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 Jazz-rhapsodie pour musique et philo

Penser ce qui devient, déchiffrer les signes, pour résister à la médiocrité nihiliste et produire une jubilation!...

Du relativisme et du nihilisme

Publié le 6 Novembre 2012 par Bernard Petit in Ethique et politique

 

 

 

Du relativisme et du nihilisme. 

   
Le relativisme a mauvaise presse, y compris chez des philosophes qui n'hésitent pas à utiliser couramment le dicton "tout est relatif". Mais si l'on n'est pas relativiste, que peut-on vouloir dire par là?  J'accorde sans peine qu'il existe des opinions "relativistes" qui ouvrent la voie à l'égoïsme délirant et au nihilisme relationnel (on est tous seuls et rien ne vaut la peine…), et que la responsabilité en "revient" plutôt à l'usage que certains font du relativisme, qu'à cette position philosophique elle-même.
       Mais une critique efficace devrait aller plus loin:
  1) Le concept de relativisme est loin d'être clair et univoque depuis ses débuts antiques, et il est difficile de le séparer d'une position humaniste sans inconséquence logique (faute courante chez ces opinions peu soucieuses de cohérence); la formule du philosophe grec Protagoras est un bon point de départ: "l'homme est la mesure de toutes choses". Mais il s'agit du genre humain, pas de l'individu; ce n'est pas Socrate, ou Protagoras, qui est le fondement de toutes valeurs et de toutes vérités, c'est "Nous" en tant que sujet collectif, particularisé par une culture et des consciences individuelles (ce qui ne s'oppose pas à l' universel humain de la science ou du droit).
 
   2) Le relativisme philosophique n'est pas l'approbation égale de toutes les opinions et de tous les goûts: le principe de tolérance, qui tient à ce que toutes les opinions aient le droit de s'exprimer, n'implique pas qu'elle se valent toutes, et chacun pour soi admet en lui-même des préférences, ce qui prouve suffisamment qu'il hiérarchise pour lui-même ses goûts et ses "valeurs". C'est la personne qui a une valeur "absolue", pas chacun de ses actes ou chacune de ses pensées.

   3) La diversité des opinions et des goûts est un fait souvent surestimé:
 - quantitativement, il n'est pas vrai, et c'est pour le moins difficilement vérifiable, que " à chacun ses goûts" ,au sens où tous les individus auraient des goûts différents de tous les autres; sociologiquement, c'est même le contraire qui est manifeste! (les succès des stars de tous les arts du spectacle suffisent à le prouver)...
 - qualitativement,la diversité des opinions est un état de fait qui n'implique aucun droit à une diversité de valeurs équivalentes (si l'on entend par là les principes fondamentaux de nos jugements); il est très abusif d'assimiler des cas de préférences individuelles à des écarts de valeurs culturelles :quand je préfère Mozart à Wagner, ou Spielberg à Woody Allen, j'exprime des éléments d'une histoire personnelle complètement relative aux mêmes contextes culturels et aux mêmes codes de valeurs (la musique classico- romantique européenne des XVIII-XIXe siècles, le cinéma américain des années 1960-2012...). Des préférences ne sont possibles qu'à l'intérieur d'un même système de connaissances et de comparaisons: au sens strict, je ne peux pas dire que je n'aime pas la musique des Inuits du Groenland si j'en ignore tout sauf cette appellation générale, et je peux dire que je n'en sais rien si je ne crains pas de reconnaître cette ignorance relative.
   Bref, il y a toujours beaucoup moins,en fait, de divergences de "valeurs" que de différences individuelles, qui ne peuvent devenir des valeurs sans confondre gravement les personnes (valeurs juridiques fondamentales) avec le moindre détail de leur existence (une mèche de cheveux,par exemple...), ce qui révèle un fétichisme plutôt favorable au nihilisme qu'au relativisme philosophique. 

 

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