plus profond est une machine à explorer le temps         mais rien de méprisable ici puisque vivre n’est rien d’autre que passer du temps à faire et sentir ce que nul autre ne peut faire et sentir à sa place         bref il est tout à fait vain de rechercher la nouveauté en s’efforçant de ne rien répéter         car en vérité il est aussi impossible de répéter exactement quoi que ce soit que d’exister sans rien répéter du tout         et la question n’est pas tant de savoir comment la création est possible que de choisir celle qu’on préfère favoriser         puisqu’elle est d’abord un donné de nature et que le fait prime le droit ici pour toujours        et de savoir comment se trouve possible  l’ennui dont  Hugo dit qu’il naquit un jour de l’uniformité          comment la monotonie est-elle possible alors qu’absolument  parlant rien ne se répète jamais deux fois         comment chasser l’ennui         allons-y sans confondre l’imperceptible et l’inaperçu         les génies sont des nuanciers         et ils peuvent surtout nous apprendre le sens des fines distinctions de toutes sortes          si l’être le plus sensible à la nouveauté est le plus sujet à l’ennui de la routine et au dégoût de la répétition c’est précisément à cause de sa mémoire complexe héréditaire et sélective par acquisition et comparaison         tout bien examiné lorsqu’elle est exclusive la quête d’intensité est aussi idiote que celle de la durée à tout prix         le sens éthique et le sens esthétique doivent bien pouvoir s’associer sans stupidité         si l’art n’est qu’un jeu parmi d’autres il n’a pas plus de sens que la marelle ou la roulette russe         et la roulette russe semble bien être un loisir de décadent         néanmoins certains bons esprits ont pris parfois le jeu très au sérieux         Diderot Dostoïevski Nietzsche Mallarmé Valéry Artaud Deleuze mais pas n’importe comment         car il y a plusieurs styles de jeux et plusieurs manières de jouer         le jeu est aussi plus qu’un passe-temps divertissant où l’on oublie ce que l’on est en croyant n’avoir rien de mieux à faire         et la conscience de passer le temps est en soi une expérience ontologique souvent sous estimée         même en y projetant des métaphores existentielles comme Paul Valéry concevant la philosophie comme un pur jeu d’idées le jeu est une mise à l’épreuve des éléments de composition du monde         ce n’est pas une condamnation pessimiste de la vie de la pensée et du jeu des concepts mais bien une compréhension salutaire du Tout pensant         Tout conspire et les parcours de l’Etre combinent en termes fusionnels la vie et la mort le jeu et le sérieux le hasard et la nécessité le destin et la liberté         les enfants s’ amusent en pensant n’avoir rien de mieux à faire qu’à s’engager dans des jeux qui leurs sont accessibles          et ce qu’ils apprennent par jeu se résume souvent à apprendre à vivre en jouant et à jouer pour vivre         mais lorsque les nécessités de la vie imposent les réalités les plus dures aux enfants on peut voir que les plus jeunes et les plus ingénus ne sont pas plus disposés à jouer qu’à se battre ou travailler dur         la lutte le travail la politique le sport l’amour l’art ou la connaissance peuvent être au fond des jeux plus complexes plus élaborés plus cruels et plus importants auxquels doivent nous préparer les amusements de l’enfance

*

    3) Presto fortissimo con molto fuoco

        (Très rapide, très fort, avec beaucoup de feu)

 

 

         quel est le critère du bon jeu si le sérieux n’est pas suffisant et si tous les joueurs prennent suffisamment leur jeu au sérieux pour continuer à jouer         disons qu’il faut que ce soit un passe temps stimulant durable et fécond qui laisse des traces importantes dans les mémoires          le souci de la postérité en amuse plus d’un mais c’est peut-être la seule forme d’immortalité          le  sens survient au fait mais s’il n’y a plus d’après le sens disparaît          le désir de célébrité facile bradé avec célérité par les medias de masse  n’est peut-être qu’un ersatz du souci de postérité

         mais il s’égare et s’épuise dans la précipitation et la consommation des signes de reconnaissance communautaire         quels seraient alors les meilleurs remèdes contre la désolation culturelle et la lassitude du quotidien pour se guérir de l’imposture du journal intime et de la lassitude de n’être que soi          l’on peut composer un nocturne ex-time pour y exprimer le nuancier des sentiments sous la libre forme obscure d’un cri fredonné dans la nuit          car ce sont des effets individuels profonds et non des effets collectifs de surface          les systèmes de communication travaillent plutôt à estomper les signes éventuels de cette fatigue en les interprétant comme symptômes pathologiques ou délinquants et en convoquant la médecine ou la police pour administrer leurs remèdes  sans se demander s’ils n’aggravent pas le mal en trahissant  les symptômes         car ce sont d’abord les situations qui sont pathologiques et ensuite les sujets et les systèmes qui d’ailleurs ne fonctionnent jamais sans sujets puisqu’ils sont fabriqués par eux avec eux et pour eux

         les individus sont malades parce qu’ils sont vivants et socialisés mais ils le seraient autant quoiqu’ autrement s’ils étaient solitaires ou morts         quoiqu’on ne puisse pas assimiler la mort à une maladie         et toutes les sociétés seraient parfaites si elles ne concernaient pas des sujets individuels          comme ce que nous savons des sociétés d’insectes en donnent une image approximative         mais en vérité tous les systèmes parfaits sont des systèmes morts et leur perfection vient précisément de l’absence radicale des plaignants         et il n’ y a pas de vie sans système ni processus individuels                   

        précisément la vie a un besoin continuel de créer des systèmes parce qu’elle est continuellement menacée de dispersion de dissémination et de pulvérisation         et tout système est au fond une composition de singularités dynamiques inassignables rassemblées en individus         et tout système a besoin de ces individus et de leurs innovations quitte à éliminer les plus dangereuses et les plus nombreuses         Freud semblait concevoir ainsi dans l’appareil psychique un système de  censure         qui dit jamais à beaucoup de pulsions plus tard à un certain nombre et faites comme chez vous à un aréopage d’élues         alors à quoi bon se plaindre toujours du système si ce n’est pour essayer toujours d’en changer quitte à passer de temps en temps par des révoltes et des révolutions même très violentes         et puisqu’il faut bien s’arrêter comme dit Aristote on peut conclure avec l’invitation de Nietzsche à ce que la philosophie devienne l’apprentissage de l’amour des lointains         non pas un médium de proximité mais plutôt un transport de longues distances         labyrinthique bien entendu comme celui de tout un chacun plus ou moins à son insu

         on y retrouve des brins de folie dans chaque graine de génie         mais peut-être que l’idéologie propre à notre époque consiste dans cette prodigieuses confusion         entre surinformation et compréhension         quantité de communication et qualité du savoir et du goût          individualisme puéril et originalité         unité numérique et personnalité         équivalence ontologique et relativité des valeurs         nihilisme consumériste et conscience ludique         nommons ça l’illusionnisme contemporain                                 

 

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A
<br /> <br /> Quelques minutes de lectures bien interressantes pour oublier les inspections les PPRE et autres HAP....<br /> <br /> <br /> <br />
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